Climat : et si l’aide humanitaire ne suivait plus ?

La pauvreté et une mauvaise gestion des risques exposent des millions de personnes aux conséquences des changements climatiques. Dans son rapport intitulé ’Le droit de survivre’, Oxfam affirme que le monde doit repenser sa façon de prévenir, de préparer et de réagir aux catastrophes.
Des données du CRED (Centre de recherche sur l’épidémiologie des catastrophes, UCL) portant sur 6.500 catastrophes climatiques de 1980 à nos jours nous permettent d’estimer que le nombre de personnes touchées par des catastrophes climatiques passera de 243 à 375 millions de personnes par an d’ici 2015 - soit une augmentation de 54%.
Ces prévisions, présentées dans le rapport d’Oxfam ’Le droit de survivre’, ne tiennent pas compte des personnes frappées par d’autres catastrophes comme les guerres, les tremblements de terre ou les éruptions volcaniques.
Donner plus, donner mieux
L’aide humanitaire mondiale devrait passer de 14,2 milliards de dollars (niveaux établis en 2006) à au moins 25 milliards pour que le nombre croissant de personnes touchées puisse être pris en charge. Mais même une augmentation de cet ordre, équivalant à 50 $ par personne touchée, resterait insuffisante pour répondre aux besoins les plus élémentaires.
Il ne suffit pas de donner plus, il faut aussi donner mieux : « Le système d’aide humanitaire fonctionne comme une partie de cartes mondiale dans laquelle la donne est aléatoire et non basée sur les besoins des individus. Résultat : l’aide est insuffisante, inadéquate, ou arrive trop tard », explique Stefaan Declercq, Secrétaire général d’Oxfam-Solidarité.
« Le monde arrive à peine à gérer le niveau actuel des désastres. Si l’on atteint les prévisions citées plus haut, le système d’aide humanitaire sera complètement dépassé, à moins d’une réforme fondamentale qui tienne compte des besoins réels », poursuit-il.
Une aide injuste
Oxfam affirme que l’aide humanitaire doit être déployée rapidement et de manière impartiale après une catastrophe, en investissant des fonds et des efforts qui correspondent vraiment aux besoins. L’aide est souvent allouée de manière injuste, sur base de préférences politiques ou autres. En 2004, une somme moyenne de 1.241 $ a été dépensée pour chaque victime du tsunami asiatique, montant qui contraste fort avec les 23 $ en moyenne déboursés pour chaque personne touchée par la crise humanitaire au Tchad.
Le système d’aide mondial doit changer, de manière à renforcer la capacité d’un pays à se préparer et à faire face aux chocs à venir. Les gouvernements, aidés par la communauté internationale, se doivent d’investir davantage dans des programmes de réduction des risques de catastrophes.
Le réchauffement climatique gagne du terrain et se poursuivra bien au-delà de 2015. Il est indispensable que les pays riches s’engagent dès maintenant à réduire les émissions de gaz à effet de serre afin d’éviter que le réchauffement planétaire n’atteigne 2°C. En outre, ils devraient fournir une aide d’au moins 50 milliards de dollars par an afin d’aider les pays pauvres à s’adapter à un changement climatique inévitable.
Les pays pauvres plus vulnérables face aux changements climatiques
Nous ne sommes pas égaux face aux changements climatiques. « La fréquence des catastrophes climatiques augmente de manière constante, mais ce qui transforme une tempête en catastrophe, c’est bel et bien la pauvreté et l’indifférence politique », précise Stefaan Declercq.
Un exemple nous est fourni par la population grandissante des bidonvilles construits sur des terres vulnérables aux catastrophes climatiques. A Mumbai (Bombay) par exemple, plus de 50% des habitants vivent dans des bidonvilles construits sur des terrains gagnés sur les marécages. En 2005, 900 personnes ont péri dans une inondation importante, la plupart victimes de glissements de terrain ou de l’écroulement d’immeubles.
