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Changements climatiques

22 février 2010

Climat : les enjeux en 2010

Après l’échec de Copenhague, il est tentant de baisser les bras. Ce serait pourtant une erreur fatale que de diminuer maintenant la pression sur nos dirigeants. En 2010, les négociations doivent se poursuivre pour aboutir, au COP 16 à Mexico, à un accord juste, ambitieux et contraignant.

Oxfam a déjà largement analysé et critiqué l’ ’accord’ conclu à Copenhague (voir le rapport : "Climat de honte : reprenez les négociations" ). Outre le fait qu’il n’a aucune valeur légale, les intentions mentionnées dans ce rapport nous mènent à un réchauffement de 3 à 3.5°C. Les financements proposés – 100 milliards de dollars par an d’ici 2020 – sont insuffisants, et les sources de ces fonds ne sont pas déterminées (public ou privé, additionnel ou pas,...). A ce jour, il n’est même pas clair combien de pays s’ ’associent’ à l’accord.

Comment sortir de l’impasse ?
Alors que les climato-sceptiques profitent de l’ambiance morose pour chercher la bête dans les études du GIEC, les questions fusent chez tous après Copenhague : Au lieu de se tuer à mettre d’accord 192 dirigeants, ne ferait-on pas mieux d’investir massivement dans des technologies vertes ? Un accord contraignant, n’était-ce pas peu réaliste dès le départ ? Pourquoi les États-Unis bougeraient-ils si la Chine n’accepte pas de s’engager de manière contraignante ?

> Pour Oxfam, il reste clair et net qu’un accord légalement contraignant est indispensable. L’ampleur de la problématique climatique impose d’aller plus loin qu’une simple coopération internationale, telle qu’au niveau des Nations Unies. Bien sûr, les investissements ’verts’ sont nécessaires, mais cette approche ne suffit pas à elle seule.

> Quant aux querelles États-Unis - Chine, elles représentent en effet le nœud – mais aussi la clé – des négociations climatiques. Il faut impérativement qu’un climat de confiance se réinstaure entre ces deux États, et qu’ils se mettent d’accord sur les objectifs et budgets qu’ils estiment nécessaires l’un de l’autre.

> Globalement, il apparaît clairement qu’il faut aller vers une meilleure compréhension des préoccupations et priorités des autres ’parties’. L’UE a un rôle de modérateur à jouer, ce qu’elle n’a pas suffisamment fait lors du sommet de Copenhague. Enfin, il faut davantage faire le lien entre l’agenda climat et les autres agendas internationaux.

Parlons argent
Au top des priorités : plancher sur la délicate question des financements destinés à aider les pays pauvres à limiter le changement climatique et s’y adapter.

> Financements ’fast start’ : 30 milliards de dollars sont prévus pour les années 2010 à 2012. Ceux-ci viendront avant tout du Japon (15 milliards de dollars), de l’UE (10 milliards de dollars), de la Norvège et des États-Unis (probablement de 3,5 à 5,5 milliards de dollars). Il faut rapidement implémenter ces financements ’fast start’ et se focaliser sur les pays les plus vulnérables et plus pauvres. Jusqu’à présent, il n’est pas clair quelle proportion viendra du secteur public ou privé, s’il s’agit bien d’aide additionnelle à l’aide au développement ou encore comment il sera attribué.

> Les mêmes incertitudes subsistent quant aux 100 milliards de dollars par an estimés nécessaires d’ici 2020.

> L’IMF travaille à une proposition de « fonds vert », où les pays pourraient puiser pour s’adapter au changement climatique.

> La Banque Mondiale, elle, continue à financer massivement des projets liés aux énergies fossiles – 2.064 milliards de dollars par an entre 2006 et 2008 contre 571... millions de dollars pour des projets d’efficacité énergétique et 366 millions pour des projets d’énergies renouvelables.

Le bas de la fourchette
55 pays – qui représentent à eux seuls ¾ des émissions mondiales de gaz à effet de serre - ont soumis leurs engagements de réductions d’émissions, comme ils s’y étaient engagés à Copenhague. Parmi eux, les États-membres de l’UE, les États-Unis, le Japon, le Brésil, la Chine, l’Inde et l’Afrique du Sud.

Si la plupart ont réitéré leurs engagements pris en décembre, certains ont revu leurs ambitions à la baisse. Ainsi, les États-Unis, qui s’étaient engagés à une réduction de 17% par rapport aux niveaux de 2005 d’ici 2020 (ce qui équivaut à 3% par rapport à 1990), ont nuancé à « aux alentours de 17% ». Aussi bien l’Australie que l’UE et la Norvège ont opté pour le bas de la fourchette proposée en décembre. Enfin, alors que la Chine a réaffirmé son intention de réduire ses émissions de 40 à 45% d’ici 2020 (engagement volontaire), l’Inde semble hésiter un peu plus à répéter son objectif chiffré, qui était de 20-25%.

La position belge
Les ministres Charles Michel (politique de coopération au développement) et Paul Magnette (énergie et environnement) ont récemment publié des notes stratégiques sur la question du climat.

Charles Michel insiste sur l’importance d’un financement climatique, qui proviendrait avant tout du développement du marché carbone. Ceux-ci devraient être publics, pour les pays les moins développés, et équivalents à l’aide publique au développement.
> Pour Oxfam, l’achat de crédits d’émissions ne peut être considéré comme du financement climatique.

Paul Magnette plaide pour une loi-climat, qui comporterait les objectifs à long terme de la Belgique (jusque 2050). Sa note annonce également l’intention de l’État belge d’acheter des crédits d’émissions en Afrique.
> Nous demandons que les réductions d’émissions soient avant tout domestiques, et pour 25% maximum issues de l’achat de crédits d’émissions.
> La Belgique doit plaider au sein de l’UE pour un objectif de réduction d’émissions non conditionnel de l’ordre de 30%, par rapport à 1990 (actuellement, l’UE opte pour 20%).

A partir de 2013, il faudrait que l’UE fournisse 35 milliards d’euros en financements climatiques. La part de la Belgique s’élèverait à 1 milliard. Ces fonds pourraient provenir d’une part, d’un accord international portant sur des taxes sur l’aviation et le transport maritime (à raison de 17%), et d’autre part de la vente aux enchères de permis d’émissions dans le marché carbone.
> Ces fonds devraient aller à un fonds international destiné à l’adaptation des pays pauvres.

Dates à retenir en 2010
- World People’s Conference on Climate Change and the Rights of Mother Earth : sommet en Bolivie, du 19 au 22 avril 2010.
- Réunion intermédiaire sous l’égide de l’UNFCCC : à Bonn, du 31 mai au 11 juin 2010.
- COP 16 Mexico : la suite du sommet COP 15 à Copenhague, toujours sous l’égide de l’UNFCCC, en novembre 2010