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Coton

18 juin 2004

Historique coton

En Afrique de l’Ouest et Centrale, la production et le commerce du coton font vivre plus de 10 millions de personnes. L’or blanc, comme l’appelle les Africains, représente plus de la moitié des recettes d’exportation de pays comme le Burkina Faso, le Mali, le Tchad ou le Bénin.

Aux Etats - Unis, 25 000 exploitants aisés, produisent le coton industriellement. Les coûts de production de ce coton sont très élevés mais les producteurs bénéficient d’un prix garanti supérieur au cours mondial, et les grosses entreprises sont assurées de pouvoir exporter, grâce à un système très complexe de subventions, qui coûte au trésor Américain la bagatelle de près de 4 milliards de dollars.

Aussi déterminantes que soient les subventions accordées par les Etats-Unis (à côté de celles, moins significatives, de l’Union européenne et de la Chine) à leurs producteurs de coton, il est illusoire de penser que leur suppression suffirait à elle seule à arrêter l’effondrement des prix et à permettre à l’Afrique de l’Ouest et du Centre de faire jouer ses avantages comparatifs dans un marché plus libéralisé. Les prix du coton américain déterminent très largement les prix mondiaux, mais le facteur le plus déterminant dans la chute des cours est surtout lié au caractère « dérégulateur » du nouveau Farm Bill. Et en particulier, à la disparition de deux instruments essentiels de maîtrise de l’offre du coton, à savoir, le gel des terres et le stockage public des récoltes. La disparition de ces instruments régulateurs a entraîné une surproduction et explique en partie la hausse spectaculaire du dumping dénoncé depuis Cancun, par plus de la moitié des nations du monde.

Près de deux tiers de la production américaine est en effet exportée à prix bradés. Et les Etats Unis, en devenant le premier exportateur de coton au niveau mondial (40 % du total des exportations), est aujourd’hui un « price maker » majeur et le principal responsable de la dépréciation des cours du coton.

Cette diminution du cours du coton constitue un réel manque à gagner pour l’Afrique de l’Ouest ( 4° exportateur mondial ). Et cela malgré des coûts de production relativement bas et une qualité de fibre très élevée. En 2001, les exportateurs d’Afrique subsaharienne ont perdu 302 millions de dollars en conséquence directe des subventions américaines sur le coton.

Cette situation a mis en lumière l’injustice flagrante de politiques commerciales inéquitables et surtout l’incohérence des pays développés qui prétendent soutenir les efforts de développement des pays les plus pauvres alors qu’ils les appauvrissent au travers du dumping.

Suite à cette évidence, la mobilisation populaire et les réactions des gouvernements concernés sont depuis deux ans, à la mesure du préjudice subi par ces pays qui comptent parmi les moins avancés !

Dès novembre 2001, plusieurs organisations de producteurs de coton du Mali, du Burkina Faso et du Tchad ont diffusé des pétitions demandant l’arrêt des subventions à l’exportation responsables de la chute du cours du coton. Le CCIC (Conseil Consultatif International du coton) a calculé dès 2001, l’impact de ces subventions sur le prix mondial du coton. En août 2002, Oxfam a rédigé un dossier (cultiver la pauvreté ) illustrant cet impact et détaillant les responsabilités. En Septembre 2002, le Brésil a déposé une plainte auprès de l’organe de règlement des différends de l’OMC. Celle-ci remettait en cause la légalité des subventions américaines sur le coton au regard de leurs obligations dans l’Accord sur l’Agriculture de l’OMC et dénonçait le préjudice financier subi par les cultivateurs de coton brésiliens. Suite à cette plainte, de nombreux acteurs ont insisté auprès des pays de l’AOC (Afrique de l’Ouest et du Centre) pour qu’ils rejoignent le Brésil dans ses démarches à l’OMC. Mais en mai 2003, le Burkina Faso, le Mali, le Tchad et le Bénin, ont choisi la voir diplomatique en soumettant à l’OMC une initiative sectorielle sur le coton. Une initiative demandant aux Etats unis et à l’Union Européenne, la fin des subventions coton à l’exportation et le paiement de compensations.

Des dizaines de milliers de pétitions soutenant l’initiative coton, ont été envoyées aux Etats Unis et remises aux autorités de l’OMC.

La semaine avant la conférence de Cancun, Oxfam a organisé de nombreuses rencontres entre les représentants de producteurs (réunis au sein du ROPPA, le Réseau des paysans et producteurs de l’Afrique de l’Ouest), les représentants des 4 gouvernements et des responsables de l’UE, français, belges, néerlandais et nord-américains, afin qu’ils appuient l’initiative.

Mais à Cancun, les pays développés n’ont pas répondu aux attentes des pays Africains.

Depuis lors, et bien que l’Union Européenne ait partiellement découplé ses subventions aux cultivateurs de coton grecs et espagnols, la situation n’a pas vraiment beaucoup évolué.

Les pays développés ont proposé d’examiner séparément les volets commerciaux et ceux liés au développement. Des conférences ont été organisées depuis, et une rencontre devrait se tenir en juillet à Paris. Mais si ces démarches peuvent aboutir à la mobilisation de fonds, celles-ci ne sont pas pour autant dénuées de risques. A commencer par celui de se satisfaire de « réformettes » qui ne changeraient pas structurellement l’inéquité des politiques commerciales actuelles. La promesse d’aide, associée à de fortes pressions diplomatiques, pourrait être un moyen de pousser les gouvernements de l’Afrique de l’ouest/Afrique centrale à renoncer à leurs revendications en vue d’une réforme urgente des subventions agricoles. Cette aide pourrait aussi être conditionnée par plus de privatisations de la filière coton alors que les résultats des privatisations en cours sont plus que mitigés ! Ou par l’adoption de bio technologies qui ne répondent pas aux exigences de souveraineté, chères aux organisations paysannes. L’actuelle offensive de l’agence Américaine, USAID pour introduire le coton génétiquement modifié en Afrique de l’Ouest est à ce niveau, plus que suspecte ! Enfin, le risque que l’aide « promise » ne soit pas additionnelle mais qu’elle provienne des budgets PIN ( programmes indicatifs Nationaux ) déjà négociés avant la crise du coton dans le cadre des accords de Cotonou, est lui aussi, bien réel !

Pour l’heure, le jugement de l’OMC, consécutif à la plainte du Brésil, a reconnu l’illégalité du dumping pratiqué par les Etats Unis ! Au delà du symbole, c’est surtout une occasion à ne pas manquer pour exiger des règles commerciales plus équitables et plus solidaires !