Le Mur : quand étudier devient un défi quotidien

A Abu Dis, village palestinien jouxtant Jérusalem-Est, des blocs de béton de huit à neuf mètres de haut coupent la route principale menant à la capitale. L’Université Al-Quds, qui accueille quelque 9.000 étudiants, n’a plus aucun moyen de se développer : toute extension destinée à construire de nouveaux locaux ou des espaces sportifs se heurte à cet obstacle physique qui bouche non seulement l’horizon, mais aussi l’avenir des étudiants.
Être étudiant à l’Université Al-Quds demande une volonté de fer, ne serait-ce que pour arriver tous les matins à l’heure en cours. « Le Mur a un impact majeur sur toute la vie universitaire, celle des étudiants comme celle des professeurs : il perturbe le suivi des cours, empêche les étudiants de se concentrer et nuit à la vie sociale à l’intérieur même de l’Université », résume le Dr. Ziyad Qannam, responsable du département de développement durable.
Le Mur coupe désormais la route principale sur toute sa longueur. Les étudiants doivent donc effectuer de longs trajets pour se rendre aux cours, même quand ils habitent à proximité. Un trajet qui demanderait normalement 15 à 20 minutes aux deux mille étudiants de Jérusalem-Est prend à peu près une heure et demie, sans compter les check-points où les soldats se montrent particulièrement pointilleux avec les jeunes.
« Si par mégarde on oublie nos papiers, il est impossible de passer, déplore Abeer, une étudiante en droit. Pour aller aux cours, mieux vaut oublier ses livres que ses papiers d’identité ! ».
L’arme du droit
Abeer n’a pas choisi d’étudier le droit par hasard. C’est sa manière à elle de combattre les violations des droits de l’homme commises dans le Territoire palestinien occupé, notamment à Jérusalem-Est où elle habite avec sa famille. Pour cette jeune fille, le Mur est une épreuve quotidienne. « Je dois le voir et le passer tous les jours pour aller en cours et en revenir. Aux check-points, je vois les bus israéliens passer sans problème alors que les nôtres sont systématiquement arrêtés et fouillés. Tous les jours, nous devons en descendre pour que les soldats vérifient nos papiers et inspectent le bus. C’est un véritable sentiment d’humiliation. Depuis quand étudier représente-t-il un danger pour les Israéliens ? ».
« Quand on arrive, avant même d’entrer en cours, on pense déjà aux problèmes qui nous attendent pour rentrer chez nous », explique un de ses camarades, Mu’taz. Les étudiants et les professeurs connaissent les mêmes problèmes de déplacement. Le premier défi consiste donc à réunir une majorité d’étudiants et leur professeur au même moment dans la salle de classe. Quant aux examens, il faut systématiquement prévoir des sessions de rattrapage. La vie universitaire est quasi inexistante : les cours sont regroupés sur quelques heures et les activités sociales ou culturelles sont peu fréquentes.
Pour tenter de s’adapter à ces problèmes de déplacements, certains étudiants s’installent dans des studios à Abu Dis, ce qui occasionne des dépenses supplémentaires pour leur famille sans pour autant leur permettre de profiter de ces belles années pour s’amuser et s’ouvrir aux autres. Car à l’ombre du Mur, les idées de liberté et de démocratie manquent d’espace pour s’exprimer. Et la seule fenêtre sur le monde reste virtuelle : internet, la télévision ou le téléphone.
Usama Al-Risheq, coordinateur de la campagne contre le Mur et pour le droit à l’éducation à l’Université Al-Quds
« En partant de l’exemple de notre Université, nous essayons d’attirer l’attention du monde extérieur sur les violations du droit à l’éducation auxquels font face les étudiants palestiniens en raison du Mur et de l’occupation israélienne. L’ensemble des mesures prises par l’occupant, comme les check-points et le Mur, bafouent notre droit élémentaire à l’éducation. Je sais que beaucoup ici pensent que notre combat n’a pas d’impact sur les consciences en Occident. Mais en tant que futurs juristes, nous croyons à l’obligation de la communauté internationale de protéger nos droits. Cette campagne vise aussi à faire comprendre à nos étudiants l’importance des violations auxquelles ils font face. Nous, Palestiniens, nous sommes tellement habitués aux humiliations que certains n’y font même plus attention et réagissent avec indifférence. Il faut qu’ils soient conscients que ce qu’ils subissent n’est absolument pas normal. »
Article tiré du rapport d’Oxfam International "Cinq ans d’illégalité : l’heure est venue de démanteler le Mur et de respecter les droits des Palestiniens".
Disclaimer concernant le conflit entre la Palestine et Israël


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