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Partenariat sud

16 juin 2011

Décentralisation et privatisations freinent le développement du Mali

Le Mali est l’un des pays les plus pauvres du monde. Depuis l’annulation de sa dette, l’accès aux services sociaux de base s’est amélioré. Mais les privatisations imposées et la décentralisation de certaines compétences constituent des freins au développement du pays.


Article issu du magazine Globo n°31 "Objectifs du millénaire : le poids de l’incohérence de septembre 2010.


En 2005, au sommet du G8 à Gleneagles, les dirigeants des pays les plus riches du monde ont décidé d’annuler la dette des pays les plus pauvres. Le Mali était l’un des 18 pays qui entrait en ligne de compte. « Mais l’énorme dette du Mali est toujours suspendue au-dessus de nos têtes comme une épée de Damoclès, » explique Sékou Diarra. « Car cette annulation est liée à de nombreuses conditions, comme la privatisation de services publics. Depuis l’annulation de la dette, l’accès aux services sociaux de base s’est certes amélioré, mais c’est loin d’être suffisant. »

Sékou Diarra est le co-fondateur et le nouveau directeur de la Coalition des Alternatives Africaines Dette et Développement (CAD-Mali). Ce partenaire d’Oxfam-Solidarité œuvre pour plus de participation de la société civile et pour l’accès aux services sociaux de base comme la santé ou l’éducation. Coalition de syndicats, d’ONG et de comités locaux, CAD-Mali veut mobiliser les mouvements de base par l’information, la formation et la communication.

Des services sociaux de base pour tous
Focalisée au départ sur l’annulation de la dette, la Coalition essaie aujourd’hui d’influer sur les politiques de développement du pays. « Nous faisons pression sur les autorités pour rendre les services sociaux de base accessibles à tous, » poursuit Diarra. « Au Mali, c’est de plus en plus la loi du marché qui prévaut. C’est pourquoi la société civile doit former un contrepouvoir et lutter pour une politique économique et sociale qui donne la priorité au bien-être de la population. »

La dette n’est pas le seul problème au Mali ; la décentralisation de certaines compétences n’est pas non plus sans conséquences. C’est en 1993 que le gouvernement a entamé une politique de décentralisation affectant notamment l’éducation et les centres communautaires de soins de santé. Ceux-ci devaient désormais être financés à l’aide d’impôts locaux, complétés par des moyens financiers du budget central. Mais ni les autorités locales, ni la population n’étaient suffisamment préparées, et les fonds rassemblés au niveau local se sont rapidement révélés insuffisants.

« De nombreuses personnes sont tout simplement trop pauvres pour pouvoir payer leurs impôts, » explique Sékou Diarra. « D’autant plus que les privatisations ne font qu’accroître la pauvreté. Prenez l’industrie du coton, l’un des principaux secteurs économiques au Mali. Lorsqu’elle a été privatisée, de nombreux ouvriers ont perdu leur travail, et d’autres ont vu leur salaire baisser considérablement. Comment voulez-vous que les gens puissent encore payer des impôts ? »

Contrôle du budget par la société civile
La gestion du budget pose également problème. Loin d’être efficace, elle s’accompagne en outre de corruption, tant au niveau des autorités nationales que locales. C’est pourquoi les membres du CAD-Mali font du ‘budget tracking’ : ils surveillent les budgets publics et suivent de près les dépenses. Leur but est de réaliser ce travail en collaboration avec la population, car ils estiment qu’elle doit tenir à l’œil les autorités locales.

« Nous sommes de plus en plus conscients que des services publics comme l’éducation et les soins de santé ne reçoivent pas assez de moyens, » déplore Diarra. « Il n’est pas logique qu’à peine 10 % du budget aille aux autorités locales, et que celles-ci soient censées organiser de tels services avec si peu de moyens. La qualité en est affectée. C’est pourquoi il est crucial que les budgets soient soumis à une certaine forme de contrôle civil. Mais nous ne faisons pas que contrôler les autorités locales, nous tentons aussi de les renforcer dans leur fonctionnement en les aidant à élaborer leur planning et leur budget. »

La population joue un rôle central dans toutes les actions des membres de CAD-Mali. Cela implique de l’informer, mais aussi de la faire participer autant que possible. CAD-Mali veut réunir les élus locaux et la population pour rappeler à l’État ses responsabilités. Pour cela, l’organisation s’adresse aux associations de quartier et aux chefs de village traditionnels qui servent de relais pour informer la population sur ses droits et sur son rôle dans l’analyse de la politique en vigueur. De cette manière, la population est capable de mieux s’organiser et de se mobiliser, non pas contre, mais avec les autorités locales. « Nous devons appuyer le retour de l’État, le retour d’un vrai pouvoir public, » conclut Diarra. « Il faut combattre la corruption et mener une politique sociale qui agisse en faveur de la population. Nous luttons pour démocratiser l’utilisation des deniers publics. Et la société civile à un rôle capital à jouer là-dedans. »

Hanne Stevens

 
 

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