Jour 3 : Rencontre avec Rafael Alegria de Via Campesina
Mumbai, 18 janvier 2004. Rencontre avec Rafael Alegria (Honduras), secrétaire général de la Via Campesina, une des personnalités présentes au Forum Social Mondial.
Via Campesina est un mouvement paysan qui regroupe des organisations des 4 coins du monde. A l’occasion de ce forum, près de 100 délégués venus de 25 pays se sont retrouvés à Mumbai. Avant le Forum, les délégués ont tenu des réunions préparatoires pour discuter de leur participation à cet événement, du message de la Via Campesina et des campagnes politiques du mouvement sur la réforme agraire, les semences, l’Organisation Mondiale du Commerce et la charte des droits des paysans.
Via Campesina mais également plusieurs de ses membres sont des partenaires de longue date d’Oxfam Solidarité. Amade qui représente UNAC du Mozambique raconte l’importance de se retrouver lors d’un forum comme celui de Mumbai : « J’ai été l’an dernier à Porto Alegre et c’est une chance de pouvoir revenir maintenant à Mumbai : cela nous donne l’occasion de retrouver nos compagnons de la Via mais surtout de rencontrer d’autres mouvements et de discuter de nos stratégies. ». Les délégués de la Via Campesina sont très présents dans des dizaines de conférences et séminaires organisés durant ces 4 jours : réforme agraire, souveraineté alimentaire, stratégies des mouvements sociaux après Cancun, les semences et les brevets, etc. « Nous devons diffuser notre message le plus possible car aujourd’hui les paysans sont les premières victimes du modèle néolibéral et du processus de globalisation impérialiste. Seule une alliance des organisations paysannes et des mouvements sociaux des ouvriers, des peuples indigènes, des habitants des villes, etc. nous permettra de faire changer le modèle » confirme Milton du Mouvement des paysans sans terre du Brésil. « Quand on entend les témoignages de nos compagnons d’Afrique du Sud sur les problèmes de terre et le rôle négatif de la Banque Mondiale dans ce processus, ou la répression subie par les organisations à Haïti ou en Indonésie, nous devons trouver des stratégies pour faire valoir nos droits et sortir de la marginalisation. Via Campesina est un instrument essentiel pour notre travail dans notre pays et au niveau international » conclut Henry Sagaray qui représente l’une des organisations paysannes d’Indonésie et qui coordonne le travail de Via Campesina en Asie du Sud Est et en Asie de l’Est.
Les réunions de Via Campesina qui rassemblent plus de 100 personnes, parlant au moins 6 langues differentes et échangeant leurs impressionnantes expériences de lutte et de résistance sont à elles seules la preuve qu’un autre monde est possible. A la fin de laréunion où la Via Campesina a rencontré plusieurs organisations paysannes indiennes, Rafael Alegria lance le slogan favori de l’organisation : « Mondialisons la lutte, mondialisons l’espérance ».
Sur les lieux du forum, le défilé des mouvements indiens continue, sans fin, au son des tambours, trompettes et autres instruments locaux. Les affiches, banderoles, dessins et autres expressions artistiques envahissent chaque jour davantage l’espace. Beaucoup sont en anglais : « Nous ne devons rien, nous ne payerons rien », « Un salaire juste pour tous les travailleurs ». D’autres sont des messages de solidarité dans une des langues indiennes comme celui du syndicat des chauffeurs de Chandrapur ou du comité national des habitants et travailleurs des forêts. A la fin d’une cérémonie aux flambeaux, chacun dépose sa bougie sur un grand dessin qui dit 1000 flammes pour la dignité… La nuit tombe sur Mumbai. Ce soir encore, plus de 5,000 personnes venus de villages des 4 coins de l’Inde dormiront sur le site en attendant de reprendre demain des discussions, les marches, les danses et le rêve éveillé d’un monde meilleur.
Dominique Van der Borght


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