Jour 5 : Rencontres et échanges
Mumbai 20 janvier 2004. “Nous sommes vraiment très fiers de votre travail. Pour nous, c’est inspirant et vital de savoir ce que vous faites » et Sanjay, de l’Alliance des Mouvements Populaires Indiens remercie José du mouvement brésilien contre les grands barrages et Milton du Mouvement des sans terres au Brésil pour leur participation à la grande conférence sur les populations déplacées.
José est de son côté sous le charme de Medha Patkar, leader charismatique des mouvements populaires en Inde qui vient de tenir en haleine une foule de plus de 5,000 personnes venus des villages du Maharastra, du Gujarat et du Madya Pradesh, tous affectés par les gigantesques projets de barrage sur la rivière de la Narmada. José termine cet échange intense en disant qu’ « ensemble, nous vaincrons ».
L’Alliance Nationale des Mouvements Populaires est sur tous les fronts à en juger par leur programme d’activités durant les différentes activités du forum : populations indigènes, lutte de paysans, organisations contre l’entreprise Coca-Cola, les travailleurs du secteur informel, les pêcheurs artisanaux, etc. Et à chaque fois, leurs ateliers créent cette sympathie, cet échange de force et d’inspiration.
Dans un atelier sur les processus de reconstruction d’un pays, des Cambodgiens, des Timorais de l’Est, des Afghans et des Iraquiens expliquent les dégâts causés par la communauté internationale dans leur processus d’aide. Cette communauté, celle des donateurs, non seulement les a dépossédés de leur pays en évinçant les populations locales des processus de décisions mais en plus a créé des structures parallèles où corruption et enrichissement sont souvent la norme. « Comment un expert peut venir pour une semaine dans un pays qu’il ne connaît pas et gagner 20,000 USD ? » s’indigne un délégué afghan. Une représentante d’une organisation de femmes afghanes réclame un réel travail de partenariat à long terme. « On ne reconstruit pas un pays qui a souffert différents conflits pendant plus de 30 ans avec un projet de 3 ans » conclut-elle.
Dans le même atelier, une femme iraquienne précise que l’on ne pourra parler de reconstruction de l’Iraq que lorsque les forces d’occupation auront quitté le pays. Un membre de Corporatewatch, une ONG qui suit de près les entreprises américaines,donne des informations alarmantes sur les contrats pour la reconstruction. Ces informationsdémontrent une fois de plus le lien entre la guerre et les intérêts des grandes entreprises. Une femme des mouvements du quart-monde des Etats-Unis se lève et explique comment son organisation a déjà organisé plusieurs marches devant les bureaux de Halliburton, l’un des principaux groupes bénéficiaires de ces contrats. Ensuite un agriculteur américain recommande aux pays présents de ne surtout pas suivre les politiques d’une agriculture orientée vers l’exportation prônées par les organismes internationaux. Et il ajoute que des agriculteurs américains de son mouvement sont prêts à venir travailler comme volontaires, en dehors des circuits d’experts et de consultants qui viennent d’être dénoncés. Toute la salle applaudit.
Ces échanges constituent probablement la force du Forum Social Mondial, ces moments d’émotions où une femme américaine peut exprimer sa solidarité avec l’Iraq, où un Brésilien sans terres se retrouve à partager les problèmes des populations indigènes de l’Inde, où des jeunes Timorais peuvent expliquer aux Afghans les espoirs et les gouffres de la construction d’un pays.
Au fond, l’autre monde est déjà là : il se construit dans cette force et cette émotion de la solidarité et de l’échange entre des femmes et des hommes qui là où ils sont se battent pour la justice, pour le respect des êtres humains et pour un monde solidaire.
Dominique Van der Borght.


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