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Partenariat sud

23 décembre 2011

Cambodge : Les ouvrières du textile s’unissent

Regroupées en syndicats, les ouvrières cambodgiennes ont entamé un véritable bras de fer face à leurs employeurs en vue d’améliorer leurs conditions de travail et de vie. Pour en parler, Oxfam a rencontré Athlit Kong, vice-président de C.CAWDU.

Vu de l’extérieur, ce bras de fer entre travailleurs et employeurs fait penser à une véritable lutte des classes entre un prolétariat exploité et un patronat omnipotent. « Nous ne voulons pas donner cette impression. Notre lutte est d’ailleurs pacifique et démocratique, ce n’est en rien une révolte communiste », déclare Athlit Kong, vice-président de l’Union démocratique des travailleurs du secteur manufacturier du Cambodge (C.CAWDU).

Après la grève national de septembre 2010 et les licenciements massifs qui s’en sont suivis (pour un récapitulatif de ces événements visitez le site internet de Clean Clothes Campaign), les choses se mettent enfin à bouger dans le bon sens pour les ouvrières, mais tout n’est pas rose pour autant.

Un sacrifice qui coûte cher

Le travail syndical au Cambodge a parcouru un long chemin. Les grèves massives ont apporté quelques changements positifs : prime liée à l’ancienneté, allocations alimentaires et allocations pour les soins de santé. Des allocations de transport sont elles encore en discussions.

Mais ce travail nécessite du temps et, avec le maigre salaire que touchent les ouvrières, il est difficile d’y consacrer beaucoup de temps. Nombreuses sont celles qui doivent prester de nombreuses heures supplémentaires pour pouvoir rapporter un peu plus d’argent à leur famille souvent restée à la campagne. Les horaires sont donc souvent intenables. Travailler en plus gratuitement pour le syndicat, consiste donc à consentir un important sacrifice financier, que de nombreuses travailleuses ne peuvent tout simplement pas se permettre.

« Les patrons l’ont d’ailleurs très bien compris, et ils ont développé une stratégie. Ils « achètent » une partie de la main d’œuvre de l’usine en offrant des avantages à certaines ouvrières et les poussent à constituer ce qu’on appelle un « yellow union » (syndicat non-indépendant), un faux syndicat à la solde des employeurs qui constituera une force d’opposition aux syndicats indépendants. » L’objectif premier de cette manœuvre est d’empêcher la constitution d’une force de contestation suffisante pour faire bouger les choses.

Une justice pas tout à fait aveugle

Désormais, les syndicats forment un réel contre-pouvoir face aux patrons. « Les employeurs en ont peur. Pour les déstabiliser, ils s’en prennent aux leaders de la contestation et aux membres importants, en les menaçant de licenciement à la moindre erreur au travail. »

C.CAWDU tente de les aider en encourageant la discussion en interne, afin de trouver une solution à l’amiable. Une telle procédure est souvent l’unique moyen d’aboutir à une solution, car celles introduites auprès du Ministère du travail n’ont que très peu de chances d’aboutir, en raison de la corruption qui gangrène le système.

D’autres procédures existent pourtant. Mis en place en 2003 sur base de la Loi pour les Travailleurs du Cambodge et soutenu par l’Organisation International du Travail, le Conseil d’arbitrage est censé pouvoir trancher les litiges dans ce domaine. Souvent utilisé dans le cas de plaintes collectives, le Conseil se compose d’avocats et d’experts représentant les deux partis (syndicats et employeurs) en conflit à raison de 6 membres chacun, sous l’œil attentif de 6 représentants de l’État.

Malheureusement, le Conseil ne peut donner que des avis non contraignants et ne peux pas prononcer de condamnations. Les deux parties doivent alors trouver un accord sur base de l’avis émis. Reste encore à tenir sa parole !

Une nouvelle loi pleine d’espoirs ?

Récemment, un élément nouveau est venu donner espoir aux travailleurs. Afin de mieux protéger leurs intérêts, une nouvelle loi sur les organisations syndicales est actuellement débattue au sein du Labour Advisory Commitee (composé de syndicats de travailleurs, du GMAC (syndicat des employeurs) et de membres du gouvernement).

« Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, cette demande n’émane pas des syndicats eux-même, mais du gouvernement. Cette approche montre le sérieux avec lequel est considéré notre travail et notre importance en tant que porte-parole des travailleurs. » Le regard de la population a lui aussi évolué. « Notre lutte a conduit à une sérieuse prise de conscience de la population qui fait maintenant la distinction entre les syndicats indépendants défendant leurs intérêts comme C.CAWDU, et les autres ». Cette reconnaissance est une nouvelle motivation pour Athlit Kong et C.CAWDU de poursuivre leur engagement.

Pour en savoir plus :

- Découvrez notre partenaire C.CAWDU
- Lisez l’article "C-CAWDU, des vetements decemment"
- Contactez notre gestionnaire de programme Hilde Van Regenmortel au 02 501 67 69 ou via hva(at)oxfamsol.be

 
 

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