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Territoire palestinien occupé / Israël

4 janvier 2010

Gaza, un an après : témoignage d’Abu Khalil, chauffeur ambulancier

Abu Khalil a 44 ans. Chauffeur ambulancier depuis une dizaine d’années pour l’Union of Health Work Committees (UHWC), il a vu ses collègues tomber sous les bombardements israéliens lors de l’opération « Plomb durci ». Témoignage.

« Ça a commencé un samedi après-midi. Les bombardements n’ont épargné personne : ni les femmes, ni les enfants, ni les personnes âgées. Des quartiers entiers ont été anéantis, des maisons, des bâtiments gouvernementaux, des routes... Même le personnel médical a été visé, ce qui me semblait inconcevable avant !

Travailler la peur au ventre
En tant qu’ambulancier, je suis généralement une des premières personnes à arriver sur les lieux d’un drame. C’est une responsabilité et un risque : quand on nous appelle, on doit garder la tête froide. Mais avec ce que j’ai vu lors de l’offensive sur Gaza, comment ne pas être effrayé ? En quelques jours, j’ai vu des collègues et des amis mourir ou être amputés à cause des bombardements. Comment ne pas avoir la peur au ventre et sans cesse penser à ma femme et à mes huit enfants ?

Je n’oublierai jamais les tirs sur une des ambulances de l’hôpital Al-Awda et sur le personnel médical lors de l’évacuation de civils blessés à Beit Lahiya. Ce fut une expérience terrible. L’ambulance a été détruite, et tous les membres de l’équipe médicale ont été blessés. Le chauffeur, Khalid Abu Sa’da, a été atteint à la tête et l’ambulancier, Arafa Abd Al-Dayim, est décédé des suites des blessures au thorax. Un autre collègue, Ala’ Sarhan, a lui aussi été blessé et laissé pour mort pendant plusieurs heures. Il a survécu mais il a du être amputé du pied droit.

Tous ces hommes sont mes collègues, mais aussi mes amis. J’ai travaillé avec eux pendant plus de 10 ans. Ce qui s’est passé est extrêmement dur à vivre. Depuis ce jour, je sais que nous ne sommes pas en sécurité et que l’armée israélienne n’épargne rien ni personne, pas même les ambulances. Nous avons même été bombardés lors des funérailles de mon collègue Arafa, et cinq membres de sa famille ont été tués sur le coup...

« Je ne veux plus perdre de proches »
Ma famille n’a pas non plus échappé à ces horreurs. La maison de mon cousin a été bombardée alors que lui et sa famille étaient à l’intérieur. Deux de ces filles ont été tuées, ainsi que deux membres de sa famille élargie.

Aujourd’hui, j’ai très peur de qu’une autre guerre éclate. Je ne veux plus perdre de proches. Tout le monde vit dans la peur, et nous nous inquiétons pour l’avenir de nos enfants. Comme tous mes collègues, je ne veux qu’une chose : la paix et de meilleurs soins pour nos patients. C’est tout ce que nous demandons. »

Si respectées qu’elles soient, les opinions exprimées ici n’engagent pas Oxfam-Solidarité.

 
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