Largages humanitaires : une solution pour le Myanmar ?

Dix jours après la catastrophe, il est toujours extrêmement difficile pour les organisations humanitaires d’atteindre les populations touchées. L’accès à l’intérieur du pays leur est interdit par les autorités birmanes et l’organisation de l’aide semble confrontée à une impasse. La piste alternative du parachutage humanitaire a dès lors été envisagée.
Images connues. L’avion vole à basse altitude et l’immense porte de la soute s’ouvre sur un paysage dévasté par les inondations, la guerre ou la sécheresse. Des hommes en combinaison détachent des câbles qui libèrent d’énormes palettes de nourriture allant s’écraser en contrebas, où attend déjà la population désespérée. L’avion reprend de l’altitude et disparaît. Mission accomplie. Les victimes ont reçu l’aide nécessaire.
Ce fantasme télégénique a animé certains politiciens suite aux refus des autorités birmanes de laisser entrer les équipes humanitaires dans le pays. Larguer l’aide depuis le ciel semble être une solution évidente, rapide et moderne à un problème politique complexe.
Seulement, ces parachutages ne sont pas l’équivalent humanitaire des bombes intelligentes. Entreprendre une opération humanitaire depuis le ciel, tout comme mener une guerre aérienne, c’est faire face à de nombreux problèmes.
Une expertise nécessaire
Cela requiert d’abord un très haut degré de renseignement. Personne ne sait à l’heure actuelle avec précision où se situent les zones les plus touchées dans le delta de l’Irrawady, ni combien de victimes compte chaque localité. On ne sait pas si les habitants ont fui, si des épidémies sont apparues ou dans quelle mesure les habitations et les infrastructures ont été endommagées.
Sans renseignements fiables, il est très difficile de mener à bien une opération humanitaire, particulièrement lorsque celle-ci se déroule depuis les airs. On a vite fait de larguer l’aide à des kilomètres du village le plus proche, ou même dans de l’eau ou les marécages. La nourriture est périssable et un trop long délai la rendrait inutilisable. Il est en outre impensable de larguer une pompe et des installations sanitaires sans la présence de professionnels pour les assembler. Enfin, comment s’assurer que l’aide fournie corresponde aux besoins de la population sans une bonne connaissance du terrain ?
La phase finale d’une distribution de nourriture est souvent aussi la plus difficile. Les humanitaires n’arrivent pas dans un village dévasté avec leurs camions remplis de nourriture sans consulter au préalable les responsables du village ou les autorités. Distribuer de la nourriture à des gens qui ont faim est une entreprise qui peut rapidement déraper et il est nécessaire d’avoir sur place du personnel d’encadrement compétent. Les problèmes surviennent vite. Arriver sans avertir peut engendrer des émeutes, où les plus forts s’emparent de l’aide et laissent les plus faibles sans rien. Un certain contrôle de la foule est absolument nécessaire.
Efficacité de l’aide
Sans ces mesures de précaution, il est fort probable que l’aide n’atteigne jamais ceux qui en ont le plus besoin. Des questions sont déjà soulevées actuellement quant à l’efficacité de l’aide accordée, et rien ne pourrait empêcher certains individus de s’emparer de l’aide parachutée pour la revendre et en tirer profit. Les conflits communautaires, ethniques ou entre riches et pauvres pourraient s’en trouver exacerbés. Il est absolument impossible d’assurer un suivi de la distribution d’aide aérienne et donc de garantir que les plus démunis y auront accès.
Il y a en outre le coût astronomique d’une telle opération : le simple fait de maintenir un avion prêt à décoller coûte au moins 25.000 dollars par jour. L’avion le plus utilisé, l’IL 76, peut transporter 20 tonnes de nourriture, c’est-à-dire assez pour nourrir de façon minimale 40.000 personnes pendant une journée. Cela signifierait 40 parachutages par jour pour aider les 1,5 million de personnes les plus touchées. Un prix très élevé pour une opération difficile à coordonner et dont l’issue est plus qu’incertaine...
Dans certaines circonstances les parachutages humanitaires se sont révélés efficaces. Dans les années 90, les Nations Unies ont procédé de la sorte pour atteindre des régions du Sud-Soudan coupées du monde en raison de fortes précipitation ou de la guerre. Mais, à cette époque, les organisations humanitaires avaient déjà établi des campement sur place. Ils savaient où lâcher leur cargaison et des équipes formées attendaient à la réception pour distribuer l’aide de façon adéquate. Au Myanmar, il n’y a presqu’aucune infrastructure de ce type qui soit mise en place.
Oxfam et d’autres organisations d’aide d’urgence ont à disposition des experts prêts à partir. Les autorités du Myanmar doivent les laisser faire leur travail. En attendant, le parachutage humanitaire ne doit en aucun être envisagé dans le cadre de la crise actuelle. Le seul effet serait de fournir de belles images aux télévisions et ainsi de donner l’impression que quelque chose est fait pour les victimes. Il s’agit en réalité d’une façon très coûteuse, peu adaptée et fort risquée d’aider les populations dans le besoin.
