Haïti, 3 mois plus tard : les succès

Soutien à l’agriculture locale et lancement de restaurants communautaires : Oxfam veut une aide qui autonomise les Haïtiens et contribue à relancer l’économie locale. Pour qu’une fois l’action humanitaire passée, Haïti puisse se redresser durablement.
Des kits constitués de produits locaux
« Avant le séisme, je vivais de l’agriculture, mais les récoltes étaient mauvaises. Maintenant, je dépends des autres pour survivre, » déplore un paysan haïtien. Voilà qui résume l’état désastreux de l’agriculture haïtienne, déjà bien mal en point avant le séisme du 13 janvier. Techniques de récolte archaïques, semences de mauvaise qualité... autant de manquements auxquels Oxfam tente de remédier. Car une agriculture efficace sera essentielle pour assurer la survie de millions de Haïtiens.
A cet effet, Oxfam, ainsi que d’autres organisations actives en Haïti, soutient depuis 2008 un projet destiné à renforcer la sécurité alimentaire de 40.000 paysans et leurs familles dans 6 départements. Ce soutien passe par la fourniture d’outils, de semences, et des fertilisants biologiques et chimiques, ainsi que par des formations techniques. Les systèmes d’irrigation sont également réhabilités. Le tout est coordonné par un ingénieur agronome. En tout, ce projet permettra de nourrir 200.000 personnes, sans compter les surplus qui généreront des bénéfices.
Le succès de ce programme est d’autant plus bienvenu dans les conditions actuelles. Oxfam a déjà pu acheter auprès des paysans :
78 tonnes de riz,
27 tonnes de haricots,
54,48 tonnes de maïs moulu,
239 sacs d’ignames,
246 sacs de manioc,
9.700 paquets de manioc et
10.366 boites de beurre de cacahouète.
De quoi injecter rapidement de l’argent dans les zones rurales, mises sous pression par les migrations de citadins vers les campagnes. Ces produits sont utilisés pour composer des kits alimentaires, dont 10.000 sont distribués actuellement dans les villes haïtiennes. Oxfam veut ainsi à tout prix éviter les effets néfastes de l’aide alimentaire classique, qui soulage la population à court terme mais nuit à l’économie du pays.
Des restaurants d’urgence
A Carrefour Feuilles, quartier de Port-au-Prince dévasté par le séisme, Guerline Dimanche tient l’un des 40 (bientôt 56) restaurants communautaires financés par Oxfam. Grâce à eux, Oxfam peut fournir gratuitement à 4.500 personnes des repas chauds, préparés dans des conditions sanitaires acceptables et répondant aux normes de la cuisine haïtienne. Les groupes vulnérables, tels que les personnes âgées, les femmes dans le besoin ou encore les blessés ou moins-valides, y ont priorité.
« Ce restaurant communautaire est le seul moyen de survie pour ma famille », explique Clotide Anilus, 38 ans. « Je n’ai jamais pu obtenir de tickets pour avoir accès à la distribution alimentaire, parce que c’est mal organisé. Cela complique les choses pour mes trois enfants et mon mari malade. Ma principale crainte, c’est que ces restaurants ne vont durer que deux mois. Que ferons-nous après ? »
Cette question pertinente résume la volonté d’Oxfam de ne pas quitter les lieux d’une catastrophe humanitaire en laissant les gens en situation de dépendance. Tout au long du programme humanitaire, nous cherchons des moyens d’autonomiser les populations affectées.
« A mon avis, avec un minimum de capital, je pourrais relancer mon petit commerce alimentaire et prendre soin de ma famille, » poursuit Clotide. C’est là l’idée que veut concrétiser Oxfam dans son plan post-urgence. A l’issue du programme de restaurants communautaires, 95% des bénéficiaires seront intégrés dans un autre programme de financement des micro-entreprises. Ces petits entrepreneurs recevront 125 dollars pour les aider à redémarrer leur commerce. Les 5% restants sont composés d’hommes et de femmes ayant des besoins bien spécifiques, pour lesquels une autre forme de support sera étudiée, afin de les rendre eux aussi autonomes à long terme.


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