Cambodge : en action pour un salaire décent !

Fin juillet, les partenaires d’Oxfam-Solidarité au Cambodge organisaient un forum public pour le travail décent. Leurs exigences : de meilleures conditions de travail et une augmentation du salaire minimum.
En Belgique, Oxfam-Solidarité mène depuis l’année dernière la campagne « STOP ! Les travailleurs ne sont pas des outils », avec la Coalition pour un travail décent. Plus de 25.000 personnes ont déjà soutenu notre appel aux autorités belges et européennes à faire du travail décent une priorité dans leurs politiques belges et européennes. Cela implique d’imposer des règles afin que les entreprises garantissent des conditions de travail décentes dans toutes les parties de leur chaînes de production, au Nord et au Sud.
Un revenu digne pour une vie digne
Un des principaux éléments d’un travail décent est un revenu digne : c’est-à-dire un revenu qui permet de payer son loyer, de nourrir et d’habiller sa famille, d’envoyer ses enfants à l’école. Une évidence ? Pas tant que ça.
Au Cambodge, cela fait cinq ans que le salaire minimum dans le secteur textile – où travaillent surtout des femmes - n’a pas bougé : 50 dollars par mois. La concurrence sans merci entre sous-traitants constitue en effet un grand facteur de pression sur les conditions de travail en Asie. Or, un institut cambodgien a indiqué que les ouvrières devraient gagner au moins 72 dollars par mois pour pouvoir vivre correctement. Les femmes se voient donc obligées de prester toujours plus d’heures supplémentaires pour survivre, avec des conséquences déplorables pour leur vie familiale et sociale. En même temps, les bénéfices des grandes marques occidentales (Nike, H&M, Zara...), qui sont fournies par des sous-traitants au Cambodge, ne font qu’augmenter.
Le salaire minimum ne suffit pas
Récemment, le comité de conseil cambodgien LAC (où se concertent les autorités, les employeurs et des syndicats conservateurs) a proposé d’augmenter le salaire minimum de 5 dollars par mois. Les partenaires d’Oxfam au Cambodge – CCAWDU,CTSWF, IDEA etCICA, quatre syndicats qui luttent pour les droits des travailleurs – se sont opposés à cette décision. Cela fait en effet plusieurs années qu’ils demandent que les salaires dans le secteur textile passent à 93 dollars par mois. Mais leur voix n’est pas entendue.
Ce 25 juillet, nos partenaires cambodgiens sont passés à l’action. Ils ont organisé un grand forum public dans la capitale Phnom Penh, auquel ont participé des centaines d’ouvrières du secteur textile, de chauffeurs de tuk-tuk, d’ouvriers du bâtiment et de fonctionnaires.
Leur but était d’exiger de l’attention pour leur cause auprès de la population cambodgienne, et surtout auprès des responsables politiques et de la Fédération des employeurs du secteur textile (GMAC). Pour les syndicats, cette bataille pour le salaire minimum dans le secteur textile revêt une importance capitale pour l’ensemble des travailleurs. Elle est d’autant moins facile que toute augmentation des salaires peut donner lieu à des menaces de délocalisation.
La police tente d’empêcher l’action
Dès le début, la police a tenté d’empêcher le déroulement du forum public, et ce alors que les manifestations sont un droit démocratique au Cambodge. Elle a retenu les meneurs et empêché l’accès au Wat Botum Park, où devait se dérouler l’action. Finalement, les syndicats et les centaines de travailleurs ont tout de même pu se rassembler devant le parlement, près du casino Nagaworld.
Cette intervention de la police était une entrave au droit de libre expression. Elle a confisqué mégaphones et haut-parleurs, que les leaders syndicaux ont finalement réussi à récupérer. Le forum pouvait enfin commencer.
Combativité et solidarité
Les leaders des différents syndicats et organisations ont témoigné lors du forum de la difficulté de vivre avec ce nouveau salaire minimum. Keo Samphors, ouvrière textile de 28 ans, expliquait sa situation dans le Cambodia Daily : « J’ai marché deux heures pour arriver ici. Mon salaire ne suffit pas pour bien me nourrir ou pour avoir accès à des soins médicaux. Je ne peux même pas envoyer mes enfants à l’école. »
Dominique van der Borght, représentant d’Oxfam-Solidarité au Cambodge, était lui aussi présent au forum : « La détermination des membres et dirigeants des syndicats était réellement impressionnante. Des jeunes femmes comme Keo ont marché parfois plusieurs heures pour pouvoir s’exprimer lors du forum. La solidarité entre les différents syndicats et ONG était également frappante. Même si ça n’a pas été le forum qu’ils espéraient, tout le monde l’a considéré comme un succès. Ils ont réussi à faire primer leur droit à la libre expression. »
Cette action ne restera pas sans suite. Ath Thorn, président du Cambodian Labour Confederation et l’un des organisateurs du forum, déclarait au Cambodia Daily qu’ils continueraient à lutter pour une augmentation salariale d’au minimum 19 dollars. « Si nous ne recevons pas de réponse, et qu’on ne nous propose pas de solution satisfaisante pour le salaire minimum, des grèves auront lieu le mois prochain. »
Soutenez les travailleurs cambodgiens et nos organisations partenaires dans leur lutte pour de meilleurs salaires. Enfoncez le clou du travail décent !
Plus d’infos :
Myriam Gistelinck, Responsable de plaidoyer “Droits des travailleurs” : 02 501 67 78 - mgi (at) oxfamsol.be - 0486 733 278
www.oxfamsol.be/travail


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