Les conséquences des changements climatiques sont dramatiques, et viennent s’ajouter à celles d’autres phénomènes comme les conflits ou la crise économique. Si le nombre total de conflits s’est réduit ces dernières années, certains restent sans solution. Des chiffres publiés par les Nations Unies indiquent qu’en 2007, des situations de conflit ont empêché plus de 18 millions de personnes de recevoir l’aide humanitaire nécessaire. On estime aussi que d’ici 2050, les conflits, les changements climatiques et la détérioration de l’environnement chasseront près d’un milliard de personnes de leurs foyers.
Des budgets pour la réduction des risques
Cependant, en dépit de leur pauvreté, des pays comme Cuba ou le Bangladesh ont réussi à consacrer des budgets considérables à la protection de la population contre les tempêtes.
A Cuba, la prévention et la préparation à des catastrophes naturelles constituent une priorité nationale depuis des dizaines d’années. Pour que les catastrophes aient un impact minimal, le pays a prévu une législation adéquate et a décentralisé les programmes de prévention et de réaction.
Au Bangladesh, suite au cyclone qui a fait 250.000 victimes en 1972, le gouvernement a investi d’importantes sommes dans des mesures de prévention et de protection. Résultat : les gros cyclones ne font plus que quelques milliers de morts de nos jours, un bilan toujours trop élevé mais moins dévastateur.
Ces expériences démontrent qu’avec des moyens suffisants, même les pays les plus pauvres peuvent mieux protéger leurs citoyens.
Oxfam adapte ses programmes d’aide d’urgence
Face à l’accroissement des catastrophes climatiques et des investissements nécessaires pour y parer, Oxfam adapte sa façon d’appréhender les situations d’urgence et vise surtout à réduire la vulnérabilité des populations dans les pays du Sud. L’organisation souhaite toutefois demeurer une agence de première plan lorsqu’il s’agit de réagir aux crises humanitaires.
« Le changement climatique compromet notre travail d’éradication de la pauvreté, rendant encore plus difficile la tâche de porter secours à des millions de personnes » explique Stefaan Declercq. « C’est pourquoi nous devons aborder le problème dès maintenant. Les gouvernements doivent s’impliquer plus activement. Il faut arriver à un accord mondial afin d’éviter un changement climatique catastrophique, cesser d’accorder de l’aide de manière aléatoire et améliorer radicalement notre réaction face aux catastrophes. »
Pour plus d’information :
Stefaan Declercq, Secrétaire général d’Oxfam-Solidarité
Tél. 02 501 67 08 – sde(at)oxfamsol.be
Brigitte Gloire, chercheuse développement durable chez Oxfam-Solidarité
Tél. 02 501 67 53 – gsm : 0494 58 86 06 – bgl(at)oxfamsol.be
Anne-Catherine Vaes, gestionnaire du projet humanitaire Cuba chez Oxfam-Solidarité
Tél. 02 501 67 61 – gsm : 0473 34 82 33 – ava(at)oxfamsol.be
Rapport ’Le droit de survivre’ d’Oxfam
Le résumé du rapport
Programme humanitaire Cuba
Information supplémentaire :
Oxfam a analysé les données du CRED (Centre de recherche sur l’épidémiologie des catastrophes, Université Catholique de Louvain) pour établir cette prévision. Les données couvrent plus de 6.500 catastrophes liées au climat depuis 1980 ainsi que le nombre de personnes touchées.
La définition des personnes « touchées » par une catastrophe tient en compte les personnes qui ont subi des blessures corporelles ou une maladie, de même que les personnes qui sont devenues sans-abri ou qui ont eu besoin d’une assistance immédiate pendant une période d’urgence.
Afin d’éviter un changement climatique catastrophique, il faut empêcher à tout prix que le réchauffement planétaire atteigne la barre des 2 °C. Pour y arriver, les pays industrialisés doivent réduire d’ici 2020 leurs émissions polluantes de 40% par rapport aux niveaux de 1990. Cet engagement doit être pris au plus tard à la fin de l’année, à l’occasion du sommet de Copenhague dont le but est d’arriver à un accord mondial sur le changement climatique.
- Le droit de survivre (PDF - 1.8 Mo)


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