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Organisation Mondiale du Commerce

6 janvier 2006

La constance du jardinier

Dès le 21 décembre, vous pourrez voir dans les salles le thriller romantique « La constance du jardinier » (« The Constant Gardener »), l’adaptation cinématographique du livre de John le Carré. Le film porte au grand écran des thèmes tels que la responsabilité sociale des entreprises et les gains énormes de l’industrie pharmaceutique. Il s’agit d’une fiction mais le film est bel et bien basé sur des faits réels : des millions de personnes doivent se passer de médicaments hors de prix.
Le lien avec l’OMC ? L’Accord sur les droits de propriété intellectuelle (ADPIC), négocié dans les enceintes de l’organisation internationale, concerne notamment les médicaments et leur accès pour les pays les plus pauvres.

- Le film
- Les faits
- Sur place, à Kibera
- Les objectifs d’Oxfam

Le film

Dans une contrée perdue au Nord du Kenya, Tessa Quayle (Rachel Weisz), militante dévouée et passionnée des droits de l’homme, est sauvagement assassinée. Le compagnon de voyage de Tessa, un médecin local, est introuvable et tout semble indiquer qu’il s’agit d’un crime passionnel.

Justin Quayle (Ralph Fiennes), diplomate doux et introverti, est effondré par l’annonce du décès de sa femme. Guidé par les remords et les rumeurs qui circulent au sujet des infidélités de Tessa avec le médecin, il s’embarque, à son propre étonnement, dans une aventure périlleuse. Il est résolu à laver le nom de sa femme et à achever les projets entamés par celle-ci.
Justin se lance dans une quête personnelle et plonge dans le monde de l’industrie pharmaceutique. Il découvre que Tessa était sur le point de dévoiler des pratiques inacceptables et commence un voyage entre deux continents à la recherche de la vérité. Il se retrouve confronté à de vastes complots, à des tests douteux de nouveaux médicaments, au monde du business lucratif et au crime.

Sortie le 21 décembre dans les salles. Site du film du distributeur Cinéart.

Les faits

Plus de deux milliards de personnes dans les pays en voie de développement n’ont pas accès aux soins médicaux vitaux, entre autres car ils sont trop chers. Les prix est un élément déterminant, étant donné que la plupart des habitants des pays pauvres doivent payer de leurs propres poches la totalité du montant.
L’industrie pharmaceutique peut fixer des prix très élevés grâce à des règles commerciales valables mondialement et approuvées par l’Organisation mondiale du commerce. Chaque pays doit en effet garantir la protection des brevets des nouveaux médicaments pour une période de 20 ans. Ces brevets donnent aux firmes l’exclusivité de la production, de l’utilisation et de la vente des médicaments brevetés. C’est pourquoi, les autres fabricants ne peuvent mettre sur le marché des médicaments génériques, la version à bas prix des médicaments brevetés.

Les firmes pharmaceutiques dans des pays tels que l’Inde ne peuvent dès lors pas commercialiser les copies bon marché des médicaments, à moins que les gouvernements ne soient prêts à supprimer les brevets. Quelques gouvernements, comme le brésilien, envisagent d’appliquer cette mesure pour les médicaments les plus importants. Cependant, les pays pauvres sont fortement mis sous pression par les pays riches dans le but d’augmenter la protection des brevets. C’est pourquoi la vente des variantes génériques des médicaments importants peut encore tarder des années, même après l‘expiration du brevet.
Les grandes compagnies pharmaceutiques prétendent que les prix élevés obtenus grâce aux brevets sont nécessaires au financement de la recherche et du développement (Research & Development, R&D) de nouveaux traitements. C’est exact, jusqu’à un certain point. Ce sont majoritairement les pays riches qui tirent avantage de la R&D. Pourquoi les pays pauvres doivent donc en payer les frais ?

En pratique, la plus grande part des 40 milliards de dollar que l’industrie pharmaceutique investit dans la R&D est consacrée à des médicaments qui sont, en fin de compte, vendus dans des pays riches, ou à la production de variantes des médicaments qui rapportent gros. Ce sont surtout les contribuables et les contributions privées, et non les multinationales pharmaceutiques, qui financent la recherche médicale dans les pays en voie de développement.

