Le commerce, pas la charité !

Les initiatives de commerce équitable ne manquent pas en Belgique. Mais quelles sont les « bonnes » références ? Pour éviter les confusions, petit tour d’horizon avec Koen Van Bockstal, ancien directeur d’Oxfam-Wereldwinkels.
En Belgique, Oxfam-Wereldwinkels (OWW) et Oxfam Magasins du monde (OMDM) sont parmi les principales organisations de commerce équitable. Aujourd’hui, les produits d’Oxfam - principalement alimentaires, mais aussi artisanaux et cosmétiques - sont vendus dans 307 magasins répartis dans toute la Belgique (217 du coté flamand ; 90 du côté francophone).
« Nous avons commencé en 1971, avec un premier magasin à Anvers », raconte Koen Van Bockstal, ancien directeur d’OWW. Aujourd’hui, OWW considère le commerce équitable comme « un levier pour le développement économique durable des organisations de producteurs défavorisés, principalement dans le Sud ». Il permet en effet aux producteurs d’obtenir des revenus décents et de s’organiser pour améliorer leur qualité de vie.
Un commerce équitable de qualité...
Tous les produits vendus par Oxfam répondent aux critères officiels du commerce équitable. En les achetant à des producteurs du Sud, OWW s’engage à leur payer un prix minimum afin qu’ils puissent mener une vie décente ; à d’éventuels préfinancements pour leur éviter certains endettements ; à inscrire la relation commerciale dans la durée, ce qui les sécurise et permet des investissements. En échange, les producteurs s’engagent à promouvoir un développement économique et social pour les membres de leur organisation ; à se structurer démocratiquement ; à respecter l’environnement ; ainsi qu’à appliquer les droits fondamentaux du travail.
En outre, OWW leur verse une « prime sociale ». « Les producteurs décident de son utilisation : bâtir une école, améliorer des hôpitaux ou encore refaire les routes. La seule condition est que la décision soit prise de manière démocratique et transparente », explique Koen Van Bockstal.
... pas si évident que ça !
Certaines initiatives du quatrième pilier se tournent également vers le commerce équitable. « Ce sont souvent des particuliers qui reviennent du Sud et commencent à travailler d’une manière similaire à la nôtre », poursuit Koen Van Bockstal. Dans la majorité des cas, ces initiatives ne répondent malheureusement pas aux critères officiels du commerce équitable.
« Pour que ce commerce soit de qualité, il faut être exigeant sur les produits, et disposer d’une infrastructure commerciale avec une chaine de distribution bien claire. Tout cela n’est pas évident pour les initiatives du quatrième pilier… ».
Même s’il respecte ces nouveaux acteurs, l’ancien directeur d’OWW regrette qu’ils ne concluent que très rarement des contrats de longue durée avec les producteurs. « Un contrat à long terme assure pourtant une certaine stabilité et permet de construire un plan d’affaires sur 5, 10, voire même 15 ans », relève ce dernier. « De plus, beaucoup font encore trop dans la charité, et ont une vision un peu archaïque du développement. »
La charité : il s’agit justement du cliché tenace qui colle encore à la peau du commerce équitable. En achetant ces produits, on aiderait les pauvres petits producteurs du Sud en leur donnant un peu d’argent de notre porte-monnaie. Certaines initiatives du quatrième pilier n’aident pas à améliorer cette image.
Or, un coup d’oeil sur les pratiques du commerce équitable telles que celles d’OWW montre qu’il ne s’agit pas de charité, mais bien d’une relation commerciale juste et solidaire, au sein de laquelle les producteurs sont les acteurs de leur propre changement.
Evergem, ambassadrice de confitures équatoriennes
« Il existe toutefois de très bonnes initiatives, durables, avec lesquelles nous essayons de collaborer », reconnaît Koen Van Bockstal. Et cela débouche même parfois sur la vente d’un nouveau produit dans les magasins Oxfam en Belgique !
Ainsi, en octobre dernier, OWW lançait deux nouvelles confitures venues tout droit du petit village de Facundo Vela en Équateur. Si ces succulentes confitures sont à présent dans les rayons d’OWW, c’est grâce au jumelage que la commune d’Evergem, en Flandre orientale, a depuis 2003 avec la commune équatorienne Guaranda, dont fait partie Facundo Vela. Sur base d’un échange d’expériences et de connaissances, notamment à propos du compostage des fruits, les deux communes ont donné naissance à une véritable relation commerciale.
Evergem est ainsi devenue l’une des premières communes belges à déclencher un partenariat durable entre le Nord et le Sud. Et ce jumelage est aujourd’hui un très bon outil de sensibilisation à la thématique au sein de la commune.
Pauline Bourtembourg
Cet article est issu du Globo n° 32 : "La charité ? Non merci ! La coopération autrement"


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