Climat d’échec à Copenhague

A l’issue du sommet de Copenhague, une majorité des pays ont fini par approuver une déclaration de principe. 3 pages, aucun objectif de réduction des émissions, une réponse insuffisante aux attentes des pays en développement... bref, une déception profonde.
Ce samedi 19 décembre, l’ambiance à la sortie du Bella Center était au dépit et à la résignation. « Avec un nombre chaque jour plus restreint de représentants des ONG à la conférence, il était sans doute difficile d’organiser une contestation mais c’est, sans l’ombre d’un doute, avec une grande déception et un sentiment de colère contenue que la plupart des participants ont pris le chemin du retour », confirme Brigitte Gloire, responsable du plaidoyer climat pour Oxfam-Solidarité.
Les observateurs notent un manque de confiance encore plus profond qu’avant Copenhague. L’on craint que cet échec ne démotive les chefs d’État à se rendre au prochain sommet sur les changements climatiques. Restaurer la confiance et redonner un nouvel élan aux négociations, voilà deux des enjeux principaux dans les mois à venir. Pour un bilan complet du sommet de Copenhague, consultez le rapport d’Oxfam "Climat de honte : reprenez les négociations"
Un processus peu transparent
L’échec des négociations et l’irritation des pays en développement n’ont fait que prouver la nécessité d’une réforme du processus de négociations, peu transparent et parfois chaotique.
Certains États, aux intérêts fort liés aux énergies fossiles ou préoccupés avant tout par leur compétitivité court terme, ont bloqué les négociations d’entrée de jeu.
La présidence danoise a globalement mal géré le processus. De nombreux pays ont été exclus des négociations et l’accord final a été forgé lors de quelques sessions bilatérales à huis clos.
Vers la fin du sommet, c’est-à-dire au moment le plus crucial, une infime minorité des 15.000 observateurs indépendants accrédités ont pu avoir accès au centre de conférences. Les ONG, premières victimes de ce refus, se sont montrées inquiètes du manque de transparence à leur égard.
* L’Union européenne avait un rôle de levier à jouer à Copenhague, mais au lieu de cela, elle a laissé les États-Unis et la Chine mener la danse.
Une déclaration vague et sans garanties
- 100 milliards de dollars par an de financements climat pour les pays pauvres.
→ Il s’agit d’un objectif et non d’un engagement - les pays pauvres n’ont aucune certitude de recevoir l’argent dont ils ont besoin pour réduire la croissance de leurs émissions et s’adapter aux changements climatiques.
→ 100 milliards de dollars ne représentent que la moitié des fonds nécessaires.
→ Rien ne garantit que cet argent soit additionnel aux engagements d’aide publique au développement. Il pourrait donc être ponctionné, entre autres, sur des fonds destinés à la santé et l’éducation.
→ Ces 100 milliards de dollars pourraient ne pas provenir de financements publics. Pourtant, c’est l’unique moyen de garantir que cet argent soit délivré aux bonnes personnes, au bon endroit et au bon moment.
* L’Union européenne n’a toujours pas fait d’offre de financement long terme.
- Maintenir le réchauffement climatique en-dessous des 2 degrés.
→ Aucun objectif clair de réduction des émissions a été établi pour y parvenir, alors que la communauté scientifique est très explicite sur les besoins.
→ Les propositions actuelles pourraient mener le monde à un réchauffement de 3,9°C, avec des impacts catastrophiques pour les plus vulnérables.
→ Les propositions des pays émergents tels que le Chine, le Brésil ou l’Afrique du Sud ont été globalement plus ambitieuses que celles des pays riches.
* L’UE a trop attendu avant de déposer ses cartes et a subi un désaccord interne sur l’objectif de 30% de réductions.
* La Belgique a trop faiblement défendu cet objectif de 30% : après les habituelles tergiversations internes, notre Premier ministre Yves Leterme a publiquement déclaré soutenir une réduction de 20 à 30%. Rappelons à ce propos qu’Oxfam (ainsi que bien d’autres ONG) demande une réduction de 40% des émissions européennes (dont 30% en interne) et que - dans l’état actuel des engagements - les 10 % supplémentaires de réduction ne correspondraient in fine qu’à 2 % de réductions internes.
Ce n’est pas encore fini !
Le cadeau de Noël tant attendu - un accord ambitieux , équitable et contraignant – ne sera pas sous les sapins. Mais nous n’avons pas le choix : il faut maintenant arriver à un traité juridiquement contraignant en 2010.
La colère qui anime l’ensemble des nombreux citoyens et organisations qui ont tant investi et espéré du sommet de Copenhague peut être bénéfique. La campagne mondiale TckTck Tck veut la transformer en action et en pression sur nos représentants politiques, afin qu’ils prennent en janvier des engagements ambitieux pour sauver la planète et ses habitants.
Plus d’infos :
Rapport Oxfam « Climat de honte : reprenez les négociations »
Déclarations finales de l’UNFCC et des ONG
www.oxfamsol.be/climat
Brigitte Gloire, responsable du plaidoyer Climat d’Oxfam-Solidarité
Tél : 02 501 67 53 - GSM : 0494 588 606 - e-mail : bgl(at)oxfamsol.be
- Climat de honte : reprenez les négociations (PDF - 171.7 ko)


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