Haïti : après le séisme, le choléra - Q&A

Depuis octobre dernier, Haïti fait face à une épidémie de choléra. Oxfam a dès lors adapté son programme humanitaire. Sur le terrain, cela signifie des nouvelles équipes, des kits d’hygiène supplémentaires et de grandes campagnes de sensibilisation aux bonnes pratiques en matière d’hygiène.
Situation début décembre :
Nous aidons 700.000 personnes via la distribution d’eau potable, l’installation de sanitaires et l’éducation à l’hygiène ;
Notre équipe de 850 collaborateurs travaille non-stop à Port-au-Prince, dans l’Artibonite (Petite-Rivière) et à Cap Haïtien ;
Nous avons déjà consacré plus de 63 millions de dollars pour répondre au séisme et environ 10 millions de dollars (jusque mars 2011) pour répondre au choléra en Haïti ;
L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a récemment annoncé que le choléra pourrait affecter jusqu’à 400.000 personnes en un an, dont la moitié au cours des 3 prochains mois.
1. Comment le choléra a-t-il pu toucher Haïti ?
« La propagation nationale du choléra est une conséquence directe d’un énorme problème au niveau des infrastructures sanitaires dans le pays, déjà très sérieux avant le séisme », répond Roland Van Hauwermeiren, directeur du programme d’Oxfam en Haïti. Il s’agit là d’un grand défi concernant la reconstruction du pays, tant pour le gouvernement haïtien que pour les organisations internationales et les donateurs.
2. Que fait Oxfam pour prévenir la maladie ?
Nous avons renforcé notre programme WASH (eau, assainissement et hygiène) débuté peu après le séisme à Port-au-Prince, et nous l’avons étendu à Petite-Rivière, dans le centre du pays, et à Cap Haïtien, au Nord.
La meilleure manière de diminuer les risques de transmission de la maladie est une bonne éducation à l’hygiène : se laver les mains, ne consommer que de l’eau purifiée et des aliments cuits. Les campagnes de sensibilisation aux bonnes pratiques en matière d’hygiène que nous organisons sont primordiales dans ce sens : diffusion de spots radio ;
formation de bénévoles, du personnel médical et des responsables locaux ; organisation de sessions d’information dans les villes et les villages, et via le porte à porte.
À Port-au-Prince, nous avons renforcé notre programme WASH dans les camps où nous travaillons depuis le séisme, touchant alors plus de 300.000 bénéficiaires. Nous faisons le maximum afin de garder le choléra en dehors de ces camps, en surveillant étroitement la maladie avec le personnel de santé et les responsables locaux, mais aussi avec les partenaires internationaux.
Dans le centre du pays, notre équipe travaille à Petite-Rivière, où nous aidons plus de 225.000 personnes avec notre programme WASH. Nous distribuons des tablettes et de la poudre pour purifier l’eau, des savons, des seaux et des sels de réhydratation orale. Des puits d’eau ont également été construits et des sources naturelles purifiées afin de permettre une consommation d’eau saine.
À Cap Haïtien, nous sommes actifs depuis début novembre auprès de 260.000 personnes des bidonvilles et des environs. Nous y distribuons également des kits d’hygiène et éduquons la population aux bonnes pratiques.
3. Cette maladie était-elle prévisible ?
Après le séisme, nous avions immédiatement pris des mesures afin d’éviter l’apparition de maladies comme le choléra dans les camps où nous travaillons à Port-au-Prince. Les efforts humanitaires déployés jusqu’à présent ont été très efficaces. Au cours des dix premiers mois après la catastrophe, et ce jusqu’en octobre dernier, aucune épidémie de maladie liée à l’eau ne s’était déclarée, alors que plus d’un million de personnes vivaient encore sous des tentes ou de simples bâches. Mais le choléra est alors apparu dans le centre du pays et les pluies abondantes de la récente tempête tropicale Tomas ont répandu les eaux contaminées vers d’autres régions du pays…
4. Qu’est-ce que le choléra en fait ?
Le choléra est une infection intestinale aiguë causée par l’ingestion d’eau ou d’aliments contaminés. En principe, cette maladie peut facilement être évitée par des gestes simples : bien se laver les mains et ne consommer que de l’eau purifiée et des aliments cuits.
Cependant, si elle n’est pas rapidement prise en charge, elle peut être mortelle en à peine quelques heures. L’administration orale de sels de réhydratation peut alors rapidement améliorer l’état de santé des malades sérieusement atteints. Et en cas de déshydratation extrême, un traitement via intraveineuse peut être nécessaire.
5. Oxfam était-elle prête à réagir rapidement ?
« Notre programme d’urgence s’est rapidement mis en place à Port-au-Prince », explique Raphael Mutiku, collaborateur d’Oxfam en Haïti. « Nos 850 collaborateurs travaillent jour et nuit afin d’éviter la propagation de la maladie. Mais une bonne hygiène, cela ne s’apprend pas du jour au lendemain, et cela demande une formation continue auprès de la population. Le gouvernement haïtien et les organisations internationales doivent à présent faire en sorte que tous les habitants de Port-au-Prince puissent disposer d’eau potable et qu’ils appliquent les bonnes pratiques en matière d’hygiène. »
6. Comment se déploie l’aide à Cap Haïtien ?
« Après les émeutes de mi-novembre qui ont retardé notre travail, le calme est maintenant revenu », raconte Elodie Martel, collaboratrice d’Oxfam à Cap Haïtien. « Nous avons très vite été à nouveau opérationnels. Dans les bidonvilles, les installations sanitaires sont très rares et la population n’adopte pas vraiment de bonnes pratiques en matière d’hygiène. C’est la première fois qu’une telle maladie apparait ici. De simples mesures préventives nous permettent de sauver des vies. Nous avons, par exemple, contribué à purifier certaines stations hydrauliques. »
À Cap Haïtien, nous comptons aider jusque 260.000 habitants. Notre réseau est assez étendu, puisque nous y travaillons depuis de nombreuses années et en collaboration avec 30 associations locales. Nous voulons avant tout aider les habitants les plus pauvres de la ville, qui courent le plus haut risque de contamination.
7. L’aide actuelle est-elle suffisante pour maitriser cette situation ?
La situation sur le terrain est loin d’être évidente. Il est primordial que les organisations nationales et internationales se coordonnent davantage afin d’augmenter leurs efforts en commun. Les personnes malades doivent pouvoir être aidées d’urgence, et il faut avant tout miser sur la prévention via l’éducation à l’hygiène et la distribution d’eau et de kits d’hygiène.
8. Presqu’un an après le séisme, quel est l’avenir de la population haïtienne ?
Grâce à une aide rapide, des millions de vies ont été sauvées. Cependant, aujourd’hui Haïti doit réellement commencer à se reconstruire, et non plus uniquement survivre. Il faut rebâtir les maisons, les commerces, les canalisations d’eau, les installations sanitaires, les hôpitaux et les écoles qui permettront aux Haïtiens d’améliorer leur niveau de vie, après le séisme mais aussi après des dizaines d’années de pauvreté extrême et d’inégalités.
De nombreux efforts communs du gouvernement haïtien et de la communauté internationale seront nécessaires dans ce sens.


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