Inondations au Pakistan

3 février 2011

Pakistan - De cultivateur de blé à pêcheur

20,2 millions de personnes ont été affectées par les inondations au Pakistan. Pourtant, les fonds pour la réponse humanitaire n’arrivent qu’au compte-gouttes. Six mois après, voici l’histoire de Mumtaz Ali. Il fait partie de cette population oubliée.

Province de Sindh, au Sud du Pakistan. Sur la berge, Mumtaz Ali, un poisson dans les mains, a le sourire radieux d’un pêcheur fier. Bien qu’il débute dans la pêche, c’est une bonne prise car elle représente sa seule récolte depuis septembre, lorsque que les plaines de la rivière Indus, les champs qu’il cultivait et des dizaines de milliers de villages ont été engloutis par les eaux.

Peu de revenus
Aujourd’hui, Mumtaz gagne sa vie comme il peut, avec une pirogue branlante ; les poissons se multipliant rapidement dans les eaux qui ne cessent de recouvrir les plaines. Avant les inondations, Sindh était l’une des régions agricoles les plus riches d’Asie du Sud. À présent, c’est terminé. Quelques arbres et un pylône électrique bancal sont les seules choses qui émergent désormais de ce paysage d’eau, de brouillard et d’horizons à perte de vue.

Mumtaz et onze autres hommes vivent ensemble dans l’unique pièce encore debout de leur village, bloqués sur une île au milieu de boue et d’eau. Ils surveillent les ruines de leurs maisons pendant que leurs familles vivent dans des tentes sur les berges. La femme de Mumtaz et leurs trois jeunes enfants survivent grâce à la vente de décombres emmenés par les eaux comme bois de chauffage.

Alors que nous bavardons dans la fraicheur du soleil hivernal, un homme arrive en vélo pour lui demander deux ou trois poissons vivants. Il veut savoir si ils vont se reproduire dans l’eau qui inonde son champ. Ici, l’eau restera au moins jusqu’à l’été. « On ne peut pas reconstruire tant que c’est inondé. Cinq d’entre nous vendent des poissons. Nous gagnons 200 roupies (environ 1,70 euro) par jour ; ce qui n’est pas assez ! Il ne nous reste plus qu’à attendre et à prier Dieu… », raconte Mumtaz.

Et des fonds au compte-gouttes
Six mois après que ces inondations détruisent 1,8 million de maisons et recouvrent une région plus vaste que l’Angleterre, les organisations humanitaires parlent déjà d’une catastrophe oubliée. Bien que 20,2 millions de personnes aient été affectées -soit plus que lors du séisme en Haïti et du tsunami en Asie du Sud-est réunis-, les fonds pour la réponse humanitaire n’arrivent qu’au compte-gouttes…

Le dernier rapport d’Oxfam « Six mois après les inondations » révèle que, dix jours après le tremblement de terre en Haïti, environ 475 euros par personne avaient été récoltés. En revanche, au Pakistan, à peine 2,3 euros par personne ont été récoltés sur la même période ! Et l’appel lors du séisme au Nord du Pakistan en 2005 avait atteint environ 51 euros par personne au bout de dix jours.

Une catastrophe de santé publique a été évitée, malgré que plus de 20 millions de personnes se soient retrouvées sans toit. Seuls deux milliers de morts ont été directement imputés aux inondations. Mais le peu de fonds et le manque de gestion politique au Pakistan ont empêché une réponse appropriée à ce désastre. Selon Oxfam, le programme visant à distribuer des abris en est l’exemple le plus frappant : seulement 38% de celui-ci ont été financés et, aujourd’hui, environ trois millions de personnes vivent encore sous des tentes.

Fin janvier, certains employés du Programme Alimentaire Mondial ont révélé (en privé) être sur le point d’annuler un important programme d’aide alimentaire d’une durée de six mois dans la région de Sindh, alors que diverses organisations y faisaient état d’un nombre croissant de cas de malnutrition grave chez les enfants.

De nombreux Pakistanais avec qui j’ai discuté imputent ce manque de fonds à l’attitude des pays occidentaux envers l’Islam. Toutefois, l’étude d’Oxfam démontre que les Etats-Unis et le Royaume-Uni ont réagi rapidement et généreusement, suivis par le Japon et l’Arabie Saoudite. Mais l’appel modeste à récolter 2 milliards de dollars pour le Pakistan en l’espace d’un an -soit un cinquième des 10 milliards de dollars promis à Haïti- n’a toujours pas dépassé 56% de la somme visée.

Alex Renton, collaborateur d’Oxfam au Pakistan (Sindh)


Plus d’infos
- Lisez aussi « Pakistan : six mois après les inondations, la crise menace de s’empirer »
- Contactez Amil Khan, Media Officer d’Oxfam au Pakistan - +92 3085 557 219 - amilkhan(at)oxfam.org.uk

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