Le Conseil de sécurité ne défend pas les civils partout de la même façon
À la veille du débat du Conseil de sécurité de l’ONU sur la protection des civils dans les conflits armés, Oxfam sort un nouveau rapport qualifiant la réponse du Conseil de sécurité aux exactions commises sur des civils dans les conflits d’inégale et souvent partiale.
Ce rapport, intitulé ‘Protection des civils en 2010’ étudie 18 conflits armés et met notamment en regard les données relatives au nombre de civils tués, violés ou déplacés et la réponse apportée par le Conseil de sécurité. Le rapport se penche également sur la situation des enfants soldats et sur le nombre de travailleurs humanitaires tués au cours de l’année.
Quelques faits marquant :
En 2010, les pays comptant le plus grand nombre de victimes civiles en zone de conflit étaient l’Irak, le Pakistan, l’Afghanistan et la Somalie. Ce dernier pays compte également le plus grand nombre de déplacés, soit plus de 16% de sa population totale.
Des enfants ont été enrôlés dans des groupes armés dans 10 des 18 pays étudiés, tant du côté des forces gouvernementales que des groupes armés non-étatiques.
L’Afghanistan est le pays le plus dangereux pour les humanitaires : 29 d’entre eux ont été tués et 71 ont été enlevés, soit 8 fois plus qu’en 2008.
Parmi les 26 résolutions adoptées en 2010 concernant les pays étudiés, seulement 10 mentionnaient la question de la protection des civils dans leurs paragraphes opérationnels.
Oxfam estime que les actions menées par le Conseil de sécurité doivent être destinées à protéger les civils qui en ont le plus besoin, sur base d’informations et d’analyses de terrain fiables. “Comme nous l’avons déjà constaté par le passé, la communauté internationale décide de façon très arbitraire qui protéger et selon quelle priorité. Les premiers mois de 2011 l’ont très bien démontré. En effet, aucun des conflits actuels n’a généré la même volonté d’agir aussi rapidement que pour celui en Libye », explique Nicolas Vercken, chercheur et auteur du rapport pour Oxfam.
« En 2010, le Conseil de sécurité n’a, par exemple, adopté aucune résolution, ni même abordé le sujet des conflits armés en Colombie, au Myanmar, aux Philippines ou encore au Yémen. Il n’a pas non plus été en mesure d’organiser une discussion régionale cohérente qui aurait traité simultanément l’ensemble des zones où la LRA (Armée de Résistance du Seigneur) sévit », poursuit-il.
Des informations essentielles manquent
Le rapport fait également état du peu d’informations transmises par les États membres de l’ONU concernant les civils en zone de conflits. Si ces informations sont accessibles pour des zones très médiatisées comme l’Afghanistan ou l’Irak, le Conseil de Sécurité manque souvent de données concernant la Somalie, la RD Congo ou encore le Yémen.
« Comment est-il possible de prendre des décisions efficaces sans avoir accès à un certain nombre de chiffres et de données ?, ajoute Nicolas Vercken. Cela fait partie d’un processus qui doit rappeler aux parties en présence, belligérantes et autres, qu’elles ont le devoir de protéger les populations civiles en les incitant à prendre toutes les mesures nécessaires. Mais, pour le moment, rien de tel ne se passe ».
Un manque de cohérence
Le rapport demande donc à l’ONU ainsi qu’aux États membres, aux différentes organisations régionales, aux parties en conflit et aux ONG de collaborer pour que davantage d’informations concernant les menaces faites aux populations civiles en zones de conflit soient mises à la disposition du Conseil de sécurité. Une initiative qui permettrait d’apporter des réponses plus adaptées à ces crises.
Plus d’infos :
Lisez le rapport Protection des civils en 2010 ou le résumé en français
Contactez Louis Belanger : +1 917 224 0834 ou via louis.belanger(at)oxfaminternational.org


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