Le G20, ’forum de la coopération économique’ ?

Ces 24 et 25 septembre, le G20 s’est réuni à Pittsburgh (États-Unis) autour de la question de la réforme de l’économie mondiale pour éviter une nouvelle crise à l’avenir. Pour les pays pauvres, ce sommet n’a, une fois de plus, rien apporté.
Le G20 est composé des 19 principales économies et de l’Union européenne. Les ministres des Finances de ces pays, ainsi que les gouverneurs des banques centrales se réunissent chaque année depuis 1999 pour discuter des aspects les plus importants de l’économie mondiale.
Quand la crise financière et économique a éclaté l’année dernière, le G20 s’est réuni une première fois à Washington en novembre 2008, puis une deuxième fois à Londres en avril 2009. A cette occasion, le sommet a pris une nouvelle ampleur, puisque désormais les dirigeants des différents États étaient eux aussi présents.
La crise a conforté l’importance du G20
Un troisième sommet autour de cette crise a eu lieu la semaine dernière à Pittsburgh. Le G20 s’y est auto-proclamé ’forum de la coopération économique’, soit un espace de négociation et de décision dorénavant aussi important que le G8. La nouvelle dimension prise par le G20 avec la crise est donc destinée à durer.
De nouveaux sommets ont d’ores et déjà été prévus pour l’été 2010, au Canada, et pour l’automne 2010 en Corée du Sud. A partir de 2011, le G20 se réunira à nouveau une fois par an, en France pour commencer.
Si l’on peut trouver le G20 plus représentatif et donc plus légitime que le G8, les pays pauvres n’y sont toujours pas représentés. A part l’Afrique du Sud, l’Afrique est d’ailleurs tout à fait absente. L’économie mondiale ne devrait-elle pas être abordée au sein des Nations Unies, où chaque pays est représenté ?
Encore une déception pour les pays pauvres
Le sommet de Pittsburgh aura été pour le moins décevant pour les pays pauvres. Rappelons qu’ils sont les premières victimes des crises financière, économique, climatique et alimentaire. Ce n’est certainement pas cette réunion qui résoudra leurs problèmes. En effet, il n’y a pas eu de promesses de fonds supplémentaires.
- Le mois dernier, Oxfam a proposé trois méthodes de financement alternatif (voir l’analyse “Money for Nothing”), mais de ces propositions, seule la taxe Tobin commence à faire son chemin dans les esprits. Dans la déclaration finale, le G20 demande d’ailleurs au FMI de réaliser une étude de faisabilité d’ici la prochaine réunion.
La proposition de transférer les Droits de tirage spéciaux (DTS) des pays riches aux pays pauvres n’a pas été retenue. Certains pays récycleront toutefois de manière volontaire leurs DTS via le FMI, qui pourra octroyer des prêts, sous certaines conditions, aux pays pauvres.
Aucun progrès en revanche sur la question des paradis fiscaux. Le modèle actuel de l’OCDE sera maintenu ; rappelons que celui-ci permet à un pays d’être écarté de la ’liste grise’ des paradis fiscaux dès lors qu’il signe douze accords avec d’autres pays de son choix... dont d’autres paradis fiscaux.
Quelle crédibilité, lorsqu’on considère que Monaco et la Suisse ont été déplacés vers la ’liste blanche’ juste avant le sommet. A cause des paradis fiscaux où certaines entreprises implantées dans des pays en développement placent leur argent, on estime que les autorités de ces pays perdent chaque année 160 milliards de dollars en revenus.
Il n’y a pas eu davantage de promesses concrètes de fonds supplémentaires pour pallier aux changements climatiques et à la crise alimentaire. Pourtant, à Copenhague, les pays riches devront bien ouvrir leur portefeuille s’ils veulent espérer arriver à un accord. Il s’agit de prouver qu’ils prennent les changements climatiques au sérieux.
En outre, si les dirigeants ont exprimé leur détermination d’éradiquer la faim dans le monde, personne n’a évoqué de solutions concrètes.
Réforme du Fonds Monétaire International
Le G20 a reconnu que le FMI devait être réformé, ce qu’Oxfam estime comme un pas dans la bonne direction. Cependant, nous déplorons que les réformes proposées n’aillent pas assez loin. Une fois encore, les pays pauvres ne sont pas pris en compte.
Le calcul des quotas au sein de l’IMF se fait sur base du PIB de chaque pays. Les PIB de certains pays comme la Chine, la Corée du Sud et la Turquie ayant fortement augmenté ces dernièresannées, ceux-ci sont fort sous-représentés. A l’inverse, d’autes pays (dont la Belgique, la France et le Venezuela) sont sur-représentés.
La réforme proposée rétablit ce déséquilibre en fonction de la réalité actuelle. Là où le bât blesse, c’est que le système de calcul des quotas, qui reste donc inchangé, met évidemment systématiquement hors course de nombreux pays pauvres. L’IMF est donc toujours un club de pays riches.
Plus d’infos :
Katrien Vervoort, responsable du plaidoyer services sociaux de base pour Oxfam-Solidarité : kve(at)oxfamsol.be ou tél. 02 501 67 56 — gsm : 0494 23 02 53


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