Urgences

20 juillet 2007

Darfour : la crise s’aggrave

La crise du Darfour entre maintenant dans sa cinquième année L’énormité de la tragédie est presque inimaginable : 2,5 millions de personnes ont dû fuir leur maison et vivent maintenant dans d’immenses camps surpeuplés au Darfour et au Tchad.

Plus de 4,5 millions de personnes sont aujourd’hui touchées par le conflit et dépendent de l’aide humanitaire. Ces chiffres, tout comme la violence continue, ne cessent d’augmenter. On compte des milliers d’exils supplémentaires chaque mois. Pendant ce temps, les organisations humanitaires présentes dans la région font face à de violentes attaques, ce qui entrave leur travail.

Oxfam est présente
Malgré les dangers quotidiens, lOxfam fournit une aide vitale à environ 500.000 personnes touchées par la crise, au Darfour et à l’Est du Tchad. Nous assurons essentiellement un accès aux soins d’hygiène, à l’eau potable et aux installations sanitaires, mais également la fourniture de couvertures, de savon ou de jerrycans pour transporter l’eau. Nous organisons aussi des programmes d’éducation à la santé publique afin de prévenir la propagation des maladies. Puisque la crise ne montre aucun signe de faiblesse, nous mettons en place des projets pour fournir des moyens de subsistance afin d’aider les habitants à trouver des alternatives à l’aide extérieure.

Des chiffres stupéfiants
Voici plus de quatre ans que la crise du Darfour a éclaté. Aujourd’hui, la situation est tragique. L’escalade de la violence est incroyable et le nombre de personnes touchées par cette crise est plus élevé que jamais :

- Plus de 4,5 millions de personnes au Darfour et à l’Est du Tchad dépendent aujourd’hui de l’aide humanitaire.
- 2,5 millions de personnes – plus d’un Darfourien sur trois – ont été violemment poussées à quitter leur habitation.
- Plus de 2 millions d’entre-elles vivent dans des camps de déplacés au Darfour.
- 250.000 réfugiés du Darfour vivent dans des camps de l’autre côté de la frontière, au Tchad.
- Rien qu’en 2007, 140.000 personnes ont fui leur habitation au Darfour.
- 170.000 Tchadiens ont fui leur maison car le conflit se propage au-delà des frontières. Le nombre de Tchadiens déplacés par la violence a quadruplé ces dernières années.

La réponse humanitaire menacée
Le travail vital des organisations humanitaires est gravement menacé par la violence actuelle contre les civils et par les attaques toujours plus violentes ciblées sur les membres des organisations humanitaires. Toutes les parties au conflit sont responsables de cette violence. Oxfam a récemment prévenu que l’ensemble de l’aide (dont plus de 4 millions de Darfouriens dépendent) risque de s’effondrer si les attaques ne cessent pas.

Les incidents contre les équipes humanitaires sont quotidiens. Les véhicules sont régulièrement pris d’assaut et pillés ; les équipes sont fréquemment agressées, intimidées, kidnappées, dévalisées et abattues ; les complexes et les bureaux sont pillés par des voleurs armés. 13 personnes travaillant pour des organisations humanitaires, y compris un membre de l’équipe d’Oxfam, ont été tuées ces 12 derniers mois.

Par conséquent, depuis début 2007, la capacité des organisations humanitaires à atteindre les populations dans le besoin a atteint son point le plus bas depuis ces trois dernières années. Les attaques perpétrées contre les membres des organisations n’ont jamais été si nombreuses et si violentes que ces derniers mois.

Perturbation massive
La violence a sérieusement perturbé les programmes d’Oxfam. En avril, nous avons temporairement arrêté le travail pour deux semaines dans la ville d’Um Dukhun dans l’Est du Darfour après qu’un véhicule d’Oxfam ait été attaqué en plein jour dans l’un des camps. Le conducteur a été blessé et le véhicule reste introuvable.

En juin, nous avons annoncé l’arrêt permanent de nos programmes à Gereida, le plus grand camp du Darfour, où 130.000 personnes ont trouvé refuge. De nombreuses activités ont été suspendues dans la ville ces six derniers mois, depuis une attaque particulièrement violente visant des complexes d’organisations humanitaires dont Oxfam. Les autorités locales restent impuissantes face à cette insécurité et elles ne nous laissent donc d’autres choix que de nous retirer.

