Face au Mur, le choix de la résistance non-violente

Face aux graves problèmes posés par le Mur et les colonies, les localités palestiniennes ont mis sur pied des « Comités de résistance populaire » qui organisent des actions de résistance pacifique. Exemples à Ni’lin et Bil’in, deux villages qui font régulièrement parler d’eux pour leurs actions non-violentes contre le Mur et la colonisation de leurs terres.
Ni’lin : « Les Israéliens vont tout faire pour tuer ce mouvement »
Depuis le plateau situé en haut du village de Ni’lin, on aperçoit clairement la Ligne verte, les colonies, le Mur et l’impact des déplacement forcé imposés aux Palestiniens depuis 1948. Cette année-là, Ni’lin a perdu 50.800 dunums de terres (5.080 ha), puis encore 14.600 en 1967 (1.460 ha). A l’aide du Mur, les six colonies construites tout près grappillent progressivement ce qui reste.
Comme dans le reste de la Cisjordanie occupée, la terre ne cesse de se dérober sous les pieds des habitants de ce village, célèbre pour ses actions de résistance non-violente. L’une d’entre elles consiste à s’approcher le plus près possible des bulldozers chargés de niveler les terres pour obliger les machines à s’arrêter, ce qui coûte cher aux entrepreneurs ayant obtenu le contrat. Lors des manifestations organisées au moins une fois par semaine, adultes et enfants font face ensemble aux soldats et aux bulldozers.
Cette résistance a un prix : 5 habitants de Ni’lin ont été tués ces dernières années, dont un enfant de dix ans, Ahmed Mousa, abattu d’une balle dans la tête. Quelque 600 personnes - villageois palestiniens, pacifistes israéliens et volontaires internationaux - ont été blessées au moins une fois, et des dizaines d’autres ont été littéralement enlevées de chez elles par l’armée israélienne en pleine nuit, dont des enfants âgés de 10 à 13 ans. Salah Khawaja, membre du Comité de résistance populaire, précise non sans ironie qu’ici « on est en zone ’C plus’, face à un véritable terrorisme d’État », et se dit convaincu que les Israéliens vont tout faire pour tuer ce mouvement de résistance pacifique « car ils savent qu’il peut servir d’exemple. »
Bil’in : « Le Mur fait pleinement partie du système de vol de nos terres »
Pour tenter de récupérer leurs terres, de nombreux villages entreprennent aussi des actions en justice. A Bil’in, il aura fallu de longs débats avant que le Comité n’aille devant la Cour Suprême israélienne pour obtenir une déviation du tracé du Mur et récupérer une partie des terres confisquées pour sa construction. Certains habitants s’opposaient en effet à l’idée d’aller revendiquer leurs droits « devant la justice de l’occupant ». Mohammad Abu Rahma, coordinateur du Comité de résistance populaire, estime pour sa part qu’il n’y avait pas d’autre choix. Le procès a permis de récupérer une partie des propriétés foncières, mais en théorie seulement car l’armée refuse jusqu’à présent de se conformer aux ordres de la Cour Suprême. Autant de faits qui confortent les habitants dans leur conviction que les Israéliens ne veulent pas de la paix ni de l’établissement d’un État palestinien dans les frontières de juin 1967.
D’autres procès de ce type sont en cours, dont un auprès de la justice canadienne. En ligne de mire, la construction par deux sociétés canadiennes d’appartements dans la colonie de Matityahu sur des terres appartenant à Bil’in. Dans cette affaire, le Comité veut obtenir non pas des compensations mais des réparations, c’est-à-dire la démolition pure et simple de ce qui a déjà été construit du Mur et de la colonie, l’arrêt total des travaux, la restitution des terres et le versement d’indemnités pour les dommages subis. « Évidemment, ces actions en justice coûtent cher, souligne Mohammad Abu Rahma. A elles seules, les actions contre les deux compagnies canadiennes sont évaluées à 50.000 dollars. L’Autorité Palestinienne paie la moitié et le reste est financé par des dons extérieurs. »
Face aux moyens de colonisation mis en œuvre, de nombreux Palestiniens optent donc pour une stratégie de résistance pacifique. Une approche qui passe aussi par la dénonciation de la terminologie utilisée par l’État israélien. « La propagande israélienne veut maquiller les faits en parlant du Mur comme d’une ’barrière de sécurité’ et tente de faire passer les colonies pour de ’paisibles implantations’ alors que ces deux facteurs sont en train de nous tuer économiquement, socialement et psychologiquement, poursuit Mohammad Abu Rahma. Le Mur n’est pas qu’un simple obstacle physique : il fait pleinement partie du système de vol de nos terres, tout comme les colonies qui ne cessent de s’étendre à nos dépens. Mais nous ne permettrons pas la répétition de l’expulsion massive de 1948 ou même de celle de 1967. »
Rima, habitante de Ni’lin
« Le Mur a des répercussions sur chacun d’entre nous. En tant que parents, nous sommes très inquiets quant à l’avenir de nos enfants. Le taux de chômage ne cesse d’augmenter et la délinquance menace nos jeunes. Ils risquent de perdre leur esprit de résilience, d’abandonner tout espoir d’améliorer leur quotidien. C’est pourquoi nous, les femmes, nous avons un rôle primordial à jouer. Nous sommes à la fois épouses, mères et grand-mères. Nous formons le lien entre les générations. C’est une responsabilité importante que nous sommes prêtes à assumer pour défendre nos familles, nos maisons et nos terres. Comment pourrais-je rester sans réagir quand un soldat prend position sur le toit de ma maison et risque de tirer sur mon fils ? Tous, jeunes et adultes, continueront ensemble à faire face au régime d’occupation et de colonisation, à l’armée et aux colons, en participant à des actions non-violentes près du Mur. »
Article tiré du rapport d’Oxfam International "Cinq ans d’illégalité : l’heure est venue de démanteler le Mur et de respecter les droits des Palestiniens".
Disclaimer concernant le conflit entre la Palestine et Israël


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