L’accès aux semences, l’agro-industrie donne le ton.
Depuis le début de l’activité agricole partout au monde, les agriculteurs sèment, récoltent, sélectionnent et ressèment pour la prochaine saison. Ils ont appris qu’en échangeant leurs semences, ils peuvent les améliorer et diversifier leurs cultures.
Ces échanges et les connaissances traditionnelles sont encore largement répandus. Mais ce droit paysan de récolter et de ressemer va à l’encontre des intérêts des entreprises semencières et biotechnologiques qui, s’appropriant ces connaissances ancestrales, considèrent les semences non plus comme patrimoine commun à l’humanité, mais comme propriété exclusive. Trois exemples récents pour faire valoir leurs intérêts particuliers sur le droit paysan de semer ce qu’il récolte.
L’IRAK Sous l’autorité provisoire de la coalition, l’Irak a fait un pas important vers la modernisation de son agriculture au bénéfice du peuple Irakien, selon M. Bremer, administrateur de la Coalition. En effet il a signé le 26 avril 2004 le décret n° 81 régissant les lois de propriété intellectuelle sur les semences. Le paragraphe 66 B ne peut être plus clair envers le droit paysan : "Les agriculteurs seront interdits de réutiliser les semences de variétés protégées (...)". Bien que le paragraphe porte sur les semences protégées, il octroie une interprétation extrêmement large à la notion de "variétés protégées", et il va bien au-delà des obligations légales internationales. Les Irakiens auraient tout aussi bien pu développer une législation permettant à leurs agriculteurs de réutiliser leurs semences. Mais ceci aurait contredit les protections légales demandées par l’agro-industrie semencière et biotechnologique, afin de s’accaparer d’un nouveau marché.
L’ARGENTINE Une agro-industrie qui montre les dents en Argentine. Depuis plusieurs années l’Argentine est un producteur important de soja, 95% étant du soja génétiquement modifié. Cette production a fondamentalement modifié l’agriculture au détriment de l’agriculture familiale et organique, sans parler des conséquences sur l’environnement. Pour ceux qui se sont lancés dans la course aux OGM, Monsanto fait monter la pression : l’entreprise réclame des dommages de quelques 100 millions de US$ pour la réutilisation illégale de semences et refuse dorénavant de vendre ses semences sur le marché Argentin. Après une politique de laisser-faire pendant 10 ans où les agriculteurs pouvaient réutiliser leurs semences, facilitant ainsi leur dispersion même au-delà des frontières, les producteurs de soja sont mis devant le fait accompli. Il leur est quasi impossible de passer à d’autres semences. C’est le moment choisi par Monsanto pour exiger l’interdiction de ressemer et le paiement de droits d’utilisation. De plus, ils exigent une taxe pour toute exportation de soja. En même temps, Monsanto acceptait sa responsabilité dans la tentative de corruption de fonctionnaires indonésiens, afin d’y autoriser des OGM, en payant une amende de 1,5 million US$. "Monsanto, quand tu nous tiens, .... "
BANGKOK Mais certains gouvernements se font complices actifs pour défendre les intérêts particuliers de l’agro-industrie et obliger les agriculteurs à racheter leurs semences. A une conférence technique de la Convention sur la Biodiversité à Bangkok début février 2005, le gouvernement canadien y a défendu la nécessité de lever le moratoire sur les technologies dites "Terminator" ou encore "Semences Suicide". Cette technologie génétique permet de bloquer la germination des semences. En d’autres termes d’obliger l’agriculteur de racheter année après année ses semences auprès de l’agro-industriel. Heureusement certains gouvernements européens et africains s’y sont fermement opposés, ainsi que l’ONG canadienne ETC Group. Mais le débat a été lancé et le moratoire s’en trouve ébranlé.
Le rôle de l’agriculture paysanne et des connaissances traditionnelles dans la préservation et le maintien de la biodiversité sont reconnues mondialement. Et le temps presse : l’humanité fait face à une érosion génétique importante, on estime que les trois quarts environ de la diversité génétique des cultures agricoles ont été perdus au cours du siècle dernier ! Une des raisons principales est l’industrialisation de l’agriculture.
Thierry Kesteloot, chercheur Oxfam-Solidarité
17 avril - Journée mondiale de luttes paysannes
Pour défendre le droit d’accès aux semences, il est essentiel de soutenir une vision radicalement différente de celle de l’agro-industrie considérant les semences comme propriété exclusive. La diversité qui nourrit notre monde se base sur le libre échange de semences entre paysans que ce soit au niveau local ou même international. A cet effet, le droit des paysans de produire, échanger et resemer leurs semences est indispensable. Ce sera un de leur thème principal de campagne le 17 avril, journée mondiale de luttes paysannes.
Pour plus d’informations, voir www.viacampesina.org


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