Le Mur et le check-point, lieux des humiliations quotidiennes

Le Mur et les check-points sont d’importants instruments du système de contrôle des Palestiniens de Cisjordanie. Ils sont aussi un symbole de l’occupation et le lieu par excellence des humiliations subies au quotidien.
Il n’est que deux heures du matin, mais déjà les premiers ouvriers palestiniens commencent à affluer. A cet endroit, la route principale qui relie Bethléem à Jérusalem est coupée par le Mur. Pour passer, il faudra attendre l’ouverture du check-point à cinq heures et demie. En attendant, des centaines de Palestiniens tentent donc de somnoler quelques heures avant d’aller travailler à Jérusalem et dans les villes israéliennes.
C’est le cas d’Ibrahim, 37 ans, un ouvrier du bâtiment qui se rend régulièrement sur des chantiers à Ashdod. S’il vient aussi tôt, c’est pour être sûr de ne pas arriver en retard au travail. « On ne sait jamais si l’on va passer rapidement ou non, s’ils vont nous fouiller plus que d’habitude », explique-t-il. Ce père de trois enfants a du mal à trouver ses mots lorsqu’il veut exprimer ses sentiments. « Des centaines d’ouvriers comme moi arrivent ici chaque nuit et se tuent au travail juste pour nourrir leur famille. Nous sommes frustrés et en colère, mais que faire ? Ce Mur et ces check-points sont des symboles. Ils représentent toutes les humiliations que nous subissons jour après jour. »
Le labyrinthe de fer
Entre six heures trente et sept heures, d’autres ouvriers et employés travaillant à Jérusalem arrivent à leur tour. Comme Ibrahim, ils partagent ce même sentiment d’humiliation, d’injustice et de frustration lorsqu’ils attendent en ligne, coincés entre les grilles de fer des couloirs installés devant la première porte du check-point, percée dans l’un des blocs de béton du Mur. Chacun devra subir le même rituel.
D’abord, montrer une première fois ses papiers d’identité et son permis. Ensuite, emprunter un autre couloir menant à l’intérieur du check-point. Là encore, il faut attendre que les soldats, assis derrière leurs vitres blindées, actionnent les boutons ouvrant et fermant des tourniquets où l’on passe un par un pour se plier aux contrôles sécuritaires. Des contrôles qui peuvent aller du simple dépôt d’objet dans la machine à rayons X jusqu’à la fouille corporelle complète. Il faut ensuite présenter à nouveau ses papiers et son permis à d’autres soldats, ou encore poser sa main sur un écran magnétique afin que l’ordinateur affiche le dossier de la personne concernée. Ce n’est qu’ensuite que l’on peut – enfin – sortir de là.
Cette longue procédure est particulièrement fatigante pour les personnes âgées et les malades devant recevoir des soins médicaux à Jérusalem-Est. La fatigue ressentie résulte non seulement de l’interminable attente, mais également des conditions de transport pour arriver jusqu’au check-point. A cause du tracé du Mur, les bus et les taxis collectifs qui desservent les villages environnants ont en effet dû réviser leurs trajets. Aujourd’hui, il faut parfois changer trois ou quatre fois de bus avant même d’arriver au check-point.
Une asphyxie totale
Le quartier de Bethléem situé près du Mur est l’un des premiers exemples de l’asphyxie économique, sociale, psychologique et religieuse créée par le Mur dans toute la Cisjordanie occupée. Suhail Al-Khalila, chercheur à l’Institut de Recherche Appliquée de Jérusalem (ARIJ), rappelle que tout a commencé en 2000, lorsque les Israéliens ont commencé à bloquer l’entrée du tombeau de Rachel, lieu saint pour les juifs et les musulmans : « Ils ont d’abord entouré le tombeau de blocs de béton en laissant l’entrée visible, avant de le fermer complètement en 2003. A cette époque, la construction du Mur allait déjà bon train dans le nord de la Cisjordanie. Aujourd’hui, le quartier du tombeau est désert. Plus personne n’y vient alors qu’il était il y a 10 ans l’un des plus prospères de Bethléem. Les conséquences économiques ont été dévastatrices pour les commerces du quartier. La plupart ont dû fermer leurs portes », regrette-t-il.
Article tiré du rapport d’Oxfam International "Cinq ans d’illégalité : l’heure est venue de démanteler le Mur et de respecter les droits des Palestiniens".
Disclaimer concernant le conflit entre la Palestine et Israël


FR |
Facebook
Twitter
YouTube
Flickr
Newsletter
