De fausses accusations paralysent les syndicats philippins

Emmanuel ’Manny’ Assuncion, avocat et défenseur des droits des travailleurs originaire de la province de Cavite, a été arrêté le 3 octobre 2008. Il fait l’objet de fausses accusations de meurtre et de tentative de meurtre dans une affaire datant de 2006 et concernant l’attaque d’unités de la police nationale philippine par un groupement militaire maoïste – la ’New People’s Army’ – dans la province de Mirandoro.
Son inculpation se base sur de flagrants mensonges. Il est une figure emblématique du mouvement des travailleurs dans la région. Il occupe depuis 2001 un rôle dirigeant au sein du Workers Assistance Centre (WAC), une organisation philippine membre de l’Asia Monitor Resource Network (AMRC), un partenaire d’Oxfam-Solidarité. Son arrestation est donc avant tout liée aux critiques acerbes qu’il émet à l’encontre de la politique que le gouvernement Arroyo mène contre les syndicats.
A côté de ’Manny’, 71 autres activistes de la région sont également accusés d’être impliqués dans cette affaire, et ce sans enquête préalable et sur base de quelques témoignages seulement. Seuls 6 activistes ont été arrêtés jusqu’à présent, mais d’autres arrestations peuvent survenir à tout moment. Les dernières arrestations ont été à l’origine d’une vague de panique au sein des organisations progressistes de la région, comme les syndicats liés au WAC, les syndicats du secteur des transports ou les syndicats actifs au sein de grandes entreprises telles que Nestlé, Toyota et Honda.
Une campagne dirigée politiquement
Ces accusations font partie d’une campagne politique menée par le gouvernement philippin à l’encontre des militants syndicalistes. Après que les persécutions violentes du passé aient fait l’objet de vives critiques de la part de la communauté internationale, le gouvernement est passé à un système de poursuites pseudo-judiciaires des activistes syndicaux. Le gouvernement et les autorités judiciaires du pays s’allient ainsi à l’armée pour porter atteinte aux organisations progressistes. Un rapport du Rapporteur Spécial de l’ONU sur les exécutions extrajudiciaires établit clairement que « de hauts responsables gouvernementaux font usage de poursuites judiciaires pour démanteler des organisations de la société civile qui sont selon eux liés au parti communiste (CPP) ».
Il y a deux ans, le Kilusan Mayo Uno Labor Center (KMU), dont certains membres sont désignés par l’armée comme étant des terroristes, a porté plainte auprès du Bureau International du Travail (BIT) et demandé une protection internationale. Le BIT avait l’intention d’envoyer une commission d’enquête aux Philippines, mais une demande conjointe du gouvernement et des partenaires sociaux était nécessaire pour ce faire. Bien que les syndicats soutinrent la mission de façon unanime, elle fut finalement bloquée par la confédération patronale philippine, ECOP, qui réunit des entreprises puissantes comme Nestlé, Toyota et Honda.
Une action internationale
Bien que les actions répressives des autorités semblent ne s’attaquer qu’à quelques ’cibles’ spécifiques tels que WAC ou KMU, c’est l’ensemble des syndicats qui se trouvent affaiblis par la politique actuelle rendant impossible tout mouvement de grève ou mise sur pied d’un quelconque syndicat. La campagne « Vêtements propres », International Labour Rights Forum et Maquila Solidarity Network s’unissent pour dénoncer la récente vague d’arrestations et pointent du doigt l’une des plus importantes campagnes organisées contre les syndicats ces dernières années et destinée à paralyser toute ébauche d’activisme dans ce domaine. Il est donc fondamental qu’une action internationale soit entreprise pour y répondre. Par l’intermédiaire du site de la campagne « Vêtements propres », vous pouvez faire parvenir vos lettres au président, à la confédération patronale, aux ministres de la Justice et de l’Intérieur et à la Commission des droits de l’homme des philippines.
Les revendications suivantes sont avancées :
Il doit être mis fin à la campagne d’intimidation visant les leaders syndicaux
L’Organisation Internationale du Travail doit faire l’objet d’une invitation pour pouvoir mener à bien une enquête valable et indépendante sur les violations du droit du travail aux Philippines
Tous les activistes arrêtés doivent être libérés et toutes les inculpations à l’égard des défenseurs des droits du travail et des droits de l’homme doivent être retirées.
Plus d’info :
Myriam Gistelinck, Oxfam-Solidarité, au 02 501 67 78 ou à l’adresse mgi(at)oxfamsol.be


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