L’aide internationale ne doit pas servir à des fins politiques et militaires

Les pays donateurs consacrent de plus en plus d’aide aux pays qu’ils considèrent politiquement ou militairement stratégiques, négligeant alors d’autres crises ou pays pour lesquels les besoins sont tout aussi importants.
Dans son nouveau rapport « À qui doit profiter l’aide ? », Oxfam constate que, depuis 2001, des milliards de dollars d’aide internationale sont utilisés pour gagner ’les cœurs et les esprits’ dans les conflits et soutenir les politiques étrangères ainsi que les objectifs de sécurité à court terme des pays donateurs. Pour atteindre leurs engagements internationaux, les pays donateurs ont certes augmenté leur aide entre 2001 et 2008. Mais plus de 40% de cette augmentation a touché seulement deux pays, l’Afghanistan et l’Irak. Et le reste de l’aide a été partagé entre 150 autres pays pauvres !
Selon Oxfam, l’aide ainsi politisée est souvent mal conçue et inefficace. En brouillant dangereusement la limite entre les activités civiles et militaires, elle fait dans certains cas des populations bénéficiaires et des travailleurs humanitaires la cible d’attaques. Le rapport indique en effet qu’en 2010 225 travailleurs humanitaires ont été tués, blessés ou enlevés dans des attaques violentes, contre 85 en 2002. Ces statistiques reflètent en partie le plus grand nombre de travailleurs opérant dans des endroits violents, mais aussi le résultat d’une augmentation des attaques à caractère politique.
La lutte contre la pauvreté avant la politique
Pour Oxfam, une nouvelle approche fondée sur des objectifs à long terme plutôt que des intérêts politiques ou militaires est nécessaire pour maximiser l’impact de l’aide. « Nous assistons à une tendance inquiétante : certains gouvernements donateurs utilisent l’aide pour marquer des points sur le plan politique au lieu de regarder la situation dans son ensemble afin de lutter contre la pauvreté », a déclaré Mike Lewis, l’auteur du rapport.
Une aide efficace permet de sauver des vies, de réduire la pauvreté, de mettre sur pied des systèmes de santé et d’éducation, et de renforcer les économies des pays les plus pauvres. Les aides destinées à des objectifs politiques et militaires à court terme ne parviennent pas à atteindre les populations les plus pauvres et échouent également à renforcer la sécurité à long terme dans les États fragiles.
En Afghanistan, par exemple, les États-Unis et d’autres pays de l’OTAN ont dépensé des milliards de dollars pour des projets à ’impact rapide’, en réalité coûteux et non durables. De nombreux Afghans souhaitent se distancier de tels projets qu’ils perçoivent comme plus dangereux car davantage susceptibles d’être pris pour cible par les Talibans. Dans le cadre de la formation qu’elle dispense en Afghanistan, l’OTAN a pourtant continué à diffuser une approche utilisant l’aide humanitaire pour ’récompenser’ ceux fournissant des renseignements, même après qu’elle ait elle-même officiellement renoncé à cette pratique en 2004 et convenu des règles l’interdisant.
Préférer l’option civile
Si Oxfam reconnait que les militaires peuvent jouer un rôle crucial dans les jours qui suivent une crise humanitaire, en particulier via la mise à disposition de transports et l’établissement d’un environnement sûr, elle note toutefois que les organisations humanitaires sont les mieux placées pour fournir directement de la nourriture, des soins médicaux et un soutien aux moyens de subsistance des victimes de catastrophes. Des évaluations -allant de la réponse humanitaire à la crise des réfugiés rwandais en 1994 au tsunami dans l’océan Indien en 2005- indiquent que l’armée peut être jusqu’à huit fois plus chère pour fournir des services de base par rapport à d’autres options civiles.
En savoir plus ?
Consultez le rapport complet « À qui doit profiter l’aide ? Politisation de l’aide dans les conflits et les crises »
Contactez Steven Van Damme, responsable du lobby humanitaire pour Oxfam-Solidarité.
Tél. : 02 501 67 42 - Mail : sva@oxfamsol.be
Quelques faits :
Depuis 2001, la population de la RD Congo a reçu en aide humanitaire (dans l’hypothèse la plus optimiste) 10 $ US/an par habitant, tandis que celle en Irak, un pays beaucoup plus riche, a reçu en quelques années plus de douze fois ce montant.
En France, l’aide a longtemps été octroyée aux pays francophones d’Afrique, et basée sur un mélange d’intérêt stratégique et de lien historique. Bien que la France le fasse à présent aussi en fonction des besoins du pays, les bénéficiaires de son aide sont encore explicitement choisis en fonction de « l’intérêt », incluant leur importance quant à la sécurité nationale française et les priorités de lutte contre le terrorisme.
Sur une note plus positive, en 2010, environ 17% des 2 milliards de dollars d’aide humanitaire d’ECHO (de la Commission européenne, ndlr) a été consacrée à douze « crises oubliées » qui n’étaient plus d’actualité dans les médias ni sur la scène politique, des milliers de personnes déplacées par les combats en République centrafricaine jusqu’aux réfugiés sahraouis en Algérie.


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