La crise plongera 200 millions de travailleurs dans la pauvreté

Dans un monde où les entreprises ont carte blanche, ce sont les travailleurs qui trinquent. Oxfam met en lumière les effets néfastes de la dérégulation en temps de crise.
Crise ou pas, les multinationales jouent un rôle déterminant dans notre vie et dans l’économie mondialisée. Omniprésentes dans nos vies via leurs produits, elles exercent également une influence majeure sur les gouvernements du Nord et du Sud. Pour attirer les firmes étrangères, les dirigeants politiques se livrent en effet une concurrence fiscale, sociale et environnementale marquée par une dérégulation tous azimuts. Résultat : aujourd’hui, les entreprises peuvent librement délocaliser leurs unités de production d’une région à l’autre pour réduire leurs coûts – en particulier les coûts du travail – et maximiser leurs bénéfices.
Vietnam-Belgique : même combat
En Asie du Sud-Est, cette problématique saute particulièrement aux yeux. Des pays comme la Thaïlande, le Vietnam ou le Cambodge attirent de nombreux investisseurs étrangers grâce à leur marché du travail flexible, leurs avantages fiscaux et leur grand marché régional. Mais derrière les excellentes conditions d’investissement se cache une exploitation effarante des travailleurs : bas salaires, pas de couverture sociale, flexibilité et travail informel en hausse.
Van Thu Ha, activiste et collaboratrice d’Oxfam au Vietnam : “Cela fait longtemps déjà que le Vietnam est une destination privilégiée des investisseurs étrangers. Le gouvernement vietnamien leur déroule le tapis rouge en instaurant des ’zones économiques spéciales’ offrant avantages fiscaux et règlementations du travail flexibles. On a certes constaté une croissance économique et une réduction de la pauvreté, mais pour les ouvriers, les effets positifs n’ont pas été au rendez-vous. Sur papier, le code du travail vietnamien est très étendu et progressiste. Mais en pratique, 40% des travailleurs n’ont toujours aucune possibilité de jouir d’une protection sociale car les entreprises étrangères et nationales ne paient pas leurs cotisations à la sécurité sociale...”
“Avec la crise économique, la demande pour nos produits d’exportation diminue et de nombreux ouvriers se retrouvent sur le carreau, sans la moindre protection sociale. Les travailleurs migrants sont particulièrement affectés par cette situation : 20 à 25% ont déjà dû retourner chez eux et de nombreux autres gagnent désormais leur vie dans l’économie informelle. Dès lors, leurs revenus ont fondu et les familles doivent désormais faire des économies sur l’alimentation, les soins de santé, l’éducation des enfants... Le gouvernement a mis du temps à réagir et les mesures qu’il prend aujourd’hui sont insuffisantes.”
En Belgique aussi, les travailleurs paient le prix fort de la quête de compétitivité, de rentabilité et de maximisation des bénéfices. On leur impose toujours plus de flexibilité, de contrats temporaires et une perte de leur pouvoir d’achat. La part des revenus des travailleurs dans le PNB n’a cessé de reculer ces 20 dernières années. En 1981, elle représentait 69,7%, en 2007 seulement 63,5%.
L’histoire sociale nous apprend que les conditions de travail ne s’améliorent pas spontanément : elle est le fruit de luttes syndicales, de concertations et de collaborations structurelles entre les syndicats et autres organisations sociales, nationales et internationales.
Ortwin Magnus, Secrétaire général de la FGTB-Métal : “Les premiers signes de la crise sont apparus au printemps 2008. A partir de septembre, les licenciements se sont multipliés. D’abord les intérimaires, puis les contrats à durée déterminée, dans les deux cas surtout des jeunes. Nos membres n’ont demandé qu’une chose : sauver un maximum d’emplois. Dans le secteur de la métallurgie, près de 10.000 emplois ont été perdus depuis novembre 2008. Certaines entreprises profitent de la crise pour mettre en oeuvre des plans de restructuration élaborés de longue date. Par le biais de concertations avec les entreprises, la FGTB a réussi à sauvegarder de nombreux emplois. Quant à ceux qui sont mis dehors, nous leurs offrons des formations et un accompagnement.”
