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Souveraineté alimentaire

27 janvier 2009

La crise alimentaire s’aggrave, il faut agir !

Alors que s’ouvre aujourd’hui à Madrid la conférence de haut niveau sur « La sécurité alimentaire pour tous », Oxfam International publie un nouveau rapport sur la crise alimentaire. Et rappelle que la population souffrant de la faim ne cesse de s’accroître, touchant aujourd’hui un milliard de personnes, soit près d’une personne sur six.

Il est urgent d’agir pour empêcher des centaines de millions de personnes de tomber elles aussi dans l’enfer de la faim. Des décennies de sous-investissement dans l’agriculture couplées à la menace croissante du changement climatique font qu’aujourd’hui la sécurité alimentaire est loin d’être garantie sur terre. En dépit de la récente baisse des prix, aucune assurance ne peut être donnée pour l’avenir. En réalité, la situation pourrait même s’aggraver...

Le rapport d’Oxfam « Un milliard de personnes ont faim » analyse les éléments à la base de l’insécurité alimentaire et dénonce le manque de coordination internationale dans la réponse à donner à la crise. Il invite les responsables politiques, les représentants du secteur privé et les organisations de la société civile réunis au sommet de Madrid à passer à l’action sans plus attendre.

« En moyenne, les prix de l’alimentation ont bel et bien diminué ces derniers mois, mais il est possible qu’ils connaissent une nouvelle flambée d’ici peu », explique Thierry Kesteloot, spécialiste d’Oxfam-Solidarité sur les questions agricoles et alimentaires. « Cette volatilité des prix pose un problème pour les consommateurs pauvres et pour les paysans. C’est donc la cause structurelle de cette volatilité qui doit être visée. Le rapport d’Oxfam veut réveiller tous ceux qui pensent que la crise alimentaire est derrière nous. »

« A cause de la crise économique, climatique et énergétique, la situation risque en effet de s’aggraver » poursuit le spécialiste. « Les leaders mondiaux peuvent éviter cela. Pour cela, ils doivent agir de toute urgence, coordonner leurs actions pour répondre aux besoins immédiats et adopter des réformes à long terme. Une inaction de leur part poussera des millions de personnes dans l’enfer de la faim. »

Pour Oxfam, les manques criants de nourriture constatés en Afghanistan, en Éthiopie, au Kenya, au Mozambique ou au Zimbabwe (voir les notes ci-dessous) prouvent que la crise est loin d’être finie. Même avant la récente flambée des prix, plus de 850 millions de personnes étaient déjà sous-alimentées. Aujourd’hui, elles sont près d’un milliard.

« On constate un manque de coordination à tous les niveaux, et l’opportunité d’engager une véritable réforme de l’aide internationale n’apparaît toujours pas » déplore Thierry Kesteloot. « Les institutions internationales et les bailleurs de fonds doivent revenir sur des décennies de sous-investissement dans l’agriculture et abandonner des politiques aberrantes – comme celle sur les agrocarburants – qui ne font qu’empirer les choses. »

Les pays riches doivent au plus vite se mettre d’accord sur une politique cohérente de soutien à l’agriculture locale afin de garantir le droit à l’alimentation. « Mais la récente décision de l’Union européenne de relancer les aides à l’exportation pour les produits laitiers est à l’opposé de ce qu’il faudrait faire. Il s’agit là d’un pas en arrière qui remet en question la réelle volonté de l’Union européenne de s’engager sur le long terme », dénonce le spécialiste.

Le rapport d’Oxfam paraît au même moment qu’un autre produit par le think tank britannique Chatham House : « The Feeding of the Nine Billion- ». Ce rapport rappelle que la population mondiale passera à 9,2 milliards d’ici 2050, augmentant donc fortement la demande alimentaire, et que le changement climatique entraînera la sous-alimentation de 40 à 170 millions de personnes supplémentaires.

Le rapport d’Oxfam « Un milliard de personnes ont faim » contient des recommandations sur la réforme de l’aide humanitaire et appelle les pays pauvres à faire ce qu’ils peuvent pour investir davantage dans l’agriculture, en visant d’abord les femmes et les petit producteurs. Les pays en développement doivent accroître la protection sociale des populations les plus vulnérables, notamment par des paiements en liquide et des projets de création d’emplois pour ceux menacés par la faim. Pour leur part, les pays riches doivent garantir des financements prévisibles sur le long terme en faveur de l’agriculture et de l’adaptation au changement climatique.