Malgré la détérioration de la sécurité, Oxfam vient toujours en aide à 500.000 personnes touchées par la crise, et notre équipe reste tout à fait disposée à aider les populations du Darfour. Mais si les attaques ne cessent pas, nous ne pouvons garantir que nous continuerons à travailler là-bas indéfiniment.

Un besoin humanitaire croissant
Si les organisations humanitaires sont attaquées, les personnes qui souffrent le plus sont les civils qui vivent dans la peur de la violence ambiante. Les habitants fuient toujours leurs foyers. Depuis début 2007, au moins 140.000 personnes ont fui, certaines pour la deuxième ou la troisième fois...

De nombreux camps (particulièrement ceux à proximité des grandes villes) ont maintenant atteint leur capacité maximale et sont débordés. Cependant, les populations continuent d’affluer, à la recherche d’aide. Les camps deviennent également peu sûrs. Des hommes armés y pénètrent fréquemment pour harceler et attaquer des civils ou des membres d’organisations humanitaires.

La violence contre les équipes humanitaires signifie entraîne l’absence d’assistance pour plus d’un demi-million de personnes rendues inatteignables. De grandes régions rurales du Darfour sont désormais inaccessibles. Les routes sont devenues dangereuses à cause du risque d’attaques, et la majorité des programmes sont donc mis en oeuvre par hélicoptère. Néanmoins, les hélicoptères n’atteignent que les grandes villes et les camps. Les villages et les zones rurales restent inaccessibles.

L’aide humanitaire massive a tout de même réussi à stabiliser les conditions de vie dans les camps et à réduire les taux de mortalité et de malnutrition. Mais puisque l’aide humanitaire devient de moin s en moins accessible, on risque d’assister à un retour en arrière. La crainte est grande de se retrouver avec les niveaux dévastateurs de malnutrition et de maladie qui sévissaient au début de la crise.

Un cessez-le-feu urgent
Oxfam appelle toutes les parties au conflit à consentir et à adhérer à un cessez-le-feu immédiat. La communauté internationale devrait faire pression sur les parties afin qu’elles respectent les lois internationales, cessent de viser les civils et les organisations humanitaires, et créent un environnement sain pour les opérations humanitaires.

En fin de compte, le processus politique est la seule solution durable à long terme. Des efforts plus importants doivent être consentis pour donner un nouveau souffle aux discussions politiques. La communauté internationale doit assurer un leadership coordonné et durable. Cependant, un processus de paix réussi prend du temps et, en attendant, la population du Darfour a besoin d’un cessez-le-feu et d’une meilleure protection.

La discussion internationale sur le Darfour se concentre actuellement sur la force de maintien de la paix « hybride » proposée par les Nations unies et l’Union africaine. Mais se concentrer sur cette force risque de nous faire oublier le besoin le plus urgent : un cessez-le-feu. Même les estimations les plus optimistes annoncent que cette force hybride ne sera pas sur le terrain avant 2008 au plus tôt. En réalité, cela prendra beaucoup plus de temps. Et la population du Darfour ne peut attendre plus longtemps.

La Mission de l’Union africaine au Soudan (MUAS) a actuellement des troupes sur le terrain. Mais elle manque de moyens, d’aide et de soutien du reste du monde. Bien que ces troupes soient supposées protéger les civils, la MUAS elle-même est continuellement attaquée : 10 soldats de la paix africains ont été tués depuis février, et d’autres dévalisés, intimidés ou kidnappés. La communauté internationale doit agir davantage pour renforcer la MUAS et lui donner le soutien dont elle a besoin pour réussir dans sa tâche.

Une crise régionale de plus en plus complexe
Le conflit au Darfour n’a jamais été aussi simple que l’on ne le présente parfois. Mais ces 12 derniers mois, la situation est devenue de plus en plus complexe. Depuis la signature de l’Accord de Paix au Darfour en mai 2006, la situation sécuritaire s’est gravement détériorée et les mouvements rebelles ont éclaté en d’innombrables factions. Les allégeances et les zones de contrôle varient fréquemment. La région devient de plus en plus anarchique et les auteurs de violence ne sont pas tenus pour responsables.

Toutes les parties au conflit sont à présent responsables de la crise actuelle.

La souffrance s’étend sur toute la région. Seules quelques zones très limitées échappent encore à la violence. La crise a dépassé les frontières du Soudan et a aggravé les tensions et les conflits au Tchad et en République centrafricaine. Les groupes de rebelles, les miliciens et les bandits franchissent régulièrement les frontières. Les attaques sur les villages tchadiens (semblables à celles perpétrées au Darfour) ont tué des civils et ont forcé nombre d’entre eux à quitter leur maison. Le nombres de Tchadiens déplacés a quadruplé cette année pour atteindre 170.000 personnes, auxquelles viennent s’ajouter le quart de million de réfugiés soudanais ayant trouvé refuge au Tchad.

