lait

Lait

10 juin 2008

« Le lait ne suffit plus... »


Pour José Druart, producteur laitier dans la région de Tournai, les petites exploitations ne sont pas condamnées à disparaître. Mais pour survivre, elles n’ont d’autre choix que de se diversifier. Témoignage.


« J’ai repris la ferme familiale en 1984. Actuellement, mon exploitation produit 100.000 litres de lait par an, que j’obtiens en trayant une quarantaine de vaches par jour. Je pourrais le faire avec une quinzaine de vaches allemandes très productives, mais je préfère donner la priorité aux Blanc Bleu belges car elles me permettent d’avoir beaucoup de veaux à vendre. Ne vivre que du lait est devenu impossible. Depuis des années, il y a une pression à la baisse du prix, et les producteurs n’ont rien à dire à cela. Ce sont les laiteries qui fixent le prix. On peut ronchonner, mais pas négocier. D’où l’importance d’avoir d’autres productions que le lait. »

Des prix décourageants
« La baisse du prix du lait, la multiplication des normes sanitaires et les investissements requis ont poussé beaucoup de producteurs à abandonner la partie. Il y a 15 ans, le groupement des producteurs laitiers auquel j’appartiens comptait 200 membres. Il en reste 100 aujourd’hui. Investir de l’argent et du temps pour un revenu si bas n’avait aucun sens.

Et aujourd’hui, j’entends le Commissaire européen Fischler et d’autres dirigeants annoncer la fin des quotas de production laitière. Ce serait une catastrophe. Si on supprime les quotas, on va encourager la surproduction et réduire encore les prix. On se dirigera vers des exploitations de 500.000 litres et plus... qui elles-mêmes finiront par devenir de ’petites’ exploitations face à d’autres. Ce sera la mort de la production familiale. Surproduire pour toucher un revenu de misère, non merci. »

L’avenir
« Malgré ces évolutions, je reste persuadé que l’agriculture familiale a de l’avenir. Je vois bien que les gens sont de plus en plus demandeurs de produits frais et sains, qu’ils se méfient d’une industrie capable de transformer un petit poussin en une bête d’un kilo et demi en quelques jours. Il y a une vraie demande de produits de la ferme, et l’agriculture familiale peut y répondre.

Il y a quelques temps, on a lancé la vente de poulets de chair à la ferme. On a commencé avec 50 poulets. Aujourd’hui, on en est à 500... et on ne sait pas répondre à la demande ! Les gens qui goûtent ces poulets n’en veulent plus d’autres ! J’ai aussi 50 ares de rhubarbe, et tout part vers une firme de Mouscron pour produire des confitures. Je produis aussi de l’épeautre, de l’orge d’hiver, du blé et des betteraves pour nourrir mes vaches et ne pas dépendre de l’alimentation extérieure hors de prix. Quant au lait, ma belle-fille aimerait passer à la transformation : faire du yaourt, du beurre, des fromages... Il faut voir. C’est un sacré investissement en temps et en argent, mais ça peut marcher ! »

Frédéric Janssens
Article issu du magazine Globo, juin 2008