Plus d’infos :
- Le rapport « Un milliard de personnes ont faim »
- Le rapport « The Feeding of the Nine Billion- »
- Le site officiel de la réunion de Madrid : www.ransa2009.org
- Thierry Kesteloot, spécialiste d’Oxfam-Solidarité sur les questions agricoles et alimentaires
Tél. : 02 501 67 55 — Gsm : 0475 54 37 23 — e-mail : tke(at)oxfamsol.be

Notes
- La rencontre de Madrid : la « Réunion de haut niveau sur la sécurité alimentaire pour tous », co-présidée par le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, et le chef du gouvernement espagnol José Luis Zapatero, vise à préparer une feuille de route destinée à assurer la réalisation des objectifs fixés et des engagements pris lors du Sommet de Rome de la FAO en juin dernier.
- Les chiffres : sur terre, une personne sur six a faim, soit près d’un milliard de personnes. Le nombre de personnes souffrant de la faim est passé de 827 millions en 1996 à 963 millions en 2008. Le nombre pourrait atteindre 1,2 milliard en 2025. Les Ÿ de ces personnes vivent dans les campagnes en situation d’extrême pauvreté. Les personnes les plus pauvres consacrent jusqu’à 80% de leur budget à leur alimentation, et sont donc particulièrement vulnérables aux variations des prix alimentaires.
- Avant même la crise alimentaire :
— -> plus de 24.000 personnes mourraient de faim chaque jour, soit l’équivalent de toute la population belge chaque année.
— -> 5 millions d’enfants de moins de 5 ans mourraient de faim chaque année
— -> 16 000 enfants mourraient chaque jour des conséquences de la faim, soit un toutes les 5 secondes.
- Impact sur les enfants : chaque année, 13 millions d’enfants naissent avec un retard de croissance intra-utérin, conséquence de la faim dont souffrent les mères. Entre 50 et 60% des décès d’enfants dans les pays en développement sont liés à la faim. Un enfant souffrant de semi-malnutrition court deux fois et demi plus de risque de mourir qu’un enfant bien nourri
- Aide publique en chute : la proportion de l’aide au développement consacrée à l’agriculture est passée d’un cinquième en 1980 à seulement 3% aujourd’hui.

Exemples de crises :
- En Afghanistan, 5 millions de personnes souffrent actuellement de la faim et plus de 8 millions d’Afghans sont en situation d’insécurité alimentaire chronique. L’Afghanistan est particulièrement sensible aux fluctuations des prix car sa production agricole a été divisée par deux par la guerre, le déplacement de populations ainsi que les sécheresses et inondations persistantes.
- En Éthiopie, les études des ONG font état de taux de malnutrition très élevés et en augmentation ainsi que de peu de sécurité alimentaire. Bien que les prix alimentaires aient baissé au niveau mondial, le coût d’une céréale en Éthiopie demeure de 54 à 338% plus élevé par rapport à l’année dernière. Les récentes augmentations des prix alimentaires faisant suite aux récoltes sont particulièrement inquiétantes car c’est justement à ce moment que les prix devraient être au plus bas. Malgré ces inquiétudes, le programme alimentaire mondial (PAM) doit faire face à un déficit de 359 millions de dollars sur son programme de secours.
- Au Kenya, 10 millions de personnes sont menacées par la pénurie alimentaire. Le gouvernement kenyan a donc décrété le mois dernier une urgence nationale et a demandé plus de 400 millions de dollars d’aide. Des sécheresses, des prix alimentaires élevés et les conséquences des violences post-électorales début 2008 sur les activités agricoles dans la vallée du Rift(le grenier du pays) sont à l’origine de cette urgence.
- Au Mozambique, sept des onze provinces connaissent de sérieuses difficultés suite à de maigres récoltes. Depuis le mois d’octobre, plusieurs grandes régions du pays ont reçu moitié moins de précipitations qu’à l’habitude, et les Nations unies estiment que 350 000 personnes nécessitent une aide alimentaire. Le programme alimentaire mondial a prévenu que sans fonds supplémentaires, il sera à court de denrées alimentaires d’ici un mois.
- Au Zimbabwe, cinq millions de personnes – presque la moitié de la population nationale – sont dépendantes de l’aide alimentaire. Un million supplémentaire en a besoin mais ne reçoit rien en raison de manque de fonds. Les rations données aux familles ont déjà été réduites une fois et pourraient l’être encore une fois dans les prochains mois en raison de la pénurie de nourriture. Une récente étude du programme alimentaire mondial démontrait qu’un ménage sur huit n’avait pas mangé le jour précédent l’enquête.