La vie dans les camps
La plupart des gens arrivent dans les camps dénués de tout. Ceux qui n’ont pas été tués ou volés lors d’une attaque amènent des animaux, quelques casseroles ou quelques couvertures. Mais beaucoup n’arrivent qu’avec les vêtements qu’ils portaient au moment de fuir. Même pour les plus chanceux qui ont pu emmener des animaux comme des ânes ou des vaches, il est très difficile de trouver de quoi les nourrir, et les emmener paître est extrêmement risqué pour les propriétaires.

Dans de nombreux camps, les abris de fortune où vivent plusieurs familles sont faits de brindilles et de feuilles plastique. D’autres camps, comme celui d’Abu Shouk à la périphérie d’El Fasher, ont pris des allures de camps permanents, des abris en pierres remplaçant les tentes. Le conflit ne montrant aucun signe d’apaisement, les réfugiés s’attendent à être coincés dans ces camps pour encore longtemps.

Dans la plupart de ces camps, le sentiment dominant est un sentiment d’impuissance et de frustration : les gens sont pris au piège, il est impossible pour eux de retrouver leur maison, l’accès à l’éducation et aux activités économiques est très limité. Quitter le camp les exposerait immédiatement à la violence ; même lorsqu’ils sortent pour trouver du bois de chauffage (essentiel à leur survie), les réfugiés sont confrontés à des risques de harcèlement, d’agressions sexuelles et de mort. La majorité des personnes présentes dans les camps sont des femmes et des enfants, et beaucoup de jeunes enfants ont désormais passé une grande partie de leur vie dans ces camps. L’impact de la crise sur une génération toute entière aura de graves conséquences pour l’avenir du Darfour.

Que fait Oxfam ?
Malgré les dangers quotidiens et l’escalade de la violence, Oxfam collabore avec les communautés pour venir en aide à 500.000 personnes au Darfour et au Tchad. Nos programmes sont conçus non seulement pour maintenir les gens en bonne santé et réduire le risqué de maladie, mais aussi pour aider les réfugiés à garder une certaine dignité.

Nous :
- Fournissons de l’eau propre et potable pompée dans des sources naturelles.
- Améliorons les installations sanitaires afin de lutter contre la propagation des maladies. Pour cela, nous construisons des latrines et des lavoirs et distribuons du savon, des seaux et des jerrycans pour transporter l’eau.
- Distribuons des biens essentiels comme des feuilles en plastique, du matériel pour construire les abris et des couvertures pour les nuits fraîches.
- Travaillons en étroite collaboration avec la population locale pour s’assurer que notre travail correspond aux besoins réels et aux priorités du Darfour, en impliquant les communautés à chaque étape du processus décisionnel. En particulier, nous travaillons avec des groupes de femmes et d’autres secteurs marginalisés de la société pour s’assurer que chacun bénéficie de nos programmes.
- Formons des centaines de volontaires pour éduquer d’autres communautés sur les questions sanitaires et d’hygiène personnelle, et nous recrutons des intendants au sein des communautés des camps pour nettoyer les toilettes et les sanitaires et pour protéger les sources d’eau.
- Travaillons avec des enfants : jeux, musique et activités scolaires sont au programme pour transmettre un message sur l’hygiène et l’éducation, et influencer leur comportement dès le plus jeune âge.
- Offrons des formations et nos compétences pour améliorer les moyens de subsistance et pour réduire la dépendance des réfugiés vis-à-vis de l’aide extérieure.

Répondre aux problèmes environnementaux croissants

Les camps de plus en plus vastes ne peuvent faire face aux nouvelles arrivées. Beaucoup ont déjà atteint leur capacité maximale, particulièrement ceux à proximité des grandes villes. Cependant, les Darfouriens continuent d’arriver. Ce déplacement massif (avec des dizaines de milliers de personnes vivant ensemble au même endroit) a accentué la pression sur les ressources naturelles déjà rares dans le pays, en particulier l’eau. Les pluies se font plus rares, la population croît et le désert avance ; tous ces paramètres contribuent à l’aggravation des problèmes au Darfour.

