Kenya : à la pêche aux solutions

Suite à la sécheresse, les tribus nomades du Nord du Kenya ont perdu une grande partie de leur cheptel, leur principale source de revenu. Avec l’aide d’Oxfam, un communauté pastorale vivant aux abords du lac Turkana a commencé à inclure du poisson dans son régime alimentaire.
Meyen Nang’iro Eipa vit dans le village de Kalokutonyag dans le Turkana, une région du Nord du Kenya. Tout son bétail à succombé à la sécheresse. Ces animaux sont indispensables pour les éleveurs nomades tels que Eipa : ils sont une source d’alimentation, de revenu, et une sécurité supplémentaire pour leurs familles. « À cause de la sécheresse, mes enfants n’ont plus de source alimentaire régulière », explique-t-il. « Nous survivons en mangeant des baies sauvages. Quand celles-ci viennent à manquer, il ne nous reste plus qu’à mourir. »
La face cachée de l’aide alimentaire
Sa famille bénéficie de l’aide alimentaire mais, selon lui, celle-ci est insuffisante. Des points de distribution ont été mis en place en de nombreux endroits. Des travailleurs humanitaires et des employés de l’État distribuent des rations de nourriture adaptée, un apport énergétique important pour lutter contre la malnutrition.
Néanmoins, distribuer de l’aide alimentaire dans ces communauté à également des effets pervers. Seuls les bénéficiaires directs de cette aide en profitent, même s’ils sont souvent mis sous pression pour partager leur rations distribuées en vrac, avec d’autres personnes souffrant de la faim. En outre, devoir faire la file pour recevoir de l’aide est souvent considéré comme dégradant.
Allant à l’encontre de ses traditions, une communauté vivant aux abords du lac Turkana a donc décidé de remplacer le bétail par du poisson, pour satisfaire à ses besoins en protéines. Avec l’aide d’Oxfam, les villageois ont donc trouvé une façon d’améliorer la valeur nutritive de l’aide humanitaire, et de continuer à vivre dignement.
Tickets alimentaires
Au abords du lac Turkana, Peter Asaenyan range ses filets après une longue journée de pêche et s’en va déposer ses prises de la journée dans un magasin du village de Nasechabuin. Peter Abwel, commerçant en poisson, le fait ensuite sécher au soleil et le range dans son magasin. Les bénéficiaires de l’aide humanitaires viennent au magasin d’Abwel pour échanger leur ticket Oxfam contre du poisson. Abwel échangera à son tour ce ticket chez Oxfam contre de l’argent.
Ce projet a permis de développer un véritable marché du poisson à Nasechabuin et dans les environs. Auparavant, le marché le plus proche se trouvait à Kakuma, à plus de deux heures de marche.
Les pêcheurs locaux en bénéficient
Peter Asaenyan a vu ses revenus augmenter. En effet, il ne doit plus payer de frais de transport et de logement pour vendre son poisson à Kakuma. « Je peux maintenant acheter de la nourriture pour mes enfants et les envoyer à l’école. Auparavant, quand j’allais à Kakuma, je devais parfois attendre le jour de marché pendant une semaine. Quand je rentrais à la maison, mes enfants avaient très faim et étaient malades », explique-t-il. « Maintenant que je peux rester ici, je peux me rendre compte plus facilement des problèmes à la maison, et donc réagir plus rapidement. »
Peter Abwel peut également épargner un peu d’argent en vendant le poisson sur place, sans devoir se rendre à Kakuma. Son travail s’en trouve simplifié, et il se sert des formations et de l’assistance prévue dans le projet pour obtenir des autorisation officielles et des crédits.
« Le pêcheur me dépose le poisson en vrac. Avant, je devais aller jusqu’au lac pour chercher le poisson, et me rendre dans un autre village pour le revendre. Régler le transport et obtenir les autorisation nécessaires était souvent très fastidieux. Maintenant je peux vendre le poisson sans devoir me déplacer, » raconte-t-il.
Le travail d’Oxfam fait une différence
Joseph Akure aide à la coordination de ce programme pour Oxfam. Il explique que les protéines contenues dans les rations alimentaires proviennent de légumineuses comme les haricots. Remplacer ces protéines végétales par des protéines issues du poisson améliore la qualité nutritive des rations alimentaires. En outre, on économise ainsi l’eau et le bois nécessaires pour faire cuire les haricots.
Akure souligne le côté original de cette pratique : « C’est un magasin comme les autres. Vous y entrez, achetez ce dont vous avez besoin avec votre ticket, et emportez vos achats chez vous. C’est une alternative digne qui évite également le problème de la répartition, car vous n’emportez que la quantité nécessaire pour une semaine. »
Akure est convaincu que le marché aux poissons local continuera d’exister bien après l’arrêt des distributions alimentaires à Nasechabuin et dans la région. C’est une bonne chose pour les pécheurs et les commerçants, car cela leur assure un revenu stable. Entre-temps, d’autres commerces ont également commencé à fleurir.
Contact presse
Laurent Bourgeois, Tél. 0479 022 902 - lbo(at)oxfamsol.be
Cet article de Cathy Majtenyi est paru le 19 août 2011 en anglais dans Voice of America
Foto : © Jane Beesley/Oxfam


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