STOP ! Les travailleurs ne sont pas des outils
En lançant sa nouvelle campagne “STOP ! Les travailleurs ne sont pas des outils”, Oxfam-Solidarité veut mettre les responsables politiques devant leurs responsabilités et rappeler leur obligation de promouvoir le travail décent. Si les travailleur n’ont rien à voir avec l’origine de la crise, ce sont bien eux qui en paient le prix fort.
Myriam Gistelick (Oxfam-Solidarité) : “Avec cette campagne, nous voulons rappeler aux autorités belges et européennes que le travail décent est un levier majeur du développement, et qu’il est donc nécessaire d’en faire une priorité des politiques internationales. Les décideurs ont une part de responsabilité dans l’attitude adoptée par les multinationales au Nord et au Sud. En ces temps de crise, les gouvernements ne doivent pas se contenter de sauver les banques : ils doivent également imposer des règles aux entreprises afin de placer le bien-être des travailleurs au centre des préoccupations.”
Nos revendications politiques :
En Belgique, une loi doit obliger les entreprises à faire toute la lumière (et à être contrôlées) sur les conditions de travail à tous les niveaux de la chaîne de production, tant au sein des maisons-mères que des sous-traitants et fournisseurs.
Les négociations sur les accords commerciaux et d’investissement belges et européens doivent accorder une place centrale à la promotion du travail décent au Nord et au Sud. Ces accords doivent prévoir des clauses obligeant les multinationales à tenir compte des normes fondamentales du travail.
Plus d’infos :
Myriam Gistelinck, Responsable du plaidoyer “Droits du travail” au sein d’Oxfam-Solidarité
Tél. 02 501 67 78 — gsm : 0486 73 33 278 — mgi@oxfamsol.be
Bert Dhondt, Responsable des campagnes
Tél. 02 501 67 67 — gsm : 0474 48 24 05 — bdh@oxfamsol.be
Exposition photo “Ouvriers sous pression” et autres photos : Tineke D’haese – tél. 02 501 67 23
Cahier Oxfam “Travailleurs sous pression” disponible sur demande ou en ligne
www.oxfamsol.be/travail
Quelques chiffres
Revenu décent : dans le monde, près d’un travailleur sur deux touche moins de 1,5 € par jour, et plus de 550 millions de personnes gagnent l’équivalent de 0,75 €. En Belgique, un travailleur sur vingt vit sous le seuil de pauvreté.
Syndicats : quatre pays sur dix connaissent de sérieux problèmes de liberté syndicale. En 2007, 91 syndicalistes ont été tués et 73 emprisonnés.
Égalité : les femmes sont majoritaires dans l’économie informelle, càd l’économie non régulée par les pouvoirs publics et n’offrant donc ni sécurité ni protection sociale. En outre, l’écart salarial entre hommes et femmes reste persistant dans le monde. Dans l’UE, où cet écart est le moins marqué, il reste de l’ordre de 17,4%.
Protection sociale : seulement 20 % de la population mondiale bénéficie d’une couverture sociale correcte et plus de 50 % n’en a aucune.
Crise : à cause de la crise économique, le nombre de travailleurs pauvres va s’accroître de 200 millions d’ici fin 2009, dont 140 millions rien qu’en Asie.
Sources : ILO, International Confederation of Free Trade Unions, Eurostat
Campagne belge pour le travail décent
Sous l’impulsion et la coordination des coupoles d’ONG CNCD-11.11.11 et 11.11.11-Koepel van de Vlaamse Noord-Zuidbewing, la campagne belge pour le travail décent assure chez nous le prolongement de la campagne mondiale. Elle unit une quinzaine de syndicats, d’ONG de développement et d’associations afin de faire connaître le concept de travail décent au public, de collaborer avec des organisations partenaires dans le Sud et de convaincre les décideurs de placer le « travail décent » au centre des politiques internationales de la Belgique et de l’UE. www.travaildecent.be


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