Investissements : plus de régulation s’impose

Un des points phare de la campagne d’Oxfam-Solidarité porte sur la question des investissements internationaux. Ceux-ci ont en effet une influence considérable sur la législation du travail dans les pays du Sud.
Pour attirer les investisseurs et les entreprises en quête de profits, les États rognent petit à petit sur leurs réglementations. S’ensuit alors une spirale négative au niveau international, au détriment des normes de travail, de la sécurité sociale et des salaires. C’est le phénomène bien connu de la course vers le bas.
Les gouvernements des pays du Sud sont particulièrement impliqués dans cette course. Mis sous pression par les investisseurs étrangers, ils sont sommés d’adapter leurs politiques et normes de travail, au risque de subir des délocalisations vers d’autres pays offrant une main d’oeuvre plus ‘compétitive’. En conséquence, un peu partout dans le monde, les travailleurs ne gagnent plus assez pour subvenir à leurs besoins.
Afin de redonner au travail décent sa place centrale et en finir avec cette course vers le bas, il est nécessaire d’imposer des règles aux entreprises. L’absence totale de réglementation internationale ne favorise pas, on s’en doute, la lutte mondiale en faveur du travail décent...
Sous la plage, la sueur
C’est sans conteste en Asie du Sud-Est
que la situation est la plus problématique.
Attirés par le marché du travail
‘flexible’, les avantages fiscaux offerts
et la possibilité de larges débouchés
dans la région, les investisseurs se
pressent dans des pays comme la
Thaïlande, le Vietnam ou le Cambodge.
Mais derrière les plages paradisiaques et les excellentes conditions d’investissement
de ces pays se cache une exploitation
effarante des travailleurs.
Quelques chiffres :
Les ouvriers thaïlandais sont les
champions du monde de la durée
moyenne de travail, avec 59 heures
par semaine. A peine 1,5% de ces travailleurs
sont affiliés à un syndicat.
Au Cambodge, le salaire légal d’une
ouvrière textile est de 55 dollars
par mois.
Au Vietnam, 40% des ouvriers ne
bénéficient pas de couverture sociale,
alors que ce droit est garanti par
la loi. Les entreprises étrangères ne
payent pas leurs cotisations sociales
aux institutions gouvernementales
compétentes.
Les travailleurs de l’économie informelle
en Asie du Sud-Est n’ont
pas accès à la sécurité sociale.
L’Organisation Internationale du
Travail estime que le travail informel
en Asie équivaut à 65% de la totalité
du travail industriel.
Il faut ré-gu-ler !
Les gouvernements du Nord jouent un
rôle important dans la problématique
des investissements. En concluant avec
les pays du Sud des accords bilatéraux
en matière de commerce et d’investissement,
en octroyant des subsides
aux entreprises qui investissent dans
les pays en voie de développement et
en établissant un cadre légal sur les
‘entreprises responsables’, nos gouvernements
ont le pouvoir d’imposer aux
entreprises des règles à respecter dans
leurs politiques d’investissement.
Oxfam-Solidarité veut donc mettre les autorités belges et européennes devant leurs responsabilités. Nous appelons les décideurs politiques à réguler le comportement des multinationales et à placer le travail décent au centre des préoccupations, au Nord comme au Sud. En cette période de crise, les autorités doivent plus que jamais imposer des règles favorisant le bien-être des gens. Car les travailleurs ne sont pas des outils !
Myriam Gistelinck
Responsable du plaidoyer ‘Droits du travail’
Article issu du magazine Globo n°26 "STOP ! Les travailleurs ne sont pas des outils", juin 2009.
Les revendications de la campagne
En Belgique, une loi doit obliger les entreprises à faire toute la lumière (et
à être contrôlées) sur les conditions de travail à tous les niveaux de la chaîne
de production, tant au sein des maisons-mères que des sous-traitants et
fournisseurs.
Les négociations sur les accords de commerce et d’investissement belges
et européens doivent accorder une place centrale à la promotion du travail
décent au Nord et au Sud. Ces accords doivent prévoir des clauses obligeant
les multinationales à tenir compte des normes fondamentales du travail.


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