social

Forums sociaux

19 janvier 2004

Jour 2 : Après l’euphorie de l’ouverture, les choses sérieuses commencent

Mumbai 17 Janvier 2004.

Après l’euphorie de l’ouverture, les choses sérieuses vont commencer : des grandes conférences, plus de 2500 ateliers, séminaires et autre débats.

Les sujets sont aussi variés que la foule qui déambule dans le dédale des tentes, des espaces ouverts et des halls pour conférences : l’agriculture, le droit des enfants, la dette, le problème des dalits, la souveraineté alimentaire, etc.

Tous les matins, une grande conférence ouvre le débat. Aujourd’hui, c’est le thème de la souveraineté alimentaire, de l’accès à la terre, à l’eau et aux semences qui est à l’ordre du jour. Plusieurs partenaires d’Oxfam Solidarité interviennent : Rafael Alegria de Via Campesina rappelle le rôle fondamental des mouvements paysans dans la lutte contre le modèle néolibéral et les résultats encourageant de leur mobilisation lors de la réunion de Cancun alors que Ditdit Pelegrina de l’organisation philippine Searice relance le thème central des semences et de la propriété intellectuelle. José Bové, lui, gagnera le cœur des participants indiens en rappelant que le slogan de Gandhi au moment du mouvement d’indépendance de l’Inde fut simplement « Quittez l’Inde » (« Quit India »). Il invite tous les pays aujourd’hui à choisir l’une ou l’autre multinationale comme Monsanto ou Nestlé et de leur dire aussi « Quittez l’Inde, ou le Mexique, ou le Mozambique… ».

Des banderoles d’Oxfam International annoncent, au même moment que la grande conférence, un séminaire sur l’Agriculture après Cancun.

Dans l’après-midi, un séminaire organisé par Focus on the Global South (partenaire d’Oxfam), réunit plus de 150 participants et une dizaine d’intervenants sur la question de « Travailleurs, paysans et consommateurs : quels intérêts avons-nous en commun ». Le mouvement des paysans sans terre – MST – du Brésil raconte comment ils créent des liens entre les paysans qui occupent des terres et des groupes de consommateurs qui achètent leurs produits. Une association de Calcutta développe également des liens entre vendeurs des rues et coopératives agricoles. Walden Bello explique comment les politiques de développement ont en général favorisé les investisseurs aux détriments des paysans et des ouvriers. Des produits agricoles à bas prix pour des ouvriers aux salaires insuffisants. Fransisca Rodriguez de la Via Campesina conclut en disant que les intérêts des ouvriers et des paysans sont loin d’être opposés si on analyse le système d’oppression qui les affecte : les ouvriers ne demandent pas des prix bas mais un salaire décent et les organisations paysannes réclament le droit à la souveraineté alimentaire comme une stratégie essentielle pour promouvoir les solidarité entre les différents secteurs sociaux.

Et sur les lieux du Forum, l’Inde, l’Asie et le monde continuent à défiler : musiciens enturbannés du Rajasthan, femmes du Tamil Nadu qui jouent une saynète sur le droit des femmes, enfants de la rue de Delhi qui dansent au rythme des tambours, syndicats régionaux qui marchent avec discipline, drapeau et slogan, activistes coréens qui réclament les régularisation des sans-papiers, Bhoutanais, Tibétains et Népalais rappellent que l’Himalaya est loin d’être un monde paisible.

On commence à rêver que avec cette infinité de couleurs, de musiques, de danses, de saveurs, de luttes et de résistances un autre monde est possible.

Dominique Van der Borght