Questions
Quelle somme Oxfam a-t-elle mis à disposition de l’action humanitaire au Myanmar ?
Au niveau mondial, Oxfam mobilise pour l’instant 1,8 million de dollars pour répondre aux besoins d’urgence au Myanmar. Une partie de cette somme transitera par des organisations présentes sur le terrain pour assister les populations dans le besoin.
Comment Oxfam travaille-t-elle avec ses partenaires dans le pays ?
Nous avons mis de l’argent à disposition d’organisations locales qui fournissent de l’aide à des dizaines de milliers de personnes dans le delta de l’Irrawady et dans la région de Rangoon. Ces organisations disposent d’un réseau de collaborateurs et de bénévoles nationaux qui peuvent se déplacer librement dans le pays. Ils assurent la distribution de riz, de pois, d’huile, d’eau potable, de savon, de vêtements, de kits d’urgence pour les familles et de bâches de plastique servant d’abris de fortune. Ils réparent également les puits endommagés et installent les infrastructures sanitaires élémentaires, ce qui est de la plus haute importance lorsqu’il s’agit d’éviter l’apparition d’épidémies.
Quand Oxfam obtiendra-t-elle l’autorisation d’agir par elle-même ?
On ne sait pas encore si et quand Oxfam aura l’autorisation de mettre en oeuvre son travail humanitaire. Nous savons que les besoins sont très importants. Nous pourrions endiguer les éventuelles épidémies et sauver les vies d’hommes, de femmes et d’enfants affaiblis si nous avions les autorisations nécessaires.
Oxfam et d’autres organisations ont accumulé des dizaines d’années d’expérience dans le domaine de l’aide humanitaire. C’est en matière d’eau et d’installations sanitaires que l’expertise d’Oxfam est la plus reconnue. Si nos ingénieurs recevaient l’autorisation d’entrer dans le pays, ils pourraient installer, en moins de 60 heures, des pompes donnant accès à l’eau potable à des milliers de personnes. Nous avons acquis ces compétences particulières suite aux inondations au Bangladesh et au tsunami survenu dans l’Océan Indien.
Oxfam est-elle prête à délivrer son aide ?
Nous sommes tout à fait prêts. Nos kits d’urgence, notre matériel et notre personnel sont dans la région. Il sont opérationnels immédiatement.
Comment l’organisation vit-elle le fait de ne pas pouvoir venir en aide au victimes ?
C’est un moment difficile pour nous. Nous sommes très préoccupés par ces milions d’hommes, de femmes et d’enfants qui sont touchés par la catastrophe. Oxfam, comme d’autres, a la capacité de sauver des vies humaines et d’atténuer les conséquences de cette catastrophe. Nous voulons agir au plus vite.
Pourquoi est-il important que les organisations humanitaires se voient octroyer l’accès au territoire birman ?
Parce que même les pays les plus riches de la planète ne pourraient faire face seuls à une catastrophe d’une telle ampleur. Les dégâts sont à comparer avec ceux engendrés par le tsunami en Asie du Sud-Est. On parle déjà de plus de 100.000 morts. Nous sommes convaincus que l’aide internationale est indispensable pour gérer la crise. C’est pourquoi nous demandons la levée des restrictions en matière de visas afin que l’aide humanitaire puisse être déployée.
Pourquoi organiser une collecte de fonds si Oxfam n’a pas accès à la région en crise ?
Oxfam International accepte en effet les dons même si l’organisation ne peut pas octroyer d’aide directe au Myanmar. Pour l’instant, nous parvenons à mettre des fonds à disposition de nos partenaires locaux. Ils sont aptes à aider la population de façon extrêmement efficace.
Quels sont les besoins auxquels il faut répondre le plus urgemment ?
De par notre expérience, nous pouvons nous faire une idée assez claire de la situation sur place. Si toutes les catastrophes sont différentes, les fournitures élémentaires comme l’eau, la nourriture et un toit sont toujours indispensables, en plus de moustiquaires, de savon et de récipients pour conserver l’eau.
Pour plus d’information, veuillez contacter :
Kristien Vliegen, Gestionnaire de projet au département des urgences d’Oxfam-Solidarité
Tél. 02 501 67 740 – gsm : 0474 88 88 08 – kristien.vliegen(at)oxfamsol.be
Thierry Dethier, Responsable du plaidoyer humanitaire d’Oxfam-Solidarité
Tél. 02 501 67 42 – gsm : 0497 45 18 31 – thierry.dethier(at)oxfamsol.be
Surasak Glahan à Bangkok : + 66 818 553 196
Ian Woolverton à Bangkok + 1 917 679 0039


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