Cuba, un exemple d’adaptation aux changements climatiques

Les provinces de l’est de Cuba constituent une zone à risques face aux changements climatiques. Des programmes de réduction de risques de catastrophes tentent de pallier aux menaces existantes et à venir.
Article issu du magazine Globo n°28 "Le climat en jeu à Copenhague", décembre 2009.
Les programmes de réduction de risques de catastrophes (RRC, ou DRR en anglais) forment désormais un complément indispensable aux opérations d’aide humanitaire d’Oxfam lors des situations d’urgence.
Dans le Globo de septembre 2009, nous vous expliquions comment cette approche vise à réhabiliter des infrastructures, des maisons ou des champs en pensant déjà aux menaces à venir. La RRC fait donc le lien entre l’humanitaire et le développement durable.
Un défi gigantesque
Certaines régions du monde sont particulièrement exposées aux catastrophes naturelles. C’est le cas de Cuba, et principalement de sa partie Est.
« Si on applique la formule ‘risque = menace x vulnérabilité’, on comprend tout de suite pourquoi le gouvernement cubain considère ces zones comme prioritaires pour les actions de RRC », explique Marc Ingelbrecht, représentant d’Oxfam- Solidarité à Cuba. « Les menaces y sont multiples : ouragans, sécheresses, tremblements de terre, inondations, glissements de terrain, mais aussi des menaces dues à l’activité humaine. De plus, ces zones sont moins développées, ce qui accentue leur vulnérabilité. » Dans ces conditions, les changements climatiques ne font qu’aggraver les choses.
« Plus que jamais, les programmes RRC deviennent vitaux, tant aux niveaux national que provincial ou communal, poursuit-il. Les changements climatiques constituent une menace importante pour Cuba, car une grande partie de sa population vit près de la côte ou autour de rivières. »
On sait aujourd’hui que les changements climatiques entraîneront des tempêtes tropicales encore plus puissantes que celles que nous connaissons aujourd’hui, mais également de plus longues périodes de sécheresse, avec des conséquences désastreuses pour l’agriculture. En outre, les risques d’épidémies augmenteront eux aussi, tout comme les risques d’épiphyties pour les plantes ou d’épizooties pour les animaux.
« Pour les agriculteurs cubains, les changements climatiques représentent donc un défi majeur, poursuit Ingelbrecht. S’ils veulent pouvoir garantir des ressources alimentaires suffisantes dans le futur, ils devront s’adapter de manière durable. »
Un combat sur plusieurs fronts
Cela fait plusieurs années qu’Oxfam-Solidarité soutient des projets de RRC à Cuba.
Un premier projet, mené en collaboration avec la défense civile cubaine, a abouti à la mise en place de 17 centres de gestion des catastrophes (15 communaux, 2 provinciaux). Chaque centre analyse la vulnérabilité de son terrain d’action en vue de prendre des mesures pour améliorer la prévention, la préparation et la réponse aux catastrophes. Lorsque celles-ci éclatent, les centres font office de points de coordination et de communication.
« Grâce à la concentration de l’information dans les centres de crise, nous avons pu prendre des mesures rapides et efficaces lors du passage de l’ouragan Ike en septembre 2008 », explique le bourgmestre de Moa, petite ville de la province de Holguin. « Jamais un ouragan de cette ampleur ne s’était abattu sur Moa auparavant. Et pourtant, nous n’avons eu aucun mort à déplorer. »
Les centres ont également pour mission de répertorier les zones les plus vulnérables : les futures constructions dans ces zones seront dès lors mieux prémunies contre les menaces.
Un projet de reconstruction mené par Oxfam à Manatí (province de Las Tunas) illustre ce travail. De mars à septembre 2009, 503 toits y ont été reconstruits avec des techniques et des matériaux réduisant la vulnérabilité des toits face à des vents violents.
Au niveau de l’agriculture, Oxfam-Solidarité soutient depuis quelques années l’ANAP (Asociación Nacional de Agricultores Pequeños), une association de coopératives agricoles au niveau national qui mène plusieurs projets intégrant la dimension RRC.
Dans un premier programme (2002-2007) visant à promouvoir l’agroécologie, des techniques agricoles durables ont été développées et échangées avec des paysans de Haïti et de République Dominicaine. La deuxième phase (2008-2012) s’inscrit dans la volonté du gouvernement cubain de décentraliser l’agriculture, afin que chaque commune puisse produire sa nourriture de manière autonome. Un projet-pilote est en ce moment mené dans la province de Guamá. Cette zone étant sujette autant aux sécheresses qu’à de violents cyclones, un système d’irrigation facilement transportable a été développé, répondant ainsi à chacune de ces menaces.
Dans des zones à risques comme Cuba, l’impact du réchauffement climatique sur la sécurité, le logement et la nourriture saute aux yeux. Pour ces régions, allier développement durable et adaptation est donc devenu un enjeu vital.
Julie Fueyo Fernandez


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