Indonésie : Langsa, l’arrière-cour d’un désastre
Nous arrivons dans l’arrière-cour d’un désastre à Langsa, sur la côte est d’Aceh en Indonésie. Tout est lent et calme dans cette petite bourgade qui a été épargnée. Pourtant, la catastrophe a eu lieu à deux pas d’ici.
Agus Syahputra, le coordinateur d’un centre de solidarité avec les victimes du Tsunami, nous montre les statistiques : Langsa accueille actuellement 4051 réfugiés répartis dans une dizaine de villages avoisinants. Ici, pas de camps de réfugiés, pas non plus d’aide internationale humanitaire. Ce sont les communautés locales épargnées qui absorbent le choc et prennent en charge les arrivants. Dans les jours qui ont suivi le raz de marée dans la région, les habitants de Langsa ont pris la route avec les véhicules disponibles pour aller chercher leurs proches dans les zones dévastées. D’autres réfugiés arrivent par leurs propres moyens.
Agus Syahputra explique que les mouvements sociaux indonésiens se sont mobilisés immédiatement à l’annonce du tsunami. Sa petite ONG locale, Yayasan Biduk Alam, participe à une large coalition de solidarité appelée KSKBA (équipe humanitaire et de solidarité face au tsunami à Aceh et au Nord de Sumatra). Agus assume la coordination de l’aide au troisième poste, après Djakarta et Medan, sur la route de Banda Aceh. Par là transitent la nourriture, les vêtements et les médicaments récoltés principalement au sein des membres de ce réseau dans tout le pays.
FSPI, la Fédération paysanne indonésienne, est un des membres actifs de cette coalition. Elle assume également la coordination de Via Campesina, un mouvement paysan international, dont fait partie le Front uni des jeunes agriculteurs (FUJA) en Belgique et la Confédération paysanne en France. Oxfam-Solidarité soutient le mouvement paysan Via Campesina depuis des années et continuera à le soutenir dans le processus de reconstruction après le tsunami.
Le FSPI a une organisation membre basée à Banda Aceh., PERMATA. Son bureau a été complètement détruit et sa dirigeante reste introuvable. Des sms circulent qui disent qu’elle est en vie mais personne ne l’a vue. Les voix se cassent et les lèvres tremblent quand les gens parlent des ami(e)s disparu(e)s. Ici, malgré le traumatisme et les casses-têtes logistiques, on parle déjà de reconstruire. « Nous voulons un processus de reconstruction qui prenne en compte et qui renforce les organisations locales », explique Indra Lubis, porte-parole de FSPI. « Nous ne voulons pas que le tsunami serve de prétexte à imposer un développement agricole industriel nécessitant de grands investissements », ajoute-t-il.
Les organisations demandent une reconstruction par la réforme agraire qui garantisse à tous l’accès aux ressources. Ils craignent que la reconstruction transforme les pêcheurs et les paysans indépendants en ouvriers pour de grosses implantations d’entreprises de pêche industrielle.
Membre de la coalition anti-dettes indonésienne, le FSPI demande aussi aux gouvernements et à la communauté internationale que le tsunami n’entraîne pas une nouvelle politique d’austérité imposée par les institutions aux pays récepteurs. La fédération réclame également l’annulation de la dette extérieure de l’Indonésie.
A Langsa, à deux pas du désastre, le dirigeant des organisations locales tente de dépasser le terrible état de choc, envisageant une reconstruction à échelle humaine.
Isabelle Delforges
Les victimes du raz de marée ont besoin de vous.
Faites un don en ligne avec les cartes suivantes : Visa, American Express, Eurocard-Mastercard, Dexia Net Banking.
Faites un versement bancaire sur le CCP 000-0000028-28, avec la communication "9071 - Tsunamis".
Devenez Solidarity Partner et soutenez nos actions par un ordre permanent (à partir de 2,5€/mois).


FR |
Facebook
Twitter
YouTube
Flickr
Newsletter
