Burkina Faso : "Pour nous, il n’y a pas de vie sans lait !"
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Au Burkina Faso, la production laitière revêt une importance capitale pour une bonne partie de la population. C’est notamment le cas pour les femmes peules, dont les revenus dépendent presque exclusivement de la vente du lait. |
“Si nous ne vendons pas notre
lait, nous sommes cuites !”
Comme des millions d’agriculteurs dans le monde, Korotoumou Gariko lance un cri d’alarme. Propriétaire d’un
petit troupeau de vaches, cette
éleveuse peule est l’une des
figures de proue du combat laitier au
Burkina Faso. Secrétaire à la promotion
féminine au sein de la fédération
nationale des éleveurs, Mme Gariko se
bat pour défendre la filière laitière
dans un pays comptant plus de 10 %
d’éleveurs et un cheptel bovin, ovin et
caprin de près de 23 millions de têtes.
Pays traditionnel d’élevage, le Burkina – comme les autres pays d’Afrique de l’Ouest – connaît une importante population peule vivant presque exclusivement de l’élevage traditionnel. Pour cette communauté, la production et la commercialisation du lait sont d’une importance capitale. “En milieu peul, il n’y a pas de vie sans lait”, explique Mme Gariko. “Et pour les femmes, le lait est l’unique source de revenus. Car contrairement aux autres ethnies du pays, les femmes peules ne peuvent se lancer dans d’autres formes de commerce alimentaire. Elles ne vendent que du lait et se nourrissent de ce lait.”
Partant de cette situation, Mme Gariko a alors décidé de mobiliser les femmes et de fonder un groupement féminin de base, soutenu par Oxfam-Solidarité : Potal Djama. C’est pour appuyer ce groupement de plus de 50 femmes que Mme Gariko a alors mis sur pied, en 2002, une mini-laiterie active dans la transformation du lait en yaourt et en lait pasteurisé. “Au début, les femmes n’ont pas cru que nous pouvions partir de nos propres petits moyens pour faire la transformation. Elles pensaient qu’il fallait tout un matériel sophistiqué. Aujourd’hui, nous sommes cinq à transformer le lait de deux groupements, nous avons une personne chargée de la distribution… et il me faudrait une seconde en renfort !”
Concurrence déloyale
Tout n’est pas rose pour autant dans
l’entreprise de Mme Gariko. Comme les
nombreuses autres unités de production
du pays, sa laiterie subit de plein
fouet la concurrence du lait en poudre
venu d’Europe, dont le prix de vente
est rendu artificiellement bas grâce
aux lourdes subventions européennes.
“Nous faisons face à cette concurrence
du lait en poudre arrivant ici à 200
francs CFA le litre, alors que nous devons
vendre le nôtre à 300…” Résultat,
Mme Gariko doit réduire au maximum
ses marges bénéficiaires pour parvenir à
placer ses yaourts et son lait pasteurisé
dans les boutiques de Ouagadougou et
les vendre sur les routes.
En 2004, le Burkina Faso a importé près de 1.648 tonnes de lait poudre (principalement européen), sans compter les énormes volumes non comptabilisés par le système douanier encore trop peu efficace. Le résultat de cet afflux bon marché est évidemment catastrophique. Légitimement, les consommateurs se tournent souvent vers les produits issus de ce lait en poudre. Selon une étude approfondie réalisée récemment par un bureau d’étude canadien au Burkina, le consommateur paie le yaourt fabriqué avec du lait reconstitué 10 à 15% moins cher que s’il est fabriqué avec du lait local. Le même consommateur peut bénéficier d’un avantage qui peut atteindre 25% s’il choisit de consommer du lait liquide qu’il reconstitue lui-même à partir de poudre importée plutôt que du lait d’origine locale.
Il faut protéger le marché local !
Dans ces conditions, le développement
de la filière laitière burkinabé parait
bien problématique. Le lait en poudre
n’est taxé qu’à hauteur de 5% à son entrée
au Burkina Faso, un montant bien
trop faible pour compenser la différence
de prix engendrée par les subventions
européennes.
Cette situation met évidemment Mme Gariko en colère. “Nous devons absolument protéger la production locale. Si du lait étranger entre dans le pays, il doit contribuer au développement de la production locale grâce à un droit d’importation plus élevé. Il ne s’agit pas pour nous d’une simple défense d’intérêts. C’est de la défense de notre vie que nous parlons !” Avec la Confédération Paysanne du Faso, partenaire d’Oxfam-Solidarité, les éleveuses mènent donc un travail de lobbying auprès du gouvernement. En décembre, les femmes sont descendues dans la rue pour exprimer leur rejet du lait en poudre et encourager la consommation du lait local.
“Pour assurer la souveraineté alimentaire, il faut se protéger. Mais ce que nous voyons venir, notamment dans le cadre des APE, c’est tout simplement la mort des petits producteurs”, déplore Mme Gariko.
“Ces APE luttent contre les pauvres, pas contre la pauvreté. C’est pourquoi nous avons interpellé le président du Faso lors de la dernière Journée Nationale du Paysan. Nous devons pouvoir définir les produits que nous souhaitons protéger. Le même travail se fait au niveau régional avec le ROPPA. Sur les APE, tous les agriculteurs parlent le même langage !”
Frédéric Janssens


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