Des médicaments mieux contrôlés dans les pays pauvres

Les pays riches utilisent la prolifération dans les pays pauvres de médicaments falsifiés ou de mauvaise qualité pour durcir les règles de propriété intellectuelle. En réalité, ces mesures ne profitent qu’aux multinationales pharmaceutiques, alors que les populations des pays pauvres voient leur accès aux médicaments réduit.
« Dans les pays pauvres, les médicaments falsifiés ou de mauvaise qualité sont largement diffusés », affirme Katrien Vervoort, responsable du plaidoyer ’Services sociaux de base’ pour Oxfam-Solidarité. « Des études indiquent que, dans certains pays, jusqu’à 44% de certains types de médicaments - tels les antipaludéens - sont de qualité insuffisante. Ces médicaments peuvent avoir des effets néfastes pour la santé, ou même des conséquences mortelles. »
Dans un nouveau rapport, Oxfam explique que le meilleur moyen de s’attaquer à ce problème est de renforcer les moyens de contrôle et de règlementation des médicaments dans les pays pauvres. L’OMS estime en effet que 30% des pays ne sont pas en mesure de règlementer les médicaments de manière efficace.
Or, au lieu de fournir aux gouvernements des pays pauvres un appui technique et financier à ce niveau, les pays riches préconisent de renforcer les règles en matière de propriété intellectuelle. Si ces mesures permettaient de régler le problème des médicaments de contrefaçon, il faut savoir que seule une petite partie des médicaments ’falsifiés’ ou de ’mauvaise qualité’ appartiennent à la catégorie des ’médicaments de contrefaçon’.
En bref :
Les médicaments de mauvaise qualité sont des médicaments qui ne remplissent pas les critères ou les spécifications scientifiques telles que définies par l’OMS. Ils peuvent contenir un mauvais type ou une concentration inadéquate d’un ingrédient ; ou peuvent avoir été endommagés pendant leur production, et devenir ainsi inefficaces ou dangereux.
Les médicaments falsifiés sont des médicaments dont l’identité, la source ou l’historique de production sont déformées. De tels produits peuvent être falsifiés, ou faux, en termes de composition ou d’ingrédients, ou leurs étiquettes peuvent présenter des informations inexactes.
Les médicaments de contrefaçon sont des produits qui impliquent une violation pénale d’une marque.
Des fausses solutions au profit des multinationales
Alors pourquoi l’Union européenne et les États-Unis se focalisent-ils uniquement sur la lutte des médicaments de contrefaçon ? Parce que ce sont ceux-là qui menacent les intérêts de leurs multinationales pharmaceutiques.
« Non seulement les mesures préconisées par l’UE et les États-Unis ne répondent qu’à une petite partie du problème, mais, en plus, elles auraient des effets néfastes supplémentaires pour la santé publique dans les pays pauvres », explique Katrien Vervoort ». « Ceux-ci dépendent en effet fortement des médicaments génériques pour pouvoir fournir des médicaments abordables à leur population. Or, les nouvelles règles rendraient la production et le commerce de médicaments génériques abordables beaucoup plus difficiles, notamment parce que nombre d’entre eux risquent tout à coup de se retrouver dans la catégorie des médicaments de contrefaçon. »
ACTA et IMPACT : deux initiatives nocives
Le rapport d’Oxfam met également en exergue plusieurs initiatives nocives, comme l’Accord commercial anti-contrefaçon (ACTA), la pression de l’industrie pour la modification des lois de propriété intellectuelle au Kenya et en Thaïlande, et la négociation continue de nouvelles mesures anti-contrefaçon au sein de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) via une initiative connue sous le nom d’IMPACT.
« Il est crucial que les pays pauvres ignorent la pression des pays riches et se concentrent sur des solutions qui assureront la qualité et l’accessibilité des médicaments », conclut Katrien Vervoort. « Les pays pauvres doivent continuer à lutter contre les tentatives d’introduction de nouvelles règles de propriété intellectuelle, et trouver des moyens pour à la fois investir et attirer des investissements pour la mise en place d’autorités de contrôle compétentes. »
En savoir plus
Lire le rapport « Rester vigilant : une règlementation des médicaments est mieux à même d’offrir des médicaments de qualité que le respect des droits de propriété intellectuelle » ou le résumé du rapport.
lisez la réaction d’Oxfam sur la proposition formulée en mai 2011 destinée à remplacer la Règlement 1383/2003 (en anglais)
lisez le point-de-vue d’Oxfam concernant L’Accord commercial anti-contrefaçon (ACAC) (en anglais)
Contactez Katrien Vervoort, responsable du plaidoyer services sociaux de base pour Oxfam-Solidarité : tél. 0494 23 02 53 – kve(at)oxfamsol.be


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