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Changements climatiques

5 janvier 2012

Devra-t-on se passer des plus gros pollueurs ?

Depuis de trop nombreuses années, on n’a cessé d’affirmer que « l’échec n’est pas une option », que « nous n’avons pas de planète bis » et que l’ « on ne négocie pas avec la nature », mais rien n’y fait. Certains dirigeants de pays industrialisés ou exportateurs de pétrole restent encore désespérément sourds à nos appels, faisant fi du bien commun et de l’intérêt général.

« Si les dirigeants de quelques pays continuent à vouloir saboter cet accord global équitable, ambitieux et juridiquement contraignant que tout le monde - sauf eux – appelle de ses vœux, ils doivent rester chez eux et cesser d’hypothéquer l’avenir de l’humanité. » Le message de Brigitte Gloire, responsable du plaidoyer pour le développement durable chez Oxfam, est avant tout un appel à la raison aux plus gros pollueurs de la planète. Mais il s’agit aussi d’un signal fort en direction des récalcitrants : on peut se passer d’eux s’il le faut.

Un blocage sélectif

Les États-Unis, le Canada, l’Australie ou le Japon ont fait barrage à tout progrès réel lors de la Conférence pour le climat de Durban qui s’est terminée début décembre 2011. De très petites avancées ont certes été engrangées – même s’il s’agit avant tout de la mise en place d’un cadre pour des mesures futures (ou comment gagner du temps et ne pas s’engager) – mais les questions relatives aux enjeux majeurs n’ont pratiquement pas avancé.

Pourtant, ces gros pollueurs ont prouvé qu’ils peuvent se décider très rapidement dans les matières qui les arrangent. Ainsi, un agenda a déjà été adopté pour la mise en place de nouveaux mécanismes de marché permettant à ces « mauvais élèves » d’acheter aux pays en voie de développement une sorte de « capital pollution ». De quoi ouvrir la voie à de nombreuses dérives et conforter ces pays réfractaires dans leur approche « business » du climat.

Un tout petit pas pour l’homme, une catastrophe pour l’Humanité

Prolongement du Protocole de Kyoto, réaffirmation de l’engagement à ne pas dépasser les 2°C de réchauffement global, renforcement des outils relatifs aux transferts de technologie et création d’un cadre pour la mise en place d’un Fonds Vert pour le climat sont en substance les seules avancées enregistrées en Afrique du Sud. Si ces quatre éléments sont cruciaux dans la lutte contre le réchauffement climatique, les décideurs politiques se sont bien gardés de leur conférer toute valeur contraignante. Et pour ce qui est du Fonds Vert pour le climat, ses sources de financement n’ont toujours pas été définies.

Bref, les acteurs qui détiennent les véritables leviers pour insuffler un nouvel élan à la lutte contre le réchauffement climatique ont préféré rester atones. Et lorsqu’ils sortent de leur mutisme, ils s’en tiennent à de vagues promesses. Mais jeter de la poudre aux yeux ne suffit plus. Et si ces gros pollueurs persistent dans leur volonté de cadenasser les sommets climatiques, il faudra inévitablement se passer d’eux. Car l’économie repose aussi sur d’autres acteurs (le secteur non marchand, les entreprises et entrepreneurs vraiment durables, les producteurs agricoles défendant les principes de souveraineté alimentaire, l’économie sociale, les coopératives de production). Des PME et quelques grosses entreprises se désolidarisent d’ailleurs de plus en plus ouvertement des positions dominantes de leurs fédérations patronales lorsque celles-ci refusent de réduire leurs émissions ou exigent plus de flexibilité.

Et Brigitte Gloire de conclure : « Ne rien faire ou capituler ferait le jeu des climato-sceptiques et autres fossoyeurs de l’humanité. Agissons chacun là où c’est possible mais exigeons de nos politiques qu’ils changent de refrain. Ne tendez plus l’oreille au chant des sirènes de certains intérêts privés et préférez celui des citoyens du monde ! »