Gaza, un an après : témoignage d’Imtithal Abd Al-Dayim, veuve et mère de quatre enfants

Imtithal Abd Al-Dayim a perdu son mari lors d’un bombardement israélien sur Beit Lahiya début janvier 2009. Un an après ce drame, elle revient sur cette terrible journée qui a fait basculer sa vie.
« Le 4 janvier 2009, je cuisinais quelques restes de la veille pour mes enfants et pour mon mari Arafa. En tant qu’ambulancier, il avait du partir plus tôt ce matin-là pour évacuer les victimes des bombardements. J’étais évidemment stressée, mais je n’avais aucune idée de ce qui allait se passer.
Vers la fin de la matinée, nous avons entendu que l’armée israélienne s’en était prise à des civils et à des installations médicales à Beit Lahiya. J’ai immédiatement pensé à Arafa. Quelques minutes plus tard, le téléphone a sonné. Arafa avait été blessé dans son ambulance et transféré à l’hôpital. On m’a dit que tout allait bien se passer, mais j’avais un mauvais pressentiment.
L’hôpital m’a expliqué qu’il était en train d’évacuer un blessé quand l’ambulance avait été touchée et complètement détruite. Il a été blessé au thorax et emmené à l’hôpital. Mais sa blessure était trop grave, et il est mort durant l’après-midi...
« Il voulait toujours venir en aide aux autres »
L’armée israélienne m’a enlevé mon mari et le père de mes enfants. C’était un bon père, même si durant la guerre il passait la plupart de son temps entre l’hôpital et le Croissant-Rouge pour évacuer les blessés. Pour moi, c’est durant ces moments difficiles que ses enfants avaient le plus besoin de lui. On en a beaucoup discuté. Mais nos conversations étaient sans cesse interrompues par les ambulances qui passaient le prendre pour une autre mission ici ou là. Il voulait toujours venir en aide à ceux qui lui semblaient impuissants et pris au piège du feu israélien.
En plus de son travail, Arafa était aussi professeur dans une école primaire de l’UNRWA*. Pendant la guerre, cette école apparaissait comme le seul refuge sûr pour ceux qui fuyaient les combats et quittaient leurs maisons. Les gens pensaient que le grand drapeau bleu des Nations Unies les protègerait des frappes israéliennes. Ils se trompaient, eux aussi.
Au moment de sa mort, j’en ai beaucoup voulu à Arafa d’être une nouvelle fois parti pour son travail. Je me demandais pourquoi il n’avait pas fait comme tous ces pères qui restaient à la maison avec leurs épouses et leurs enfants pendant la guerre. Aujourd’hui, j’ai réussi à lui pardonner. Et lorsque mes enfants entendent une sirène d’ambulance et qu’ils appellent leur père, je leur dis que l’ambulance l’a emmené au ciel. Et qu’ils peuvent être fiers de leur père. Car c’était un héros. »
* L’UNRWA est l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient
Si respectées qu’elles soient, les opinions exprimées ici n’engagent pas Oxfam-Solidarité.
Disclaimer concernant le conflit entre la Palestine et Israël


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