social

Pour un commerce équitable

4 juillet 2007

Le leader de Coldplay dénonce les effets des accords commerciaux

En soutien à la publication d’un nouveau rapport d’Oxfam, Chris Martin, le leader du groupe Coldplay, témoigne : “J’ai vu de mes propres yeux comment les agriculteurs au Mexique sont menacés par des importations massives en provenance des Etats-Unis. Les pays d’Amérique latine doivent coopérer pour être plus forts dans les négociations commerciales et mettre fin à la pauvreté.”

Les pays riches imposent des accords commerciaux bilatéraux et régionaux pour arracher des pays pauvres des concessions qu’ils ne peuvent obtenir à l’Organisation Mondiale du Commerce. Cela a de sérieuses implications pour le Sud.

Selon le rapport d’Oxfam "L’avenir hypothéqué", vingt-cinq pays en développement ont actuellement signé des accords de libre-échange avec des pays industrialisés, et de nombreux autres accords sont encore en négociation. Au total, il y a plus de 250 accords commerciaux régionaux et bilatéraux en vigueur, régissant 30% du commerce mondial.

Les deux visages du libre-échange
Pour Etienne De Belder, chercheur à Oxfam-Solidarité, "le libre-échange est un phénomène à deux visages : entre des partenaires égaux, il peut mener à un développement socio-économique et promouvoir la paix. Par contre, si les partenaires n’ont pas le même poids économique et politique, il peut avoir des effets inverses."

Comme le remarquait récemment Chris Martin (chanteur du groupe Coldplay) dans une interview donnée à Oxfam en février 2007, "le commerce est important pour aider un pays comme le Chili à se développer et à se moderniser. Mais il faut que les bénéfices soient partagés et que les travailleurs ne perdent pas au change !"

De nombreuses menaces
Le rapport souligne un certain nombre de voies à travers lesquelles le commerce peut avoir des conséquences négatives :

- Les règles d’investissement dans les accords commerciaux régionaux et bilatéraux empêchent les gouvernements de protéger leurs travailleurs, l’environnement et leur économie et peuvent les exposer à des poursuites et à des demandes de compensations qui peuvent atteindre des milliards d’euros.

- Les lois sur la propriété intellectuelle menacent de priver les populations défavorisées de l’accès aux médicaments, de mettre en péril les méthodes de culture traditionnelle et le partage des savoirs traditionnels.

- Une libéralisation radicale des droits de douane menace les moyens de subsistance des paysans et entrave le développement économique.

- Le tissu d’accords actuellement négociés sape le multilatéralisme et détourne le commerce

Des implications énormes
Les implications pour le développement sont significatives. Durant les dix premières années de mise en œuvre de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), le Mexique a perdu 1,3 million d’emplois dans l’agriculture. Des emplois industriels ont été initialement créés, mais la compétition avec la main-d’œuvre chinoise à bas prix a conduit à la perte de 200.000 emplois entre 2001-2004 au moment où les entreprises ont délocalisé leur production. Au Pérou, près de 900.000 personnes risquent de se retrouver sans accès aux médicaments si l’accord avec les Etats-Unis est signé.

Pendant ce temps, une étude commanditée par l’Union européenne prévoit que l’Accord de Partenariat Economique négocié avec l’Afrique de l’Ouest conduira à une hausse de 15% des importations de produits de base essentiels comme les oignons, la pomme de terre, le bœuf et la volaille, ce qui va dévaster le secteur rural de la région.

Etienne De Belder : "D’un côté, les pays pauvres sont mis sous pression pour ouvrir leurs marchés à travers des accords de libre-échange. Mais les pays industrialisés n’ont même pas à toucher aux énormes subventions agricoles qui mènent à la surproduction et au dumping. C’est totalement injuste !”

Le rapport recommande que toutes les règles commerciales, qu’elles soient multilatérales, régionales ou bilatérales :

- Reconnaissent que les pays en développement on besoin d’un traitement spécial et différencié ;

- Permettent aux pays en développement d’adopter une législation flexible en matière de propriété intellectuelle ;

- Excluent des engagements en matière de libéralisation des services essentiels tels que la santé ;

- Reconnaissent aux gouvernements le droit de réglementer l’activité des investisseurs étrangers ;

- Assurent la participation de la société civile au processus de négociation.

Pour plus d’informations :

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Rapport "L’avenir hypothéqué"

- Etienne De Belder, chercheur pour le commerce et le développement.
Tél. 02 501 67 56 — etienne.debelder (at) oxfamsol.be

La parole est donnée à quelques lauréats du prix Nobel d’économie

Joseph Stiglitz, lauréat du prix Nobel d’économie en 2001 : "Les accords de libre-échange ne sont pas bon pour les pays en développement... Ce n’est pas une négociation, c’est une imposition". (Rapport d’Oxfam « L’avenir hypothéqué », p.5).

Amartya Sen, lauréat du prix Nobel d’économie en 1998 et Président d’honneur d’Oxfam international : "Pour se rebeller contre la pauvreté épouvantable et les inégalités stupéfiantes qui caractérisent le monde contemporain, ou pour protester contre la répartition injuste des bénéfices de la coopération globale, il n’est pas nécessaire de montrer que l’inégalité est très grande, mais qu’elle devient de plus en plus grande. […] Il y a de sérieux problèmes […] qui doivent être résolus pour atteindre un niveau de justice mondial élémentaire. Cela inclut non seulement des restrictions commerciales coûteuses, peu efficaces et inéquitables qui répriment les exportations des pays les plus pauvres mais aussi les lois sur le brevetage qui parfois empêchent l’utilisation de médicaments essentiels pour certaines maladies comme le SIDA." ( Cité sur http://www.littlemag.com/globalisat...).

A des responsables politiques

Dr. Mukhisa Kituyi, ministre kényan du commerce : "Pour mettre fin à la pauvreté, il faut mettre fin aux APE." (Londres, juin 2005, Meeting de Traidcraft).

Les ministres du commerce de l’Union Africaine : "Nous exprimons notre désillusion profonde concernant les orientations prises par les négociateurs de la Commission Européenne (...) ils ne tiennent pas adéquatement compte des problèmes de développement qui doivent être à la base des relations avec l’Afrique." (Déclaration sur les APE, de 14 avril 2006, Naïrobi).