social

Souveraineté alimentaire

21 octobre 2009

De fausses solutions pour une vraie crise du lait

En pleine crise du lait, le Ministre Charles Michel a proposé que la Belgique et d’autres pays européens transforment en poudre le lait que les agriculteurs refusent de vendre à perte, pour l’envoyer ensuite dans des pays frappés par une grande famine.

Depuis l’appel à la grève européenne du lait lancé le 10 septembre, les épandages de lait et les actions pour dénoncer la crise d’un secteur en surproduction se sont multipliés, à Bruxelles, en France, en Suisse ou en Italie. Une réunion extraordinaire des ministres européens de l’Agriculture aura lieu le 5 octobre à Bruxelles.

Entretemps, chacun y va de sa proposition : Charles Michel, Ministre belge de la Coopération au développement, a ainsi suggéré ce 22 septembre de transformer en poudre le lait que les agriculteurs refusent de vendre à perte, pour l’envoyer dans des pays frappés par une grande famine, comme la Somalie, l’Ethiopie et le Kenya. Le problème, c’est que plusieurs pays concernés ne sont pas demandeurs

"Nous n’avons pas besoin de lait en poudre venu d’Europe," affirme John Mutunga, Secrétaire général de l’organisation de producteurs agricoles du Kenya KENFAP, suite à la proposition du Ministre Charles Michel. "Nous produisons assez de lait au Kenya, nous en exportons même dans notre sous-région. Plutôt que d’envoyer de la poudre de lait, que nous produisons en suffisance, le Ministre devrait envoyer des moyens financiers pour organiser l’acheminement de l’aide et à plus long terme aider les populations vulnérables à avoir les revenus nécessaires afin qu’elles puissent se procurer l’alimentation nécessaire. Cette aide alimentaire risque d’avoir un impact négatif sur la viabilité de nos produits sur nos marchés, »

Etrange initiative du Ministre Michel
Mais qu’est-ce qui a bien pu pousser Charles Michel à faire cette proposition alors qu’il sait bien, comme il l’a montré dans ses orientations de politiques de coopération, que l’on ne résout pas la faim par de l’aide alimentaire ? Au contraire, la priorité est de résoudre la dépendance alimentaire par une aide aux producteurs locaux et par la défense du droit de chaque pays de protéger son agriculture pour permettre son développement.

Le Ministre reconnaît que son initiative « ne résoudra pas les problèmes que vivent au quotidien les producteurs laitiers du Nord »… Mais elle est également en contradiction avec les politiques de la Belgique en matière de coopération au développement.
La Belgique a défendu au niveau international un changement de pratiques en cas de famine. Plutôt que d’acheminer à grands frais des produits venus des pays du Nord, la priorité doit aller à l’achat de produits locaux en cas de crise alimentaire.
C’est d’ailleurs une approche qui est d’application au niveau de l’Union européenne, qui a renoncé à exporter ses surplus en les remplaçant, en cas de crise, par de l’aide financière permettant l’achat de produits dans la région affectée, stimulant dans le même temps l’agriculture de celle-ci.

La proposition du Ministre d’exporter du lait revient à exporter au Sud l’impasse créée par la politique de l’Union européenne, une politique qui veut produire toujours plus pour un prix toujours plus bas.
S’agit-il de se donner une image de solidarité à bon compte ? La vraie solidarité serait de résoudre le problème des agriculteurs du Nord et de maintenir les orientations importantes prises par la Belgique pour soutenir l’agriculture familiale des pays du Sud.

Les paysans du Sud développent la même analyse. Madame Gariko, productrice au Burkina Faso, (photo) réaffirme sa solidarité avec les producteurs laitiers en Europe : "Cela fait mal de voir couler ce lait. Tant de travail, de soins, de moyens financiers pour en arriver là. C’est le signe que leur situation est dramatique et qu’il est urgent que les politiciens prennent leurs responsabilités en concertation avec les producteurs. Exporter vos problèmes de surproduction, c’est exporter votre crise. Trouvez une vraie solution à la crise, plutôt que de nous empêcher de vendre nos produits chez nous."

Il est temps que ceux qui veulent résoudre la crise laitière en Europe se mobilisent pour défendre, au niveau européen, la mise en place d’une politique laitière régulée. Une politique qui maîtrise la production, afin d’éviter l’exportation à prix bradés, qui garantit des prix justes aux producteurs et protège l’environnement.
Si le Ministre Michel refuse, comme nous, le gaspillage, nous l’appelons à plaider cette cause auprès de ses collègues européens.

Stefaan Declercq, secrétaire général d’Oxfam-Solidarité
Arnaud Zacharie, secrétaire général CNCD-11.11.11
Freddy Destrait, secrétaire général de SOS Faim
Marc Dascotte, directeur d’Oxfam-Magasins du monde

Contacts presse

- Thierry Kesteloot 0475/54.37.23
- Stéphane Desgain 0475/76.90.61

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