Les multinationales ont investi beaucoup d’argent et d’énergie afin de s’assurer que les règles en vigueur concernant les brevets leur permettent d’exiger les prix les plus élevés possibles pour leurs médicaments. Elles font également pression pour élargir le droit des brevets. En fin de compte, elles contribuent peu à la R&D des médicaments profitables aux plus pauvres.
Bien que certaines firmes fassent des donations ou diminuent les prix de certains médicaments, elles ne sont pas en mesure de combler l’abîme dont elles sont notamment à l’origine.
Les firmes ne sont pas des associations de bienfaisance. Elles doivent être concurrentielles et satisfaire leurs actionnaires. Elles produisent cependant des médicaments qui sauvent des vies et reçoivent des brevets dans le but de remplir cette mission. L’industrie pharmaceutique se doit donc de garder une certaine responsabilité sociale en faisant des affaires et en revendiquant des règlements auprès des gouvernements. Top

Sur place, à Kibera

La scène d’ouverture de « La constance du jardinier » a été tournée à Nairobi, l’un des plus grands bidonvilles d’Afrique subsaharienne. Kibera est un bidonville d’environ 600 ares où vivent, selon les estimations, 800.000 personnes (selon d’autres sources, il s’agirait de 1.200.000 personnes). La plupart de celles-ci vivent dans les huttes qu’elles ont elles-mêmes construites, sans sanitaires, équipements, électricité ou eau courante. Les « rues » consistent en un labyrinthe de sentiers et de caniveaux peu profonds débouchant sur un réseau primitif d ‘égouts.

La caractéristique principale du bidonville est une voie ferrée le divisant en deux. Les habitants montent des étals le longs des voies, où ils exposent tout ce qui pourrait avoir une quelconque valeur aux yeux d’un acheteur potentiel.
56% environ de la population kenyane vit dans la pauvreté. Cela signifie que 15 millions de personnes doivent survivre avec 0,80 dollar par jour. Les habitants de Kibera disposent d’une somme encore plus petite. Au début et à la fin de chaque journée de travail, des centaines de personnes parcourent le chemin vers les bidonvilles. Ils vont et reviennent à pied du travail pour économiser les 30 cents de la carte de bus.
Outre le manque d’aménagements de base, il règne un gros problème au niveau du sida et du VIH. Un Kenyan sur six environ serait séropositif. Le nombre de personnes infectées augmente chaque jour au Kenya, comme dans toute l’Afrique subsaharienne, et les dispositifs sociaux essentiels pour s’occuper d’eux sont inexistants.

« L’Afrique vivra toujours en moi pour des raisons très variées », déclare Fernando Meirelles, le réalisateur de « La constance du jardinier ». « D’un côté, il y a les paysages à couper le souffle, et l’accueil chaleureux des Africains. C’est un endroit magnifique. Mais je ne peux pas, et ne vais jamais, oublier les problèmes dont souffre le continent. La situation est beaucoup plus dramatique que je ne m’y attendais. »
« Et qu’en est-il des perspectives futures ? Quand je pense qu’un Kenyan sur six est séropositif, sans parler de l’hépatite, de la tuberculose, et d’un tas d’autres maladies qui touchent l’ensemble de l’Afrique. C’est alarmant. C’est difficile de ne pas perdre espoir pour le futur mais il faut persévérer. »
Oxfam travaille depuis des années déjà avec des communautés à Kiberia pour améliorer l’enseignement et l’hygiène. Top

Les objectifs d’Oxfam

Oxfam demande à l’Organisation mondiale de la santé (OMS) de réformer la législation sur les brevets, afin que les gouvernements des pays en voie de développement obtiennent le droit d’acquérir des médicaments vitaux aussi bon marché que possible sans risquer de procédures pénales ou de sanctions commerciales.

Oxfam demande aussi à l’industrie pharmaceutique, parmi laquelle on compte des multinationales telles que GlaxoSmithKline et Pfizer, de soutenir les réformes de la réglementation des brevets pour donner accès à des médicaments génériques bon marché aux pays en voie de développement et pour demander des prix réalistes pour leur médicaments afin que les habitants des pays pauvres puissent aussi se les payer. Top

Pour plus d’informations, consultez le site de la campagne internationale d’Oxfam Make Trade Fair, rubrique accès aux médicaments. (Anglais)