Le conflit s’éternise et ces problèmes s’intensifient. Les camps deviennent permanents et les réfugiés cherchent à améliorer leurs abris de fortune. Les maçons travaillent dans de nombreux camps, ils offrent des matériaux aux résidents pour améliorer leur abri et ils créent des activités économiques… utilisent aussi d’importantes quantités de cette eau si précieuse et rare. Dans son travail et au sein des communautés, Oxfam cherche donc des moyens pour promouvoir une meilleure gestion des ressources naturelles comme l’eau.

Relancer des moyens de subsistance
Les moyens de subsistance traditionnels comme l’agriculture et le commerce ont été largement affectés. Coincées dans les camps, les populations ne peuvent retourner au champ ou au marché de peur de se faire attaquer. Les femmes qui sortent pour ramasser du bois sont fréquemment harcelées, agressées ou kidnappées.

Oxfam travaille pour fournir à ces populations des moyens et des opportunités de gagner un revenu et de réduire ainsi leur dépendance vis-à-vis de l’aide extérieure. En formant par exemple des plombiers, des soudeurs, des vétérinaires ou des charpentiers et en distribuant des graines, des outils et des charrues dans les lieux où ils peuvent être utiles. Nous avons également fourni des ânes et autres animaux.


Oxfam au Darfour
Oxfam travaille au Darfour depuis plus de vingt ans. Nous avons d’abord répondu à la sécheresse de 1985 qui a frappe la région et nous sommes restés pour aider les communautés locales à mener des projets sanitaires et de moyens de subsistance. L’important savoir local et les liens étroits qui unissent les communautés locales et les organisations que nous avons renforcées ces deux dernières décennies ont beaucoup aidé à comprendre et à répondre à la crise actuelle.

Quelques chiffres

-  Combien de personnes aidons nous ?
Environ 500.000 personnes bénéficient aujourd’hui directement de la réponse d’Oxfam à la crise humanitaire du Darfour (près de 400.000 personnes au Darfour et 95.000 au Tchad).

-  Combien de membres l’équipe compte-t-elle ?
Gérer des programmes d’aide destinés à tant de personnes exige une équipe importante. Oxfam compte actuellement près de 250 collaborateurs soudanais et 25 membres expatriés qui travaillent au Darfour, plus de nombreux volontaires provenant des camps de déplacés et une demi-douzaine d’expatriés basés à Khartoum. Au Tchad, nous comptons 22 membres expatriés et près de 90 employés locaux. De nombreux collaborateurs travaillent pour Oxfam ou d’autres organisations humanitaires depuis plusieurs années, et nous sommes représentés sur le terrain par des nationalités du monde entier : Australie, Inde, Irak, Kenya, Libéria, Nigeria, Pakistan, Philippines, Ouganda, Royaume-Uni, Etats-Unis, Yémen et Zimbabwe.

- Que font-ils ?
En plus d’une équipe de soutien, ces collaboirateurs sont ingénieurs, promoteurs de santé publique, comptables, logisticiens, gestionnaires de projets, conseillers en protection, foreurs, conseillers en ressources humaines, experts en sécurité alimentaire, experts en moyens de subsistance, administrateurs...

- Où travaillons-nous ?
Oxfam est l’une des seules organisations humanitaires à travailler dans les trois états du Darfour et au Tchad. Au Darfour, nous travaillons dans les camps et les villes suivants : le camps d’Abu Shouk, le camp d’Al Salaam, la ville de Kebkabiya et les villages alentours, et le camp de Shangil Tobai dans le Nord du Darfour ; le camp de Kalma dans le sud du Darfour, et dans la ville de Dukhun et ses environs à l’Ouest du Darfour. Depuis que nous nous sommes retirés du camp de Gereida dans le sud du Darfour en juin, nous cherchons de nouvelles zones où développer nos programmes. Les besoins sont plus importants que jamais, et de plus en plus de personnes ont besoin de notre aide et de votre soutien.

Au Tchad, Oxfam Intermon (Espagne) travaille actuellement dans les camps de Djabal et Goz Amer pour les réfugiés du Darfour ; et Oxfam Grande-Bretagne travaille dans les camps pour les réfugiés tchadiens toujours plus nombreux autour de Goz Beida : Gouroukoun, Gassire, Koloma, Koubigou et Kerfi.

Oxfam travaille toujours au Soudan ; dans la capitale, Khartoum, Red Sea State, et dans d’autres zones dans le sud du Soudan.

©Photos Adrian McIntyre/OXFAM