Corne de l’Afrique : un lourd tribut, une réponse trop lente

Des milliers de personnes ont perdu la vie et des millions de dollars supplémentaires ont du être dépensés parce que la communauté internationale s’est montrée incapable de prendre les mesures nécessaires pour répondre aux signaux d’alertes annonçant une crise alimentaire en Afrique de l’Est.
C’est ce qu’affirment les ONG Oxfam et Save the Children dans un rapport commun, publié le 18 janvier. Selon ce rapport intitulé « Un retard dangereux », la culture de l’attentisme a retardé de 6 mois la mise en place d’une opération d’urgence de grande ampleur. Les organisations humanitaires comme les gouvernements ont mis trop de temps à intensifier leurs efforts. Plutôt que d’agir en amont, de nombreux bailleurs ont préféré attendre d’avoir des preuves qu’une crise était en cours.
Ne pas attendre les premiers morts
Bien que des systèmes d’alerte précoces et particulièrement sophistiqués aient annoncé une possible crise dès le mois d’août 2010, aucune réponse d’ampleur n’a été déclenchée avant juillet 2011, moment où les taux de malnutrition de la région étaient déjà bien au-delà du seuil d’urgence et où la crise était largement couverte dans les médias.
Il est indispensable que davantage de fonds pour répondre aux urgences alimentaires soient rendus disponibles et effectivement débloqués dès que les signes avant-coureurs d’une crise sont clairement identifiés. Dans le système actuel, les interventions humanitaires à grande échelle ne trouvent de financements que lorsque les taux de malnutrition atteignent un stade critique, au prix de nombreuses vies. Le coût de la réponse devient lui aussi bien plus important.
Save the Children et Oxfam exhortent les Etats à revoir leurs modes de réponses aux crises alimentaires, conformément à ce qui est prévu par la « Charte pour éradiquer la faim », un document déjà approuvé par nombre de personnalités influentes à travers le monde.
« Nous sommes tous responsables du retard pris dans la réponse à une crise qui a coûté bien des vies dans la Corne de l’Afrique. Il est essentiel que nous en tirions les leçons », souligne Barbara Stocking, directrice d’Oxfam. « Il est particulièrement choquant que les populations les plus pauvres soient encore une fois les victimes de notre incapacité à intervenir rapidement et de façon déterminante. Nous savons parfaitement qu’en agissant en amont, nous sauvons des vies. Mais la culture de l’attentisme et des économies de court terme, largement partagée par les organisations humanitaires, implique que nombre d’entre elles ont renâclé à dépenser de l’argent avant que la crise ne soit bel et bien confirmée ».
« Cette situation intolérable doit prendre fin : il est impensable que le monde puisse faire semblant de ne pas voir une crise annoncée et ne commence à s’en occuper qu’à partir du moment où des images dramatiques d’enfants mal-nourris sont diffusées à la télévision », affirme Justin Forsyth, directeur de Save the Children. « Les signes avant-coureurs de la crise étaient extrêmement clairs. Si davantage de fonds avaient été débloqués au moment crucial, la souffrance de milliers d’enfants aurait pu être évitée. Pour faire en sorte qu’une crise de cette ampleur n’arrive jamais plus, tous les gouvernements devraient signer la « Charte pour éradiquer la faim ».
Eviter le pire en Afrique de l’Ouest
Bien qu’il reste difficile d’évaluer très exactement combien sont morts de la sécheresse, on estime qu’entre 50.000 et 100.000 personnes sont décédées entre avril et août 2011. Plus de la moitié étaient des enfants âgés de moins de cinq ans. A l’heure actuelle, la Somalie est le pays où la crise alimentaire sévit le plus fortement, avec des centaines de milliers de personnes toujours menacées.
Si un certain nombre d’opérations ont été rapidement déclenchées, ces actions se sont vite révélées insuffisantes face à une crise d’une telle ampleur. Des interventions plus onéreuses ont donc dû être déployées à un stade ultérieur. Acheminer 5 litres d’eau par jour pour 80 000 personnes en Ethiopie pour sauver des vies en urgence revient à plus de 3 millions de dollars alors que cela ne coûte pas plus de 900 000 dollars pour réhabiliter les points d’eau hors d’usage de la région pour prévenir une sécheresse annoncée.
Le rapport, publié en amont des sommets internationaux de Davos et de l’Union Africaine, fait office de rappel à l’ordre alors que la communauté internationale doit impérativement se préparer à agir au plus vite pour prévenir la catastrophe qui s’annonce en Afrique de l’Ouest, où une crise alimentaire se prépare et menace des millions de personnes.
Pour Kofi Annan, qui préside l’Africa Progress Panel : « Assurer la sécurité alimentaire et nutritionnelle pour tous est le défi de notre temps. Nous ne parviendrons à soulager la faim dans le monde que si nous nous montrons capables d’identifier les signes avant-coureurs d’une crise alimentaire, tout en étant en mesure d’y répondre rapidement et efficacement. »
Pour en savoir plus :
contactez Mirjam Van Belle, responsable du service humanitaire d’Oxfam-Solidarité, au 02 501 67 44 ou via mva(at)oxfamsol.be
Consutez le rapport complet
Retrouvez notre dossier sur l’Est de l’Afrique
la Charte pour éradiquer la faim


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