Brigades d’urgence au Salvador

Le 19 mars 2008, sept brigades d’urgence ont été officiellement reconnues par le maire de San Salvador. Elles ont été mises sur pied dans le cadre du projet « Disaster Risk Reduction » qu’Oxfam-Solidarité a mené en étroit partenariat avec l’organisation Procomes.
Le Salvador est constamment soumis aux caprices de la nature : tremblements de terre, inondations, glissements de terrain, éruptions volcaniques et ouragans frappent régulièrement le pays. La pauvreté, l’exclusion et les mauvaises décisions politiques font que la population est mal préparée et donc très fragile, ne sachant pas comment réagir face à des phénomènes qui se transforment alors très vite en véritables catastrophes naturelles. Les richesses sont très inégalement réparties dans le pays et une grande partie de la population n’a reçu qu’une éducation élémentaire. Les habitants des régions à risque occupent des logements mal conçus qui ne résistent pas aux catastrophes naturelles.
L’urbanisation croissante et les carences au niveau de l’aménagement du territoire engendrent des situations chaotiques et parfois dangereuses. Beaucoup de salvadoriens sont ainsi fragilisés lorsqu’une catastrophe survient. Les autorités nationales ne s’intéressent que très peu au principe de Disaster Risk Reduction (DRR) ou à la diminution de la vulnérabilité des populations.
Inondations à Las Brisas
Pour les habitants du hameau de Las Brisas, une preuve supplémentaire de la permanence du danger fut le passage, en octobre 2005, de l’ouragan Stan. Certains habitants s’étaient réunis en comité, notamment pour organiser une réaction rapide en cas de catastrophe naturelle. Sans toutefois savoir précisément par où commencer, ni comment établir des plans d’urgence...
Eladio Alvarez Aguilar raconte : « Il pleuvait sans arrêt et nous, les membres du comité, craignions que la rivière toute proche ne sorte de son lit. Nous avions aussi peur que le terrain situé au-dessus ne dévale la pente, car une entreprise de construction l’avait entièrement déboisé. La plupart des habitants refusaient de quitter leurs habitations et restaient cloîtrés chez eux durant les précipitations. Nous les avons fortement encouragés à quitter les lieux et, lorsque la crue de la rivière s’est confirmée, de nombreux habitants se sont décidés à évacuer leurs maisons. Certains cependant n’ont pris la décision que lorsqu’ils avaient de l’eau jusqu’au torse. Heureusement d’ailleurs car nos craintes se sont vues confirmées lorsque le terrain au-dessus a été emporté et que de nombreuses maisons furent ensevelies... »
Oxfam-Solidarité a délivré une aide d’urgence après la catastrophe. Eau potable, nourriture et abris temporaires furent notamment fournis. Un projet de réhabilitation permettant la reconstruction de logements a démarré peu après. Le projet DRR, mené conjointement par Oxfam-Solidarité et son organisation partenaire Procomes, prit forme à Las Brisas en 2007. Il était axé sur la préparation et la réaction aux catastrophes naturelles.
Las Brisas vit la création d’une brigade communale d’urgence. Les membres reçurent une formation sur le comportement à adopter en cas de catastrophe ainsi que sur la façon d’organiser une évacuation. Un plan d’urgence fut également mis sur pied, des issues de secours répertoriées, des zones à risques identifiées et on créa même un centre d’accueil d’urgence. Trente habitants du hameau devinrent membres de la brigade.
Mieux préparés
Eladio Alvarez Aguilar est aujourd’hui membre de la brigade d’urgence. « Il y a des catastrophes chaque année, nous le savons. Mais nous n’avons plus aussi peur qu’avant. Nous sommes plus sereins, car un plan d’urgence détaillé est prêt en cas de besoin. Nous savons comment réagir face à une catastrophe naturelle, qu’il s’agisse d’une inondation, d’un glissement de terrain ou d’un tremblement de terre.
On favorise autant que possible le travail préventif : savoir comment limiter l’impact d’une catastrophe, savoir où aller en cas d’évacuation,... On sait comment procéder à la reconstruction après une catastrophe. Nous avons des gilets distinctifs, de façon à ce que tout le monde sache qui est membre de la brigade. Nous organiserons d’ici peu une simulation de catastrophe, mais il est d’ores et déjà évident que nous sommes mieux préparés qu’avant à tous les niveaux. »
« Les membres des brigades ont fait part de ces connaissances nouvellement acquises à leurs amis, leurs familles et leurs voisins. Cela permet à l’information de circuler. Les contacts avec les services d’aide communaux ainsi qu’avec les autorités communales se sont également améliorés grâce à ce projet. Il est en fait tout à fait essentiel que les habitants sachent comment réagir en cas de catastrophe. Car les dirigeants changent, mais les habitants restent. Et ils seront les premiers à devoir réagir en cas de problème. C’est pour cela que le plus de personnes possibles doivent être impliquées dans le projet. Le comité était auparavant principalement constitué d’hommes, mais aujourd’hui de plus en plus de femmes y prennent part. »
