Le commerce pour sauver le climat ?

Dans la foulée de la Conférence de l’ONU sur les changements climatiques, les Ministres du commerce se sont rencontrés ce week-end à Bali pour discuter des façons dont les politiques commerciales peuvent soutenir l’action à mener en matière de changements climatiques.
Une rencontre nécessaire, mais sérieusement compromise par une proposition émise par les États-Unis et l’Union européenne : ces derniers prennent en effet prétexte de la crise climatique pour pousser leurs plans de libéralisation commerciale. Des plans pourtant soumis à de vives critiqués au sein de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC).
La situation est doublement problématique pour les pays pauvres : outre le fait que leurs populations subissent les principales conséquences des changements climatiques (causés par les nations industrialisées), ils doivent aujourd’hui faire face à la volonté des pays riches d’ouvrir les marchés des pays en développement pour y accroître leurs exportations.
Le libre-échange comme solution...
La proposition porte sur l’élimination des barrières tarifaires et non tarifaires pour toute une série de biens et de services pouvant avoir une utilisation environnementale. La liste contient des produits et des services comme des équipements médicaux, chirurgicaux ou de laboratoire ainsi que des services sanitaires dont l’utilisation dépasse de loin les aspects environnementaux et n’ont que peu à voir avec la réduction de gaz à effet de serre. De plus, les technologies vertes mises au point dans les pays riches peuvent être trop onéreuses et ne sont pas toujours des plus appropriées pour les pays en développement.
L’UE et les États-Unis présentent cette proposition comme totalement nouvelle et audacieuse. Des qualificatifs qu’Oxfam réfute catégoriquement.
"La conférence de l’ONU sur les changements climatiques sert de prétexte pour ressortir de vieilles propositions n’ayant pu aboutir à l’OMC" explique Barry Coates, directeur exécutif d’Oxfam Nouvelle-Zélande, présent à Bali aujourd’hui. "En matière de changements climatiques, l’une des priorité est d’aider les pays en développement à accéder à des technologies propres, abordables et appropriées afin de faire face aux défis qu’ils doivent relever. Mais les pays riches ne font pas grand chose pour honorer leurs engagements."
"Au lieu de fournir les ressources nécessaires au transfert des technologies vers les pays en voie de développement, l’UE et les États-Unis préfèrent verser du vieux vin dans des bouteilles neuves", poursuit Coates. "Mais au vu de leur expérience des pratiques commerciales inéquitables, les pays en développement ne sont pas dupes."
Une proposition inacceptable
"Il y a une bonne raison qui explique pourquoi les pays en développement n’ont pas accepté de telles propositions par le passé", constate Thierry Kesteloot, chercheur au sein d’Oxfam-Solidarité. "Les États-Unis et l’UE ont constamment cherché à accéder aux marchés des pays en développement – en ce compris pour leurs biens et services environnementaux – mais ont toujours refusé de réformer leurs propres pratiques commerciales inéquitables."
"Cette proposition peut donner l’impression que le défi des changements climatiques peut être facilement relevé en promouvant le commerce de certains biens et services" poursuit Kesteloot. "Mais pour que les négociations de Doha débouchent sur un résultat qui soit véritablement en faveur des plus pauvres, une dimension plus large et plus durable du développement devra être prise en considération. Les pays riches devraient adopter une nouvelle approche dans leurs négociations commerciales. Plutôt que de camper sur leur approche mercantiliste, ils devraient mettre en place des politiques claires de réduction des gaz à effet de serre et de la pauvreté. "
Plus d’informations :
Thierry Kesteloot, chercheur sur les politiques commerciales et agricoles
Tél : 02 501 67 55 - tke(at)oxfamsol.be
Oxfam et le climat : questions et réponses
Le blog d’Oxfam International à Bali
Le rapport d’Oxfam International "Financer l’adaptation"
Notre Globo n°17 (mars 2007) "Réchauffement climatique : qui paie l’addition ?"


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