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6 octobre 2011

Éthiopie : une vie meilleure pour les femmes

Avant d’arriver en Éthiopie la semaine dernière, je connaissais la réputation du pays : l’une des sociétés africaines les plus solidement ancrées dans la tradition, un pays où les rôles dévolus aux hommes et aux femmes sont strictement définis.

Aller puiser l’eau, un travail qui peut se révéler éreintant et fastidieux, fait partie de ces rôles. Ce n’est que l’une des nombreuses tâches ménagères que les filles et les femmes doivent accomplir au quotidien, outre ramasser le bois de feu, faire la cuisine, s’occuper des enfants et des parents âgés, faire le ménage et travailler aux champs.

Toutes ces tâches représentent un nombre d’heures incalculable ; c’est à peine s’il reste du temps aux filles et aux femmes pour faire quoi que ce soit d’autre – aller à l’école ou exercer un travail rémunéré à l’extérieur, par exemple. Autrement dit, aucune chance ne leur est laissée de mener une vie meilleure.

Pourquoi donc les filles et les femmes supportent-elles un tel fardeau ?

Pourquoi les autres membres de la famille ne participent-ils pas davantage à une tâche comme le puisage de l’eau ?
J’ai posé ces questions à mon homologue éthiopienne du bureau Oxfam d’Addis Abeba. Selon elle, cela s’explique tout simplement par le profond enracinement des stéréotypes sexuels et des inégalités entre hommes et femmes dans le tissu social des familles et des communautés, en particulier dans les zones rurales.

Dès leur naissance, la socialisation des Éthiopiennes leur confère un statut et des droits inférieurs à ceux de leurs frères, explique-t-elle. Cela n’est pas sans conséquences sur leur avenir. Du fait de leurs tâches ménagères, les filles ont moins de temps à consacrer à l’école. L’entrée dans l’adolescence les expose au mariage forcé et à des pratiques traditionnelles préjudiciables. Puis, leur qualité de femmes limite leur horizon quasiment au seul foyer. Pour que cela change, une transformation des attitudes envers les filles et les femmes est nécessaire.

Des stratégies "maison" en faveur de l’égalité entre hommes et femmes

Dans ces situations, l’approche d’Oxfam consiste à s’associer avec des organisations locales de la société civile, l’idée étant que leur excellente connaissance des subtilités de la culture locale permet d’élaborer des stratégies "maison" plus facilement acceptées par les communautés.

Cette approche sous-tend le programme « Engendrer le changement » d’Oxfam Canada, point de mire de ma collaboration avec Abebech, ici en Éthiopie. Dans le cadre de ce programme, nous soutenons sept organisations éthiopiennes en vue de mettre en œuvre des projets axés sur les femmes. Ces projets visent, selon les cas, à analyser les stéréotypes sexuels par le dialogue et des discussions communautaires, à émanciper les femmes et promouvoir leur leadership, et à réduire les violences faites aux femmes et les pratiques traditionnelles préjudiciables.

Engendrer le changement ne s’arrête pas là. Nous encourageons ces mêmes partenaires à réfléchir à la dimension de genre dans la culture interne de leur propre organisation et les aidons à élaborer des politiques et des pratiques favorables à l’égalité entre hommes et femmes afin qu’ils deviennent les champions locaux de l’égalité entre les sexes. Selon les propres termes de ma collègue, "nous espérons bâtir une vie meilleure pour tous les Éthiopiens, et donc une vie meilleure pour les femmes !"

Par Matthew Stenson, Oxfam Canada. Chargé de programme Afrique de l’Est et Corne de l’Afrique


Copyright Photo : Sophie McGrath/Oxfam