Jour 4 : Guerre et Paix au Forum Social Mondial
Mumbai, 19 janvier 2004.
« Si vous sentez le besoin de faire quelque chose contre la guerre, quoique ce soit, faites-le » lance une activiste irlandaise du mouvement des femmes en noir. Elle, elle a essayé d’endommager un avion de guerre sur un aéroport irlandais. La guerre, l’impérialisme et l’urgence de la paix dominent l’agenda du Forum Social Mondial à Mumbai.
La guerre en Irak illustre de façon évidente les liens entre le processus de mondialisation et les stratégies impérialistes des Etats-Unis et de leurs alliés. Et elle justifie d’autant plus l’urgence de lutter contre ce modèle et de chercher des alternatives.
Ateliers, conférences et séminaires se succèdent proposant des analyses et des débats sur la mondialisation et l’impérialisme, sur les effets de la stratégie anti-terroriste sur les droits humains, sur les liens entre commerce et guerre, sur la situation en Afghanistan, en Irak, en Palestine, sur les stratégies pour s’opposer à l’hégémonisme américaine, etc. Sur les lieux du Forum, se multiplient les slogans anti-guerre, contre l’occupation de l’Irak, contre les bases américaines partout dans le monde. Des affiches en hindi, des tee-shirts en espagnol, des badges en japonais, des photos des victimes de l’agent orange au Vietnam, des foulards palestiniens prouvent à quel point le mouvement anti-guerre se décline dans toutes les langues et que le Forum Social Mondial est l’espace où il s’est donné rendez-vous.
Felipe, activiste anti-guerre en Belgique et initiateur de la campagne de boycott de produits américains participe à un atelier où se retrouvent une centaine de personnes de plus de 20 pays différents. Plus de la moitié des participants sont asiatiques. Après un échange d’informations et d’expériences, le groupe arrive à définir une stratégie commune, à cibler quelques entreprises américaines parmi celles qui soutiennent la campagne électorale de Bush et à organiser un réseau d’information. « Le Forum ne donne pas seulement l’occasion de discuter mais aussi de faire des choses concrètes. Se retrouver entre activistes du monde entier et sentir que nous avons la même motivation nous donne du courage pour continuer à agir » explique avec enthousiasme Felipe. Avec les conseils des participants indiens qui savent comment animer une manifestation, le groupe organise un défilé jusqu’à la tente de la solidarité où pendant toute la journée se sont réunis les différents mouvements anti-guerre pour discuter de stratégies, de priorités et de mobilisation. Le 20 mars prochain une grande mobilisation internationale redira l’opposition à la guerre et demandera la fin de l’occupation de l’Irak.
Le soir, sur la grande plaine qui s’étend devant la grande estrade « Faiz » (du nom du poète révolutionnaire de l’unité Inde et Pakistan), des centaines de femmes en noire se sont assises en silence avec des bougies. Sur l’estrade, des Iraquiennes, Palestiniennes, Israéliennes, Françaises, Irlandaises, Argentines défilent et lancent un témoignage ou un message de solidarité. Les femmes iraquiennes en appellent à leurs sœurs américaines leur demandant d’empêcher leur fils, leur mari, leur frère de partir pour l’Irak. Une Palestinienne, professeur dans les territoires occupés explique l’importance de travailler avec les enfants palestiniens et israéliens ensemble. « J’attends le jour où nous nous retrouverons toutes, avec nos familles, habillées de blanc pour fêter un monde de paix et sans violence » murmure une des mères de la Place de Mai en Argentine. Une émotion traverse l’esplanade. Cette même émotion qui affleure à tant de moments durant le forum, quand des femmes et des hommes expriment ensemble, au-delà de ce qui les sépare, leurs luttes, leur utopie, leur envie de vivre dans un monde qui soit le leur.
Dominique Van der Borght


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