Jour 1 : Comment l’Inde débarque dans le Forum Social Mondial
« Après 2 jours à Mumbai, la chose la plus frappante est que tout semble sans fin : la misère, les gens dans la rues, la quantité de syndicats, la diversité des gens » nous raconte un délégué syndical belge dans un rickshaw… Pour la première fois, le Forum Social Mondial sort du Brésil pour installer son espace ouvert de dialogue et d’espérance sur « un autre monde est possible » en Inde.
A première vue, c’est l’Inde qui envahit et transforme cet espace. A Mumbai, quelques dizaines de milliers de personnes en plus ou en moins passent inaperçues dans la fourmilière qu’est la capitale financière de l’Inde.
Les lieux…
Il est 3 heures de l’après-midi et le site du Forum est transformé en une manifestation permanente : les groupes commencent à défiler et cela ne s’arrêtera plus jusqu’à 7 heures du soir : les Népalais, les Dalits de l’Inde, les Tibétains, des ouvriers de Calcutta, des représentants des grandes centrales syndicales mondiales, des moins valides, des groupes de musiques, etc. Comme un flot infini de gens, de luttes, de couleurs, de cris, de joie, de colère et d’espoir aussi.
Le lieu du Forum est un site industriel désaffecté qui a été rhabiller pour l’occasion avec ces matériaux simples de l’Inde : toile de jute, coton blanc ou teinté dans différents ocres, et cordes. Les anciens ateliers abriteront les grandes conférences, des tentes s’improvisent pour les milliers de séminaires ou ateliers, de grands voiles de couleurs forment des chapiteaux pour les activités culturels et pleins d’espaces ouverts. « Je me sens tellement bien dans cette ambiance qui me rappellent comment nous organisons nos festivités dans les campagnes après une occupation des terres ou pour un festival culturel : quelques bambous, des toiles. C’est bon marché mais cela donne toujours bien » raconte Idelvina du Mouvement des Sans Terre du Brésil… »Cela donne une atmosphère très différente que Porto Alegre ».
Et les espaces…
L’arrivée du Forum Social Mondial a aussi créé de nombreux débats au sein des mouvements et organisations indiennes. Et comme l’infini est partout, de nouveaux espaces se sont créés. Certains par réaction au Forum Social Mondial, comme le Forum Mumbai Résistance 2004 : ce dernier remet en cause, entre autres, les financements du Forum (Peut-on lutter contre la mondialisation avec de l’argent qui vient, même si c’est via des ONGs, de gouvernement ou d’entreprises qui prônent le modèle neo-libéral ?), la présence et domination des ONGs par rapport aux mouvements sociaux ou encore le manque de radicalité et de perspectives politiques du Forum. Un autre espace s’est créé en réaction à Mumbai Resistance et au Forum Social Mondial : la Rencontre des Organisation Populaires réclame une autonomie total par rapport aux manipulations politiques qu’ils observent dans les 2 autres espaces… On parle d’autres rencontres, forums qui foisonnent parallèles, réactifs, alternatifs, etc. C’est cela aussi qui s’annonce passionnant, c’est que Mumbai devient un espace ouvert de discussion, de rencontres, de débats et de confrontation, bien au-delà du Forum Social Mondial…
Dominique Van der Borght Mumbai, le 16 janvier 2004.


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