« Et c’est quelque chose de très important ! », ajoute une voisine. « Non seulement parce que les femmes ont un droit égal à cette information et à cet apprentissage, mais surtout parce qu’elles sont souvent seules avec les enfants lorsqu’une catastrophe se produit. Il faut alors qu’elles sachent comment agir, où et comment elles peuvent mettre leurs enfants en sécurité. Je suis membre du comité environnement au sein de la brigade. Cela signifie notamment que je garde un oeil sur la rivière, afin de vérifier, par exemple, que ses eaux ne soient pas polluées. Nous procédons à des analyses sur l’eau en collaboration avec l’université de San Salvador. Si nous constatons un problème, nous nous adressons à la commune. »
Projet réussi
Le projet DDR, qui prendra fin en mai, englobe bien plus que la formation des brigades d’urgence de Las Brisas. Au total des brigades furent constituées et des plans DDR établis dans quatorze hameaux de la région. Des plans d’urgence furent mis sur pied par district. Dans cinq écoles de la région, on dispensa des formations et on procéda à des exercices d’évacuation. Dans les villages, le projet fut porté à la connaissance du public par la distribution de dépliants, des spectacles de rue et des panneaux informatifs... Deux centres régionaux de coordination d’urgence furent mis sur pied, des équipes spéciales furent créées et entraînées au sein des services communaux, un système d’alerte précoce fut établi et six centres d’accueil inaugurés.
De nombreuses réalisations concrètes ont donc vu le jour. Le projet a également fait en sorte que les différentes autorités publiques, souvent opposées politiquement, acceptent de collaborer entre elles. C’était là une première. Ce rapprochement leur a permis de mieux se connaître et de faire naître un dialogue. Dans le cas d’une future catastrophe, cette nouvelle confiance rendra sans aucun doute leur collaboration plus efficace.
Pilar Serrano travaille pour Procomes, organisation partenaire d’Oxfam-Solidarité qui a géré le projet. « On peut parler d’un succès. Le DRR est quelque chose de nouveau pour le Salvador, mais les gens de la région ont réagi très positivement. Ils portent le projet et y investissent toute leur énergie. Les autorités communales également sont très satisfaites. Malheureusement, il est financièrement difficile pour eux de mener à bien de tels projets, mais on a pu remarquer qu’ils s’en inspirent déjà dans d’autres domaines. Certains responsables d’autres communes nous interpellent pour savoir si le projet fonctionne,... L’impact n’est donc pas limité aux seuls endroits où le projet a été mené. »
« Il était important pour nous d’inclure les femmes dans le projet. Pas seulement en tant que membres des brigades, mais aussi comme coordinatrices et responsables. Ce ne fut pas aussi simple partout, mais une fois que le projet avait démarré, de plus en plus de femmes se manifestaient. Aujourd’hui certaines brigades comprennent plus de femmes que d’hommes ! La reconnaissance des sept brigades du cinquième district a été le point d’orgue d’un processus intense, dont tout le monde s’est réjoui. Procomes est fière de ce qu’elle a pu réaliser, et les brigades plus encore. »
Auteur : Lieve Reynebeau
Rapport complet sur le déroulement du projet et leçons tirées (espagnol)
Brochure sur la réduction des risques et la préparation aux catastrophes (espagnol)
Projet réalisé avec le soutien du Service d’Aide Humanitaire de la Commission européenne
Actions et projets
- Armer le Salvador contre les catastrophes
- Cadeau Oxfam s’emballe en action : accueillir des femmes
- Cadeau Oxfam s’emballe en action : formation sur le droit à l’eau
- Des micro-projets pour sauver un maximum de vies
- Améliorer la préparation aux catastrophes au Salvador
- Pour une participation réelle de la population
- Pour la sécurité de l’eau potable
- Pour un meilleur enseignement élémentaire
- Pour une politique participative de la santé publique
- Lutte contre la violence en régions rurales
Partenaires
- ACUA : un droit qui coule de source !
- FECORACEN : fédération de coopératives agricoles
- UNES : une coupole environnementale
- CDC, pour les droits des consommateurs
- Acua : la parole aux citoyens
- ORMUSA - Organización de Mujeres Salvadoreñas por La Paz
- De Asociación Intersectorial para el Desarrollo Económico y el Progreso Social – CIDEP
- Movimiento de Mujeres Mélida Anaya Montes – MAM
- Fundación para la Cooperación y Desarrollo Comunal de El Salvador - CORDES
- Proyectos Comunales de El Salvador - PROCOMES
- Asociación Salvadoreña Promotora de la salud - ASPS


FR |


Facebook
Twitter
YouTube
Flickr
Newsletter
