Darfour, deux ans après la signature de l’accord de N’djamena

Il y a deux ans, des représentants des groupes rebelles et du gouvernement du Soudan ont signé à N’djamena, au Tchad, un accord historique visant à mettre fin à la violence qui dévastait le Darfour. Aujourd’hui, la situation se détériore rapidement.
L’insécurité ralentit considérablement la libre prestation de l’aide humanitaire aux populations dans le besoin. Avec la violation constante du cessez-le-feu, le Darfour s’enlise de nouveau dans la violence et le crime. Des millions de civils ont un urgent besoin de protection.
L’insécurité qui règne au Darfour menace d’entraver le travail des organismes de secours. Pourtant, 3,4 millions de personnes - la moitié de la population de la région - dépendent de l’aide humanitaire. Les routes sont souvent trop dangereuses pour que les travailleurs humanitaires, le matériel et les denrées essentielles puissent atteindre les camps. L’accès à l’aide humanitaire, dans l’ouest et le sud du Darfour surtout, est revenu au niveau catastrophique d’avant la signature de l’accord de N’djamena.
Le nombre de réfugiés a doublé
Les événements récents autour de Gereida, une petite ville du sud du Darfour, démentent le bruit d’une amélioration quelconque de la situation au Darfour. Au cours des quatre derniers mois, plus de 40 000 personnes ont été forcées de fuir leur domicile. Des villages ont été complètement brûlés et pillés, leurs habitants attaqués. Selon les chefs des communautés, plus de 300 villages autour de Gereida se sont vidés depuis la fin de 2005, abandonnés par leurs habitants effrayés.
Ces personnes déplacées s’entassent maintenant dans des camps temporaires à proximité de la ville, où les ressources sont nettement insuffisantes. Oxfam, et deux autres organismes œuvrant dans la région, conjuguent leurs efforts pour répondre à l’arrivée massive des personnes déplacées dont le nombre, à Gereida, a doublé pour atteindre 90 000 et continue de croître chaque jour. La principale voie d’accès aux camps, qui relie Nyala et Gereida, est souvent dangereuse. La croissance rapide des camps exerce des pressions énormes sur l’approvisionnement en eau, en denrées et en soins de santé.
Priorité à la protection de la population civile
La population de Gereida, et du Darfour tout entier, a de toute urgence besoin non seulement d’aide humanitaire, mais aussi de protection. Si les parties au conflit refusent de mettre un terme à la violence, la communauté internationale doit assumer une plus grande part de la responsabilité de protéger la population civile. La mission de l’Union africaine (AMIS) est entravée par le manque de personnel, de fonds et une capacité d’intervention insuffisante.
Avec seulement 7 000 troupes pour patrouiller une région de la superficie de la France, l’Union africaine (UA) a les mains liées et, dans sa forme actuelle, l’AMIS ne peut contribuer que dans une faible mesure à répondre aux besoins du Darfour. Les Nations unies ne pourront amorcer leur éventuelle intervention qu’au début de la prochaine année, si tout se déroule bien. Entre-temps, des millions de gens dans toutes les régions du Darfour font chaque jour face au danger. Il faut dès maintenant renforcer l’AMIS, lui donner accès à un plus grand nombre de troupes et à davantage de fonds, et axer en priorité son mandat sur la protection de la population civile.
La communauté internationale doit agir dès maintenant
L’UA, en dépit de ressources insuffisantes, doit aussi assumer une plus grande part de responsabilité et mettre en place des mesures concrètes pour améliorer la sécurité de la population civile. Elle doit exercer une surveillance étroite, dans les camps et autour des camps, 24 heures par jour, 7 jours par semaine. À l’heure actuelle, ces zones ne sont surveillées que le jour.
Grâce aux patrouilles pour la cueillette du bois, c’est-à-dire des troupes qui accompagnent de grands groupes de femmes qui vont s’approvisionner en bois à l’extérieur des camps, les femmes peuvent se livrer à cette tâche quotidienne sans craindre d’être attaquées ou harcelées. Dans plusieurs camps toutefois - dont Gereida - de telles patrouilles n’existent pas. Les personnes qui s’y trouvent, outre d’avoir dû fuir leur domicile, sont maintenant en proie à la violence et à de nouveaux traumatismes dans l’exécution de leurs tâches quotidiennes.
Pour que l’AMIS parvienne à améliorer le sort des gens du Darfour, la communauté internationale doit lui offrir son plein concours - technique, logistique et financier - et s’engager à assurer la stabilité que l’accord conclu à N’djamena il y a deux ans promettait d’instaurer. Les engagements doivent être renouvelés et respectés. Il faut mettre fin à la violence, de sorte que la population civile puisse vivre en toute sécurité.
Les organismes humanitaires doivent pouvoir joindre les gens dans le besoin et continuer de répondre à la crise humanitaire. L’anniversaire du cessez-le-feu, et l’optimisme qu’il a suscité, rappelle indéniablement à la communauté internationale la tâche considérable à accomplir au Darfour.


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