La faim dans le monde n’a diminué que de 0,5% depuis 2000

L’ONU annoncait hier que le nombre de gens souffrant de la faim a chuté de 98 millions en 1 an. Une bonne nouvelle, mais due surtout à la chance. Il faudra de réelles interventions politiques pour réduire de moitié la faim d’ici 2015. Un nouveau rapport d’Oxfam montre la voie à suivre.
Il est toujours possible de réduire la faim de moitié d’ici 2015, soutient le rapport « Réduire de moitié la proportion de la population qui souffre de la faim : est-ce encore possible ? », lancé aujourd’hui par Oxfam. Il coïncide avec l’annonce par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), que le nombre de personnes souffrant de la faim est passé de 1,02 milliards en 2009, à 925 millions en 2010.
Si Oxfam se réjouit de ce qui constitue la première baisse en 15 ans, elle est consciente que celle-ci est largement due à un facteur conjoncturel : ces deux dernières années, les récoltes ont été bonnes. Jusqu’à récemment, ceci avait d’ailleurs résulté en une chute globale des prix alimentaires. La baisse annoncée par l’ONU n’est donc due ni à de nouvelles politiques, ni à une augmentation des investissements tant nécessaires pour s’attaquer aux causes profondes de la faim.
« Toute réduction du nombre de personnes souffrant de faim est la bienvenue. Mais la crise alimentaire n’est pas terminée, loin de là. 925 millions de gens ont toujours faim, » déclare Stefaan Declercq, Secrétaire général d’Oxfam-Solidarité. « Cette baisse relève surtout de la chance. Une autre crise alimentaire mondiale pourrait surgir à n’importe quel moment, à moins que les gouvernements ne s’attaquent aux causes réelles de la faim : la volatilité des prix, des décennies de sous-investissement dans l’agriculture, et le changement climatique. »
Un plan d’action global à New York
Dans moins d’une semaine, les chefs d’Etat se réuniront à New York pour évaluer l’avancement des Objectifs du millénaire pour le développement. Parmi ces Objectifs, l’OMD 1 prévoit la réduction de moitié de la faim d’ici 2015. Mais en dix ans, la proportion de gens subissant la faim dans le monde n’a diminué que d’un demi pour cent – de 14 pour cent en 2000 à 13,5 pour cent aujourd’hui.
Le rapport d’Oxfam évoque cependant des exemples de pays, tels le Vietnam, qui ont atteint cet objectif ou sont en phase de l’atteindre. Ces pays ont mené des politiques de soutien aux paysans pauvres et aux personnes qui n’arrivent pas à produire en suffisance et n’ont pas les moyens de compenser en achetant des vivres.
Oxfam appelle les chefs d’Etat, qui se réuniront à New York du 20 au 22 septembre, à agir pour qu’un plan d’action global soit développé pour réduire la faim. « Les pays du Sud doivent pouvoir définir eux-mêmes des politiques nationales garantissant le droit à l’alimentation, et ce en concertation avec les organisations paysannes », soutient Thierry Kesteloot, responsable du plaidoyer souveraineté alimentaire pour Oxfam-Solidarité. « Les pays donateurs doivent appuyer ces politiques, au lieu de financer des programmes dont ils définissent en général eux-mêmes les priorités. En outre, ces politiques doivent bénéficier d’investissements suffisants, tant au niveau national qu’international. Mais résoudre la crise alimentaire n’est pas uniquement une question d’argent ; il faut avant tout plus de cohérence dans les politiques commerciales, climatiques et énergétiques des pays donateurs, qui viennent souvent contrecarrer le droit à l’alimentation. »
« Voilà dix ans que les chefs d’Etat se sont engagés à réduire de moitié la faim d’ici 2015, mais peu de choses ont avancé depuis, » poursuit Stefaan Declercq. « Pourtant, les solutions existent. Seule la volonté politique manque. A New York, les responsables politiques doivent faire pression pour la mise en œuvre ce plan d’action global. En outre, la lutte contre la faim doit s’accompagner de mesures en faveur de l’ensemble des OMD. Nous n’allons tout de même pas demander à une mère de choisir entre nourrir ou éduquer son enfant. Aucun OMD ne peut être négligé. »
Plus d’infos :
Thierry Kesteloot, responsable du plaidoyer souveraineté alimentaire pour Oxfam-Solidarité : 02-501 67 55 ou thierry.kesteloot(at)oxfamsol.be
Résumé en français du rapport « Réduire de moitié la proportion de la population qui souffre de la faim : est-ce encore possible ? » ou rapport complet en anglais.


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