Cette fraise atterrira-t-elle sur un marché ?

Kamal Muhammed Mousa, 83 ans, cultive des fraises à Beit Lahya (Banda de Gaza). Alors que la saison démarre, il travaille dans son champ dans l’espoir de pouvoir exporter ses fruits. Mais pour cela, la politique d’Israël devra s’assouplir considérablement.
« Les prix continuent à diminuer et même quand on peut exporter, on couvre à peine ses frais », explique Kamal. « Avant le blocus, le business tournait bien. On pouvait vendre à bon prix nos produits en Israël et en Cisjordanie. Mais désormais, beaucoup d’agriculteurs ont peur de cultiver des fraises car on ne sait jamais quelle quantité pourra être exportée. L’an dernier, on n’a pu en exporter qu’une infime partie. On ne peut pas savoir si les fraises pourront franchir la frontière car cela dépend entièrement d’Israël. »
Interdiction d’exporter vers Israël et la Cisjordanie
Après six mois d’interdiction totale d’exportations en provenance de Gaza, l’état d’Israël a fait savoir qu’il tolérerait l’exportation de certains fruits et meubles vers l’Europe. Jusqu’ici les exportations en provenance de Gaza restent limitées aux Pays-Bas alors que l’interdiction totale de transferts vers Israël et la Cisjordanie – qui constituent le marché « naturel » de Gaza -, est en place depuis juin 2007. Avant cette interdiction, 85% des exportations de Gaza étaient vendues sur ce marché.
Le Comité Palestinien d’Aide Agricole (PARC), une association partenaire d’Oxfam qui aide les agriculteurs locaux à rencontrer les standards européens, a analysé l’expédition du premier lot de fraises. Au lieu des 30 minutes nécessaires en temps normal, le franchissement de la frontière à Kerem Shalom prend en moyenne plus de deux heures et demie. Il est même arrivé que trois camions de fraises mette cinq heures à franchir cette frontière, de quoi remettre une fois de plus en question l’efficacité de Kerem Shalom en tant que point de passage pour le transfert de biens.
Des industries à l’arrêt, un chômage qui explose
Durant l’hiver dernier, Israël n’a autorisé le passage qu’à 290 chargements en dépit de l’Accord sur le Mouvement et l’Accès conclu en 2005 entre Israël et l’Autorité palestinienne, alors que cet accord prévoyait le transfert de 400 chargements par jour !
« Même si le plan d’exportation agricole de cette année était entièrement mis en œuvre – ce qui est hautement improbable -, moins de 5 camions par jour seraient autorisés à passer, soit à peine 1% du total promis », s’indigne l’organisation Gisha, partenaire d’Oxfam. « Cette exception au blocus est utile pour une frange d’agriculteurs, mais n’a en rien résolu la situation catastrophique du secteur manufacturier, ni le chômage de masse consécutif au blocus. » Près de 83% des usines de Gaza sont à l’arrêt ou tournent au ralenti . Le taux de chômage atteint selon les sources officielles 26%, contre 15,5% en 2000.
« Le fait d’empêcher les producteurs de Gaza de vendre des aubergines, des pupitres ou des oranges en Cisjordanie ne semble pas augmenter significativement la sécurité d’Israël. Par contre, l’interdiction affaiblit clairement les Palestiniens qui tentent de travailler dignement”, conclut Sari Bashi, directeur de Gisha.
Avec le blocus permanent de la bande de Gaza, les Palestiniens ne disposent que d’un accès limité aux soins de santé et à l’enseignement. Et ce blocus empêche les habitants de vendre leur produit en dehors de ce territoire. L’absence de système d’import-export rend le développement de l’économie impossible. En conséquences, la plupart des Palestiniens n’ont pas les moyens d’assurer leur subsistance, de nombreuses familles sombrent dans la pauvreté et deviennent dépendants des programmes d’aide.
Oxfam collabore avec ses partenaires sur le terrain pour obtenir des conditions de vie décentes pour les Palestiniens. Oxfam s’attèle aussi à rappeler aux décideurs politiques occidentaux les fondements du droit international. Ainsi, Oxfam les appelle à plaider pour la levée du blocus et pour le respect des droits de l’Homme dans le Territoire palestinien occupé.
En savoir plus :
Contactez Liesbeth Goossens via lgo(at)oxfamsol.be, ou Alexander Therry via ath(at)oxfamsol.be
lien vers d’autres articles : Territoire palestinien occupés
Texte et photo : Karl Schembri/Oxfam
Disclaimer concernant le conflit entre la Palestine et Israël


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