« L’Afrique ne pleure plus, elle parle ! »

Une des grandes richesses du Forum social mondial à Bamako (Mali) a été la parole. Sur ce continent fort de sa tradition orale, le Forum s’est allégé de ses grand-messes habituelles pour laisser place aux vrais débats et échanges dans les séminaires. Les jeunes (et moins jeunes) ont participé en grand nombre à ces différents séminaires.
Lors du Forum social mondial à Bamako (Mali), les débats ont permis aux participants africains d’exprimer toute l’intensité de leur réalité, de leurs combats, de leurs espoirs. Cela s’est particulièrement ressenti au camp de la jeunesse, le camp Thomas Sankara.
Parler pour agir
Cette fois, le camp jeunesse du Forum peut se targuer d’avoir réussi à jouer dans la cour des grands. De l’emploi à l’immigration, en passant par la scolarisation des filles ou la corruption, jusqu’à des thèmes plus globaux comme la dette ou l’OMC, les jeunes (et moins jeunes) ont participé en grand nombre à ces différents séminaires, où les prises de paroles étaient très nombreuses, très intenses et très constructives.
Les jeunes africains en ont marre. Ils le disent et agissent : réseaux régionaux de lutte contre la corruption, projets de sensibilisation et de développement de quartiers, recommandations à leurs responsables politiques, autant de moyens réalistes et justifiés sont mis en œuvre.
Ils prennent tout simplement part à la construction de l’avenir qui est le leur. Comme le chante Tikken Jah Fakoly, symbole de résistance pour la jeunesse bamakoise (qui a d’ailleurs accompagné le Forum avec trois concerts), l’Afrique ne pleure plus, elle parle.
Parler pour témoigner du combat des Gaciliennes
Pas de droit au congé d’allaitement, un salaire de moins de 20 euros par mois (un tiers du SMIC au Burkina Faso), l’interdiction de parler à ses voisines de siège, etc... Lucienne Kaboré établit la longue liste des abus perpétrés à l’encontre des ouvrières de la Gacilienne, filiale de l’entreprise Yves Rocher au Burkina Faso.
Lorsqu’ils ont entendu cela il y a quelques mois, les ouvriers bretons de la firme cosmétique en sont restés bouche bée. En dépit des pressions de l’entreprise, ils ont accepté de soutenir une campagne de solidarité avec les ouvrières de la Gacilienne.
Aujourd’hui, l’entreprise a fermé ses portes et les ouvrières ont perdu leur emploi. Elles ont cependant obtenu gain de cause, sous forme d’indemnités de licenciement. « C’est une victoire. Même si notre lutte est finie, la lutte continue avec les autres ouvrières qui sont sur d’autres champs de bataille. Pendant tous ces mois, notre front commun n’a pas cédé face aux pressions de la directrice », raconte Lucienne.
Comme l’explique le représentant du syndicat CGTB, cela n’aurait pas été possible si une campagne n’avait pas été menée en France. Même si le code du travail est très strict au Burkina, les entreprises ne le respectent pas et le gouvernement ferme les yeux.
Ainsi témoignent les représentants syndicaux présents dans la salle, dans cette région pauvre, où le chômage et l’exode rural viennent grossir chaque jour les rangs de la main d’œuvre flexible et bon marché, des « Yves Rocher », on en compte par dizaines.
Sarah Turine et Deborah Myaux, représentantes d’Oxfam-Solidarité à Bamako (Mali)


FR |
Facebook
Twitter
YouTube
Flickr
Newsletter
