Haïti : des projets ruraux qui améliorent le quotidien

Aujourd’hui, un des enjeux de la reconstruction d’Haïti est la décentralisation, depuis longtemps déjà un grand défi national. La création de plus d’opportunités dans les régions rurales est alors primordiale. Petit tour d’horizon de diverses initiatives lancées avant le séisme et actuellement identifiées comme prioritaires par les partenaires d’Oxfam sur le terrain.
Il y a quelques mois, à Anse-à-Veau, dans le département de Nippes au sud-ouest d’Haïti, ceux qui voulaient acheter des produits pré-emballés - huile végétale, piles, pâtes - devaient traverser à gué la grande rivière de Nippes pour se les procurer. Désormais, un petit magasin a ouvert ses portes aux abords de la place de cette petite ville portuaire. PADELAN, le Projet d’Assistance en Développement Local et Agroforesterie de Nippes, supporte cette initiative. Il s’agit d’une collaboration entre Oxfam et le Ministère haïtien de l’Agriculture.
Ces dernières années, et depuis les années 80, la population d’Anse-à-Veau a chuté, emportant avec elle toute la vitalité commerciale qui existait auparavant. Le déclin d’Anse-à-veau, comme de nombreuses autres communes rurales, a provoqué un énorme exode rural vers Port-au-Prince, capitale de Haïti. Ces populations rurales étaient en quête d’emplois, d’écoles, d’une vie meilleure.
En janvier dernier, un important tremblement de terre a rasé une grande partie de la cité, tué 230.000 personnes et remué le pays tout entier. Ce désastre a fait brutalement prendre conscience des inconvénients d’une telle concentration de personnes sur si peu d’espace. Aujourd’hui, l’appel à la décentralisation et au développement rural retentit à nouveau fortement. De grandes promesses de financements ont été faites par des donateurs internationaux pour la reconstruction du pays. Quelles sont maintenant les étapes nécessaires afin de répondre à cet appel ?
Avant le séisme déjà, Oxfam avait lancé des initiatives en ce sens : des programmes basés sur les besoins des communautés locales. Ces premiers pas, primordiaux, se multiplient petit à petit, tout comme l’initiative du magasin d’Anse-à-veau. Ouvert depuis décembre 2009, à raison de 6 jours par semaine, il regorge à présent de conserves, biscuits, allumettes et lames de rasoirs, produits que les locaux ne peuvent pas produire.
Un œuf par jour, un revenu significatif

- Guerline Rubin
- Les œufs viennent du poulailler communautaire du coin de la rue, un projet de PADELAN, partenaire d’Oxfam en Haïti.
Non loin de là, à Paillant, autre commune du département de Nippes, Guerline Rubin est sur le seuil de sa porte, une pile de cartons d’œufs dans les bras. Ils viennent du poulailler communautaire du coin de la rue, un autre projet de PADELAN pour aider les familles à trouver les moyens d’augmenter leurs revenus. Les poules appartiennent au père de Guerline, qui participe à ce projet destiné à 20 ménages du quartier.
Chaque participant a reçu 60 poules, qu’ils se sont engagés à rembourser petit à petit. Et chaque poule pond près d’un œuf par jour. Guerline se rend au moins deux fois par semaine au marché afin d’y vendre ses œufs. Ce petit revenu permet à ces petits producteurs de nourrir leur famille, payer les soins médicaux et épargner pour investir dans une variété de graines plus résistantes en vue d’obtenir de meilleures récoltes. Bref, de bonnes raisons pour rester.
Quelques collines plus loin, Marie Camel Rubin s’affaire dans son champ de haricots, blé et manioc. Derrière elle, au loin, une petite construction émerge du paysage. Il s’agit d’un nouveau moulin construit également grâce à l’aide de PADELAN pour moudre le blé et le sorgho. Ouvert six jour sur sept, le moulin épargne la population locale d’un trajet fastidieux en bus vers une autre commune. Marie Camel est l’une des nombreuses agricultrices heureuses d’avoir ce moulin à proximité. Cependant, même si cela lui fait gagner du temps, elle lutte toujours pour joindre les deux bouts. Son fils, Noel Jolins, 8 ans, désherbe pour l’instant le champ avec elle. Il sera scolarisé seulement si sa mère arrive à lui payer les frais d’inscriptions.

- Marie Camel Rubin et son fils
- s’affairent dans leur champ de haricots, blé et manioc.
L’éducation, une priorité
Dans les collines de Colora, au centre du pays, Laventure Benad est enthousiaste à l’idée de voir s’installer un petit système d’irrigation près de chez lui. Père de sept enfants, il ne peut se permettre pour l’instant que d’en envoyer quatre d’entre eux à l’école. Avec ce système – et donc l’opportunité d’effectuer trois récoltes par an au lieu d’une seule – Benad espère avoir non seulement assez de nourriture pour alimenter toute sa famille mais aussi assez d’argent pour payer l’éducation de ses 3 autres enfants.
Canalisée via un tunnel, l’eau de la montagne fera son chemin dans plus de 24 hectares de champs, rendant ainsi service à 150 agriculteurs. Grâce à la contribution du Projet Binational Artibonite-PROBINA, un projet également soutenu par Oxfam, l’irrigation pourra au final leur fournir une certaine indépendance financière. Ces agriculteurs espèrent que d’ici 3 ans ils se débrouilleront suffisamment pour pouvoir acheter leurs propres graines et fertilisants.
Enfin, à Liancourt, dans la vallée de l’Artibonite, Markens Louidort, 26 ans, s’est inscrit à une formation informatique offerte par APPEL, l’Association des Parents et des Professeurs d’Ecole de Liancourt, autre partenaire d’Oxfam qui propose des formations professionnelles après les études secondaires. Dans un pays où le taux de chômage atteint 70%, Markens espère que ces nouvelles connaissances, durement acquises, lui permettront de trouver un emploi.

- Formation informatique offerte par APPEL à laquelle s’est inscrit Markens Louidort.
En Haïti, près d’un quart des districts n’ont pas d’écoles et 38% des plus de 15 ans sont analphabètes. L’éducation est l’un des services de base que les régions devront pouvoir procurer si la décentralisation venait à se concrétiser. Michelle Lisette Casimir, maire de Saint-Michel, une autre commune de l’Artibonite, en est bien consciente. Pour l’instant, beaucoup de familles de la zone envoient leurs enfants à Port-au-Prince, où l’éducation est plus avancée. Michelle Lisette désire que sa commune aie sa propre école professionnelle. « On ne peut parler du futur sans parler de celui de la jeunesse. Mon plus grand souhait de développement pour Haïti est l’éducation », conclut-elle.


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